La Communauté de Thomas Vinterberg : critique

Publié par Philippe Descottes le 7 janvier 2017

Synopsis : Dans les années 1970, au Danemark, Erik, professeur d’architecture, et Anna, journaliste à la télévision, sont las de leur vie de couple. Ils décident alors de tenter l’expérience de vivre au sein d’une vraie communauté et s’installent avec leur fille de 14 ans, Freja, dans une villa à Hellerup, quartier huppé au nord de Copenhague. Ils invitent des amis et de nouvelles connaissances à partager une vie en collectivité où toutes les décisions sont prises de manière collégiale et soumises à un vote. Si leur communauté favorise l’amitié, l’amour et l’intimité du groupe, une liaison amoureuse entre Erik et l’une de ses étudiantes vient bientôt perturber la vie de la petite société…

♥♥♥♥♥

 

La Communaute - affiche

La Communaute – affiche

La filmographie de Thomas Vinterberg est parsemée de films qui laissent dubitatifs quand ils ne sont pas décevants. Récent exemple en date, la coproduction anglo-américaine Loin de la foule déchainée, adaptation du célèbre roman de Thomas Hardy et romance cinématographique sortie en France en 2015. Avec La Communauté, il revient à ce cinéma plus personnel et à des films, comme Héros, Festen, Submarino ou La Chasse. Autant de productions danoises qui en ont fait un cinéaste à suivre. Ce n’est probablement pas le fait du hasard s’il refait équipe avec Tobias Lindholm, le scénariste des deux derniers films mentionnés, mais aussi celui de l’excellente série Borgen et le réalisateur de Hijacking et A War. De même, il retrouve deux de ses acteurs fétiches, Trine Dyrholm et Ulrich Thomsen, déjà au générique de Héros et de Festen. Thomas Vinterberg reconstitue ainsi un cercle de proches. Une famille de cinéma pour évoquer des souvenirs familiaux des années 1970, puisqu’il a vécu au sein d’une communauté entre 7 et 19 ans. Erik (Ulrich Thomsen) et Anna (Trine Dyrholm), un couple de quadragénaires, visitent une grande maison dont ils viennent d’hériter. Anna a l’idée d’une vie en communauté. Elle permettrait d’éviter une certaine monotonie dans leur vie mais aussi de faire face aux grosses dépenses qu’entraîne cet héritage. Ils s’y installent donc avec leur fille de 14 ans, Freja (Martha Sofie Wallstrøm Hansen), dont on imagine aisément qu’elle porte le regard de Thomas Vinterberg adolescent. Le groupe se constitue, d’abord avec des connaissances, ensuite avec de nouveaux venus, admis sur décision collégiale avec un vote à main levée, puis il entre dans cette nouvelle expérience de vie en collectivité, avec ses hauts et ses bas. Même si 1968 et le flower power ne sont pas bien loin, ici, il ne s’agit pas de contester le système et de mettre en place des voies alternatives à la société de consommation. Erik et Anna gardent d’ailleurs leur travail et les colocataires n’ont rien de hippies, à une exception près.

.

La Communaute de Thomas Vinterberg

La Communaute de Thomas Vinterberg

.

Thomas Vinterberg s’intéresse de nouveau au poids d’une communauté et des règles sur l’individu. Des thèmes qui étaient déjà au cœur de Festen mais aussi de La Chasse. La Communauté démarre sur le ton de la comédie, avec des personnages hétéroclites et des situations cocasses, comme le vote démocratique pour résoudre un problème de facture de bières trop élevée. Puis, l’ambiance s’assombrit lentement. La famille étendue de Festen réglait ses comptes dans une immense demeure au cours d’une soirée d’anniversaire, tandis que cette autre famille de La Communauté ne tarde pas à découvrir dans sa grande maison que ses idéaux peinent à faire face à la réalité. La bonne volonté, l’ouverture d’esprit et la tolérance ne suffisent pas et les mauvais traits de la nature humaine reprennent le dessus. Les colocataires assistent impuissants à la grave crise conjugale que connaissent Erik et Anna. L’échec de leur couple symbolise en même temps celui d’une utopie. Thomas Vinterberg filme la chronique douce-amère d’une époque révolue qu’il veille à reconstituer avec soin (codes vestimentaires, images aux couleurs passées, bande originale composée de tubes pop de ces années-là). Comme par le passé, il excelle dans l’exploration de relations humaines complexes et dans les portraits de personnages plongés dans une ambiance lourde. Dans ce registre, le choix des comédiens, qu’il s’agisse des rôle principaux ou secondaires, se révèle judicieux et leurs performances sont plus que convaincantes, avec une mention particulière, non seulement au duo Trine Dyrholm (Ours d’Argent de la meilleure actrice à la Berlinale 2016) et Ulrich Thomsen, mais aussi à la jeune Martha Sofie Wallstrøm Hansen. Avec La Communauté, Thomas Vinterberg signe un bon retour.

.

.

.

  • LA COMMUNAUTÉ (Kollektivet) de Thomas Vinterberg en salles le 18 janvier 2017.
  • Avec :  Trine Dyrholm, Ulrich Thomsen, Helene Reingaard Neumann, Martha Sofie Wallstrøm Hansen, Lars Ranthe, Fares Fares, Magnus Millang, Julie Agnete Vang…
  • Scénario : Thomas Vinterberg, Tobias Lindholm d’’après la pièce de Thomas Vinterberg et Tobias Lindholm
  • Production : Sisse Graum Jørgensen, Morten Kaufmann
  • Photographie : Jesper Tøffner
  • Montage : Anne Østerud, Janus Billeskov
  • Décors : Niels Sejer
  • Costume : Ellen Lens
  • Musique : Fons Merkies
  • Distribution : Le Pacte
  • Durée : 1h51

.

Commentaires

A la Une

Robert Rodriguez en négo pour la relecture de New York 1997

Robert Rodriguez est en négociations avec la 20th Century Fox pour réaliser le nouveau New York 1997, le film dystopique culte… Lire la suite >>

La 18e édition du Festival d’Aubagne 2017

Du 20 au 25 mars 2017 se déroule la 18ème édition du Festival International du Film d’Aubagne (FIFA), qui met… Lire la suite >>

Spring Breakers décliné en série digitale

Spring Breakers de Harmony Korine va connaître une déclinaison en série digitale via Blackpills, toute nouvelle plateforme spécialisée en contenus numériques et… Lire la suite >>

Cannes 2017 : rumeurs, pistes crédibles et pronostics sur la sélection

À moins de soixante jours du 70e Festival de Cannes, présidé par Pedro Almodovar, avec Monica Bellucci en maîtresse de… Lire la suite >>

Une affiche pour La Tour Sombre

Sony Pictures a mis en ligne une première affiche de La Tour Sombre de Nikolaj Arcel, d’après la saga littéraire de Stephen King, avec… Lire la suite >>

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 KONG : SKULL ISLAND 522 936 2 1 148 508
2 LOGAN 418 728 3 1 818 172
3 ALIBI.COM 358 134 5 3 140 060
4 L'EMBARRAS DU CHOIX 291 171 1 291 171
5 PATIENTS 278 113 3 818 014
6 LION 268 247 4 1 296 238
7 SPLIT 259 243 4 1 491 826
8 LES FIGURES DE L'OMBRE 235 282 2 465 770
9 CHACUN SA VIE 207 383 1 207 383
10 THE LOST CITY OF Z 150 045 1 150 045

Source: CBO Box office