Mattie Ross, 14 ans, réclame justice pour la mort de son père, abattu de sang-froid pour deux pièces d’or par le lâche Tom Chaney. L’assassin s’est réfugié en territoire indien. Pour le retrouver et le faire pendre, Mattie engage Rooster Cogburn, un U.S. Marshal alcoolique.

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Les frères Coen font leurs premiers pas en revisitant un classique de western et pas des moindres, l’adaptation du best-seller de l’américain Charles Portis, True Grit, déjà porté à l’écran par Henry Hathaway en 1969 (sous le titre français 100 dollars pour un Shérif) qui a valu à John Wayne de remporter l’unique Oscar de toute sa carrière. Avec leur humour corrosif et décalé, leur sens de la narration et l’art de la caractérisation des personnages, ils dégainent une version réussie et épique, qui mêle remake et adaptation sur le thème fondateur de la vengeance, produite par Scott Rudin (There will be blood, No country for old Men) avec Steven Spielberg à la production exécutive.

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True Grit suit le parcours initiatique et le destin de cette jeune fille de 14 ans, qui réclame justice en partant à la recherche de l’assassin de son père. Ce jeune personnage féminin atypique dans l’Amérique du XIXe siècle – indépendant, déterminé et qui a un sens inné des négociations – puise toute sa force grâce à la performance de jeu de Hailee Steinfeld, ici dans son premier grand rôle. Sa prestation imperturbable, assumée et responsable avec cette lueur d’espérance qui ne la quitte jamais, tient remarquablement la distance face aux deux mastodontes/héros qui l’accompagnent dans ce périple.

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Le talentueux Jeff Bridges offre une autre facette de l’U.S. Marshal Rooster Cogburn que celle de John Wayne. Couard, rustre et imbibé d’alcool, son personnage est beaucoup plus poussif, se rapprochant de l’iconique Dude de The Big Lebowski sorti 13 ans auparavant. De son côté, Matt Damon se glisse étonnamment et admirablement dans la peau d’un flegmatique, bavard, narcissique et bien éperonné Texas Ranger, nommé LaBœuf, qui a la faculté de se ridiculiser tout seul. Tous deux parviennent dans des joutes verbales calamiteuses à avoir une attitude totalement régressive face à elle. Ce trio fonctionne à merveille, servi par des dialogues drôles, incisifs et brillamment écrits. L’arrivée de Josh Brolin (No country for old Men), dans le rôle d’un tueur raté et parfaitement lâche en dernière partie du film, est tout aussi puissante.

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Devant la caméra des frères Coen, tous ces personnages confirment qu’ils « ont du cran » et s’octroient le devant de la scène, plaçant l’action pourtant brutale, violente avec la gâchette facile, au second plan. Au travers de ce périple, les cinéastes abordent de manière abrupte et souvent absurde – voire surréaliste (la scène du cavalier errant avec sa tête d’ours) – la valeur des hommes entre ce qu’ils représentent et ce qu’ils sont, dans leurs courages et leurs défaillances. Ils n’hésitent pas à accentuer ce décalage par de pures séquences de bravoure, telles la traversée de Mattie à cheval dans la rivière, qui démarre l’aventure et la course finale de Rooster Cogburn.

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Joel et Ethan Coen évitent d’une manière soigneusement habile les poncifs habituels du Far West représentés au cinéma. Ils nous offrent de magnifiques terres sauvages et contrées verdoyantes, enneigées ou écrasées de soleil, tout en redéfinissant les frontières de la nation, dont celles réservées aux Indiens. Ils parviennent à un rendu visuel réaliste et original en conjuguant les talents photographiques de Roger Deakins (L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, No Country for old Men) de la costumière Mary Zophres (The Big LebowskiLadykillers), de Carter Burwell, auteur de la bande son, qui a composé les musiques de tous leurs films et du décorateur Jess Gonchor (No country for old Men, A serious man). Tout comme les costumes vieillis et usés, le cadre est beaucoup plus caractérisé, terni, sauvage et poussiéreux – se rapprochant d’un Peckinpah, d’un Eastwood, voire d’un Leone – que celui représenté dans l’adaptation d’Hathaway aux intérieurs policés, presque artificiels. Ce résultat découle d’un véritable travail de collaboration qui reste en famille.

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Les frères Coen confirment avec True Grit leur capacité à se réinventer dans les genres, notamment dans celui-ci qu’ils avaient abordés de manière détournée dans le pendant texan (ou néo-western) No Country for old Men. Ils y ajoutent la touche d’émotion liée à un dénouement plus direct et brutal – en comparaison avec l’adaptation d’Hathaway – qui respecte fidèlement la construction de l’histoire originale de l’auteur.

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‘True Grit’ de Joel et Ethan Coen, en salles le 23 février 2011

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