Argo de Ben Affleck : critique

Publié par Nathalie Dassa le 25 octobre 2012

Le 4 novembre 1979, alors que la révolution iranienne atteint son paroxysme, des centaines d’activistes pénètrent de force dans l’ambassade américaine à Téhéran et prennent en otages 52 membres du personnel. Mais, profitant de la panique générale, six personnes parviennent à s’enfuir et à trouver refuge chez l’ambassadeur du Canada, Ken Taylor. Conscient que les six rescapés seront retrouvés tôt ou tard et probablement tués, Tony Mendez, spécialiste de l’exfiltration à la CIA, met au point un plan risqué destiné à les ramener au pays sains et saufs – un plan tellement audacieux qu’il ne semble pouvoir exister qu’au cinéma.

 

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Après Gone Baby Gone et The Town, ce troisième long-métrage confirme que Ben Affleck fait non seulement partie de la TOP liste des cinéastes de premier ordre, mais possède aussi un vrai sens de la dramaturgie avec toutes les prédispositions pour maitriser sa caméra. Argo est le meilleur film de l’acteur-réalisateur et sans aucun doute le plus abouti. Sa mise en scène en toute sobriété possède une réelle force rendant son œuvre encore plus fascinante et plus profonde dans laquelle il associe avec intensité cinéma (Hollywood) et réalité (CIA), deux mondes pas si éloignés qui n’ont jamais eu autant de sens ici. Il n’en fallait pas plus pour convaincre George Clooney et Grant Heslov, producteurs via leur société Smokehouse, et séduire l’auditoire dans ce récit, basé sur des faits réels, retraçant l’opération ultra-secrète conjointe du gouvernement canadien et de la CIA aidés par Hollywood pour libérer six diplomates américains piégés à Téhéran pendant la révolution islamique en novembre 1979. Ben Affleck signe un thriller brillant magistral tiré au cordeau et offre une montée en puissance permanente qui prend un rythme haletant grâce à la bande son d’Alexandre Desplat. Dès l’ouverture du film, on sent que le cinéaste laisse peu de place à la respiration dans le scénario de Chris Terrio, issu de la Black List 2010, inspiré du roman The Master Disguise de Tony Mendez, incarné avec justesse par Ben Affleck, et de l’article paru dans Wired Magazine en 2007 de Joshuah Bearman.

 

 

Dans un montage vif bien calibré entre caméra à l’épaule et gros plans, images d’archives et fictionnelles, Ben Affleck déploie  son art de savoir gérer le suspense et régler le tempo de l’intrigue en resserrant l’étau sur le spectateur, qui reste littéralement cramponné à son siège pendant deux heures durant. On suit ainsi Ben Affleck dans une discrétion admirable en expert en exfiltration de la CIA pour planifier un stratagème avec le maquilleur John Chambers (lauréat d’un Oscar d’honneur pour ses masques dans La Planète des Singes), qui collaborait déjà avec les services de renseignement, et le producteur cynique Lester Siegel, tous deux génialement incarnés par John Goodman et Alan Arkin. Leur objectif : libérer les six Américains d’Iran en les faisant passer pour une équipe hollywoodienne en repérage pour une superproduction de science-fiction baptisée Argo, avec des navettes spatiales et des extra-terrestres. Tout a été finement organisé pour plus de véracité jusqu’à créer une fausse société de production Studio Six, des affiches et organiser une lecture publique du scénario au fameux Beverly Hilton pour la presse afin de promouvoir le film. Si Argo est avant tout un thriller politique sérieux, Affleck injecte aussi avec ingéniosité un étonnant potentiel comique dans la partie située à Hollywood liée à la mise en place de ce coup farfelu et invraisemblable au sein de la CIA, mené par Jack O’Donnell (formidable Bryan Cranston) qui n’hésite pas à assurer à ses supérieurs ‘C’est l’idée la moins pire que nous ayons. Et de loin’.

 

 

Des décors aux costumes en passant par les coiffures vintages imprégnés des années 70/80, Argo, qui excelle par sa photographie granuleuse élaborée par Rodrigo Prieto (Brokeback Mountain), est un excellent mélange d’authenticité, plongé dans les événements dramatiques en Iran où se mêlent des extraits du président Jimmy Carter et du JT avec le journaliste de l’époque Walter Cronkite, et de crédibilité dans la planification de ce plan de sauvetage hollywoodien. Ben Affleck, qui a réellement enfermé les six acteurs lors du tournage pour mieux recréer l’atmosphère de claustrophobie et les conditions de tension, a optimisé ses talents derrière et devant la caméra en rendant un bel hommage à cette mission déclassifiée par Clinton en 1997. Il adapte avec habileté et contribue à son tour à révéler au grand public les efforts de la CIA et de l’Ambassadeur du Canada et de sa femme qui ont été les seuls, parmi d’autres ambassades implantées à Téhéran, à secourir les six Américains en fuite et à les accueillir comme faux invités pendant 84 jours. Argo met du baume au cœur et est certainement l’une des œuvres cinématographiques les plus fortes et les plus intelligentes de 2012.

 

 

 

ARGO de Ben Affleck en salles le 7 novembre avec Ben Affleck, Bryan Cranston, Alan Arkin, John Goodman, Victor Garber, Tate Donovan, Clea DuVall, Scoot McNairy, Rory Cochrane, Christopher Denham, Kerry Bishé. Scénario : Chris Terrio basé sur le roman The Master Disguise d’Antonio J. (Tony) Mendez et de l’article paru dans Wired Magazine de Joshuah Bearnman. Producteurs : Grant Heslov, George Clooney. Directeur de la Photographie : Rodrigo Prieto. Décors : Sharon Seymour. Montage : William Goldenberg. Costumes : Jacqueline West. Compositeur : Alexandre Desplats. Distribution : Warner Bros. Durée : 1h59.

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Source: CBO Box office