Les Opportunistes de Paolo Virzi: critique

Publié par Didier Flori le 19 novembre 2014

Synopsis : Près du Lac de Côme en Italie. Les familles de la richissime Carla Bernaschi et de Dino Ossola, agent immobilier au bord de la faillite, sont liées par une même obsession : l’argent. Un accident la veille de Noël va brutalement changer leurs destins.

 

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Les opportunistes - affiche

Les opportunistes – affiche

Les opportunistes s’est partagé les honneurs avec LA GRANDE BELLEZZA (notre critique) aux derniers David di Donatello – l’équivalent italien des César. Egalement successeur du film de Paolo Sorrentino comme représentant de l’Italie aux Oscars 2015, ce drame a l’espoir d’y glaner à son tour le titre du meilleur film étranger. Une telle mise en avant a de quoi laisser sceptique. Pas mauvais, Les opportunistes ne présente pourtant rien de réellement enthousiasmant. Le choix d’un premier plan est toujours crucial dans la mesure où il donne la tonalité. Paolo Virzì opte pour un mouvement sophistiqué qui montre d’abord en plongée les tables d’une salle de réception avant de descendre parmi les petites mains qui les débarrassent. La relative ambition technique veut nous impressionner pour appuyer sur le fait qu’il y a de la mise en scène. Le problème est qu’on y reste extérieur, et que toutes ces coquetteries visuelles soulignent hélas la platitude de l’ensemble. Le roman américain Capital humain de Stephen Amidon, paru aux éditions Stock en 2005, dressait un tableau de l’Amérique à la veille des attentats du 11 septembre 2001 à travers un récit choral. Paolo Virzì transporte cette intrigue dans l’Italie contemporaine en pleine banqueroute. On n’apprendra cependant pas beaucoup de ce contexte économique, le cinéaste nous servant plutôt des lieux communs sur les rapports de classe.

 

Valeria Bruni Tedeschi et Fabrizio Gifuni dans Les opportunistes Paolo Virzi

Valeria Bruni Tedeschi et Fabrizio Gifuni dans Les opportunistes Paolo Virzi

 

Petit agent immobilier, Dino voit dans la relation de sa fille avec le fils de la famille bourgeoise Bernaschi l’occasion de se refaire une santé financière. Sa présence décalée et vulgaire dans un milieu sophistiqué est un ressort comique plutôt efficace, mais son idiotie et sa mesquinerie en font un personnage assez désagréable. On ressent néanmoins plus de compassion pour Carla, bourgeoise délaissée par son mari qui réinjecte de la passion dans sa vie à travers le projet de sauvetage d’un théâtre. Ces deux récits nous sont contés successivement dans une structure en chapitres, témoin de l’ambition littéraire et romanesque d’une œuvre qui peine à trouver le moindre souffle. Organisé autour d’un accident de voiture, Les Opportunistes apporte au fur et à mesure des éléments autour de ces circonstances.

 

Fabrizio Bentivoglio et Valeria Golino dans Les opportunistes de Paolo Virzi

Fabrizio Bentivoglio et Valeria Golino dans Les opportunistes de Paolo Virzi

 

On peut alors s’amuser à reconstituer le puzzle à travers les points de vue successifs des différents protagonistes mais cet effet combinatoire ne suffit pas à compenser le manque de force de ce drame psychologique qui use jusqu’à la corde des ressorts narratifs habituels comme l’adultère, les mensonges, les frustrations… Le propos assez commun des Opportunistes est malgré tout servi par un casting plutôt convaincant, salué par trois David di Donatello. Fabrizio Gifuni est ainsi parfait d’élégance et de froideur d’une classe supérieure méprisante. Il est le négatif d’une Valeria Golino pleine de simplicité et de générosité. Valeria Bruni Tedeschi est quant à elle troublante de fragilité et de mélancolie dans le rôle d’une Carla aux aspirations artistiques, compagne d’un homme influent, dont toute ressemblance avec une ex-première dame serait bien sûr purement fortuite…

 

 

  • LES OPPORTUNISTES (Il Capitale Umano) réalisé par Paolo Virzi en salles le 19 Novembre 2014.
  • Avec : Valeria Bruni Tedeschi, Fabrizio Bentivoglio, Valeria Golino, Fabrizio Gifuni, Luigi Lo Cascio, Giovanni Anzaldo, Matilde Gioli, Guglielmo Pinelli, Gigio Alberti, Bebo Storti, Vincent Nemeth
  • Scénario : Francesco Bruni, Francesco Piccolo, Paolo Virzì d’après Capital Humain de Stephen Amidon
  • Production : Fabrizio Donvito, Benedetto Habib, Marco Cohen
  • Photographie : Jérôme Alméras
  • Montage : Cecilia Zanuso
  • Costumes : Bettina Pontiggia
  • Décors : Mauro Radaelli
  • Musique : Carlo Virzì
  • Distribution : BAC Films
  • Durée : 1h49

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