Paris 1830. Octave, trahi par sa maîtresse, tombe dans le désespoir et la débauche : le “mal du siècle”. La mort de son père l’amène à la campagne où il rencontre Brigitte, une jeune veuve, de dix ans son aînée. Pour Octave, c’est à nouveau la passion. Mais aura-t-il le courage d’y croire ?

 

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Sylvie Verheyde signe ici son quatrième long-métrage adapté de l’unique roman autobiographique d’Alfred de Musset Confession d’un enfant du siècle, paru en 1836. Si une première adaptation a vu le jour en 1999 par Diane Kurys axée principalement sur la relation tumultueuse entre le poète/dramaturge et l’écrivaine George Sand, avec dans les rôles Benoit Magimel et Juliette Binoche, Sylvie Verheyde tente, elle, de dépeindre le mal du siècle, décrit par l’auteur au coeur du XIXe romantique qui s’est transformé en un profond mal-être sociétal. Toute une génération fut en proie à une mélancolie introspective et à un sentiment d’insatisfaction et d’incapacité à s’adapter, dans une société en pleine désillusion, entre un hier révolu et un avenir incertain. Pour cette figure du romantisme français, la tentative de réponse pour occulter ce malaise ambiant était alors d’exprimer ses états d’âme, de libérer ses sentiments, ses désirs et ses rêves pour s’opposer à la raison et laisser parler l’Amour, fût-il passionnel et dévastateur. C’est dans ce décorum nimbé de désenchantement que Sylvie Verheyde suit le point de vue d’Octave, campé par Pete Doherty, qui marque ses débuts au cinéma, et de Brigitte incarnée par Charlotte Gainsbourg, en revenant sur la relation amoureuse des ces deux personnalités de la littérature. Fidèle à la beauté des dialogues du roman et caméra à l’épaule le plus souvent, Verheyde nous plonge dans la trajectoire sentimentale et les affres existentielles de ce dandy libertin. Trahi et blessé par sa maîtresse (Lily Cole), il se laisse envahir par la colère et la dépression pour tomber dans le désespoir et la débauche qu’il nomme Le mal du siècle avant de retrouver un nouvel élan d’espoir avec une veuve de dix ans son aînée.

 

 

Si la première demi-heure est submergée par le spleen du personnage, le reste du métrage est malheureusement une lancinante répétition traduisant les variations de ce mal du siècle. La faute à un traitement narratif probablement convenu, voire trop apprivoisé, pour un sujet qui ne l’est pas. C’est d’autant plus dommage que Confession d’un enfant du siècle, présenté en compétition à Un Certain Regard au dernier festival de Cannes, avait tout le potentiel du film d’époque rockmantique, tourné en langue anglaise, à la manière de Marie-Antoinette de Sofia Coppola, pour séduire l’assistance. Mais la réalisatrice de Stella est ici comme piégée par ses intentions ou sa propre ambition dans ce scénario qui tourne en rond et se perd dans les vicissitudes et les béances d’une relation amoureuse tumultueuse fondées sur l’attente, l’atermoiement, les épanchements, l’envie d’aimer sans en avoir le courage, l’alternance chaud et froid des sentiments et le je t’aime moi non plus pour aboutir finalement à un constat proche de l’ennui. Car le rocker britannique sulfureux, qui arbore costumes d’époque et coupe de cheveux post-moderne, parvient rarement à convaincre par son interprétation souvent apathique, ses pensées répétitives en voix off et par son physique grassouillet. Si Charlotte Gainsbourg s’en sort admirablement dans le rôle de la maîtresse veuve, elle ne réussit hélas pas à sauver ce couple à la dérive dont l’alchimie n’étincelle pas à l’écran.

 

 

Cette adaptation rencontre le même désavantage que celle de Jane Eyre par Cary Fukunaga (à l’affiche française depuis le 25 juillet) abordant la passion dans un jeu de séduction en retenu étrangement dépassionné. Car si Verheyde joue sur la pudeur des sentiments, qui n’a pourtant pas lieu d’être ici, aucune émotion n’est générée par ces deux amants, coupés du monde. On se languit du passage à l’acte d’un premier baiser et on déchante dans le déroulement de leur intimité consommée. Outre la mise en scène néanmoins élégante, une photographie légèrement voilée et une bande originale douce et délicate, Confession d’un enfant du siècle aurait pu devenir une ode passionnante et passionnée, mais paradoxalement manque d’exaltation et s’enferre dans un classicisme où les enjeux de cette maladie d’amour entre mise à l’épreuve, blessure, mépris et jalousie, lassent et désintéressent.

 

 

 

CONFESSION D’UN ENFANT DU SIÈCLE  écrit et réalisé par Sylvie Verheyde en salles le 29 août, d’après l’oeuvre d’Alfred de Musset, avec Pete Doherty, Charlotte Gainsbourg, Auguste Diehl, Lily Cole, Volker Bruch, Guillaume Galienne, Karole Rocher, Rhian Rees. Producteur : Les Films du Veryrier, Bruno Berthemy. Photo : Nicolas Gaurin. Décors : Thomas Grezaud. Musique : Nousdeux The Band. Costumes : Esther Waltz. Montage : Christel Dewynter. Distribution : Ad Vitam. Durée : 2h.

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