Synopsis : Entre ses potes et l’entreprise familiale, l’été d’Arnaud s’annonce tranquille… Tranquille jusqu’à sa rencontre avec Madeleine, aussi belle que cassante, bloc de muscles tendus et de prophéties catastrophiques. Il ne s’attend à rien ; elle se prépare au pire.
Jusqu’où la suivre alors qu’elle ne lui a rien demandé ? 
C’est une histoire d’amour. Ou une histoire de survie. Ou les deux.

 

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Les Combattants - affiche

Les Combattants – affiche

Il est rare de découvrir un premier long-métrage – voire un film tout court – fort d’une telle maîtrise et d’une telle fusion entre les décors et les personnages. Les Combattants de Thomas Cailley, qui a raflé tous les prix à la Quinzaine des Réalisateurs au dernier festival de Cannes, le prouve par sa singularité et sa justesse. Récit sur la jeunesse, sur la survie et/ou sur l’amour selon le regard qu’on lui porte, l’excursion offerte par le jeune réalisateur se veut d’abord un parcours initiatique fondé sur un électrochoc émotionnel. La rencontre entre Arnaud et Madeleine fait d’emblée des étincelles, liée à leurs personnalités antinomiques. Lui est un observateur délicat faussement candide qui travaille le bois avec son frère, après la mort de son père. Elle est une force de la nature, impulsive et brute de décoffrage, destinée à une carrière militaire pour se préparer physiquement à l’Apocalypse. Tous deux vont devoir s’apprivoiser et se projeter ensemble en s’échangeant par étapes successives leur savoir-faire et leurs conseils. Quoi de mieux pour cela que les paysages foisonnants des Landes et un stage d’été dans l’armée de terre en guise de terrain d’exploration. Malin et soucieux de donner une unité à son récit, Cailley n’attend pas ladite mise en situation pour faire basculer son duo, de l’univers de la comédie à celui du film d’aventure. Il y a bien quelques accointances avec la sphère de Judd Apatow surtout dans la première partie grâce à la bande de potes d’Arthur, dont Xavier (le pince-sans-rire William Lebghil de la série SODA). Ce groupe d’individus plus vraiment enfants mais pas encore adultes, représente à lui seul l’esprit d’une certaine jeunesse actuelle, entre drôlerie, lucidité et fragilité.

 

Adele Haenel - Les Combattants de Thomas Cailley / © Haut et Court

Adele Haenel – Les Combattants de Thomas Cailley / © Haut et Court

 

Pourtant, au-delà de ces différents genres reconnaissables, qui lui évitent de se réduire à un seul visage et une seule lecture, Les Combattants est avant tout une œuvre organique. Il suffit pour s’en convaincre de voir l’exposition du personnage de Madeleine, emmené par Adèle Haenel entre instinct, intelligence et une énergie folle. Son apparition ‘‘claque’’ l’image comme elle jette un grand courant d’air dans le microcosme d’Arnaud pour y ouvrir une brèche malgré elle. Si le couple qu’elle forme avec son alter égo inattendu (Kevin Azaïs, d’un naturel confondant) fonctionne aussi bien, c’est parce qu’il dépasse son aspect atypique pour mieux surprendre. On ne sait jamais, au fur et à mesure que la relation entre ces deux contraires évolue, lequel conduira l’autre pour poursuivre le chemin. Magnétique, elle l’attire sans le savoir jusqu’à ce stage militaire. Entre sursaut et réflexion, il la conduit dans une nouvelle zone de survie. Aucune scène convenue ne vient atténuer les effets de ces confrontations, y compris dans le second acte se déroulant au camp militaire. Peut-être tout simplement parce qu’Arnaud et Madeleine sont deux fonceurs qui vont se trouver pour mieux se découvrir eux-mêmes en dépit de leurs différences, et même en partie grâce à elles. Et qu’importe si les doutes persistent sur cet avenir incertain, seule prime la recherche de solutions en tant qu’alternative à la fin du monde imaginée de Madeleine. Car Arnaud a entre-temps construit une bâtisse plus abstraite et moins rassurante que celle proposée par sa famille. L’essentiel est que cet univers renaissant, explosif et chaotique lui appartienne contrairement à cette existence déjà tracée et symbolisée par les abris en bois qu’il conçoit avec son frère aîné.

 

Adele Haenel, Kevin Azais - Les Combattants de Thomas Cailley / © Haut et Court

Adele Haenel, Kevin Azais – Les Combattants de Thomas Cailley / © Haut et Court

 

L’odyssée amoureuse et existentielle présentée par Thomas Cailley n’en est alors qu’à son premier acte quand s’achève sa représentation et c’est qui fait tout son intérêt : le jeune duo accepte de continuer cette route vers un ailleurs possible. La bande son électro pêchue d’Hit’n’Run qui ouvre et clôture le spectacle épouse d’ailleurs parfaitement l’enjeu des Combattants : de nouvelles bases et relations sont établies mais tout peut encore s’inventer et recommencer. Il n’est donc pas trop tard pour peupler un nouveau monde d’éléments et de gestes plus efficaces. Revenus à l’âge de pierre en pleine forêt et confrontés à leurs besoins primaires, Arnaud et Madeleine doivent d’abord recomposer un décor. David Cailley – le frère du réalisateur – l’illustre brillamment à travers sa superbe photographie. Les tons neutres et froids de la piscine et des matières premières, symboles du confort et d’une vie inerte et faussement salvatrice, laisseront place aux couleurs chaudes et sauvages d’une forêt à la fois dangereuse et revigorante. Ces plans du furet dans la piscine, déclencheur du premier rapprochement entre les deux protagonistes, renvoie tel un flash forward à la situation du couple dans ce milieu naturel prêt à l’avaler à tout moment et qui cependant le fait avancer. Ce passage du froid au chaud marque également cette belle fusion de caractères opposés avec ses conséquences, et l’épreuve du feu n’est forcément pas sans fumée ni douleurs.

 

Adele Haenel, Kevin Azais - Les Combattants de Thomas Cailley / © Haut et Court

Adele Haenel, Kevin Azais – Les Combattants de Thomas Cailley / © Haut et Court

 

Si la trame des Combattants reste finalement assez classique, le metteur en scène aura donc suffisamment bousculé ses personnages pour la réussir. On ressent pleinement les sarcasmes, les coups, les rebondissements qui piquent comme des flèches aussi bien que les regards interminables et les respirations entre deux orages. Riche de toutes ces nuances, la traversée de Thomas Cailley donne pleinement envie de savoir quelle corde il ajoutera à son arc à l’avenir.

 

 

>> NOTRE RENCONTRE AVEC THOMAS CAILLEY POUR LES COMBATTANTS <<

 

 

  • LES COMBATTANTS de Thomas Cailley en salles le 20 août 2014.
  • Casting : Adèle Haenel, Kévin Azaïs, Antoine Laurent, Brigitte Roüan, William Lebghil, Thibault Berducat, Nicolas Wanczycki, Frédéric Pellegeay, Steve Tientcheu, Franc Bruneau…
  • Scénario : Thomas Cailley, Claude Le Pape.
  • Producteur : Pierre Guyard.
  • Photographie: David Cailley.
  • Montage : Lillian Corbeille.
  • Son : Jean-Luc Audy, Rémi Bouchateau. Antoine Baudoin, Niels Barletta.
  • Décors : Paul Chapelle.
  • Costumes : Arianne Daurat.
  • Maquillage : Marine Baudoin.
  • Musique originale : Lionel Flairs, Benoit Rault et Philippe Deshaies pour Hit’N’Run.
  • Distribution : Haut et Court Distribution.
  • Durée : 1h38.

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