Livre/ Images et mots de l’horreur (deux volumes) : critique

Publié par Jacques Demange le 17 avril 2017

Résumé : Une étude consacrée aux oeuvres, des plus sublimes aux plus abjectes, et aux créateurs qui se sont dédiés à l’horreur, que ce soit dans la littérature, au cinéma, en peinture ou à la télévision.

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Images et mots de lhorreur - Outrance et ravissementImages et mots de lhorreur - Territoires de leffroiGuy Astic est aujourd’hui un nom bien connu dans le domaine de l’édition consacrée au cinéma. Le directeur de l’excellente maison Rouge Profond, est aussi un essayiste prolixe qui a consacré d’intéressantes études aux œuvres de David Lynch, Stephen King, ou Günter Grass, entre autres. Ce goût partagé pour la littérature et l’art cinématographique se retrouve tout au long de ces deux volumes (Outrance et ravissement et Territoires de l’effroi) qui se répondent à la manière de miroirs réfléchissants. Au carrefour des images et des mots donc, Astic propose au lecteur un voyage au pays de l’effroi sensible et de la terreur charnelle. Deux études placées sous la tutelle de deux figures tutélaires (Clive Barker d’abord, Stephen King ensuite), elles-mêmes reliées à deux thématiques principales (le corps et l’espace). Félicitions tout d’abord le choix de l’auteur. Loin d’être réduite à sa seule adaptation filmique de Hellraiser, la figure de Barker profite pour la première fois en langue française d’une étude complète et savante. Fin lettré, Astic n’hésite pas à comparer l’écrivain des Évangiles écarlates et des Livres de sang à Victor Hugo, Lewis Carroll, Pier Paolo Pasolini, ou Günter Grass. L’œuvre de Barker mettrait ainsi en scène « l’infrangible (…) à partir des corps, des milieux où la réalité fusionne, mollit, se distend, se déforme. »

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L’entreprise menée par Astic n’est pas si différente. À partir d’un seul et même regard, l’auteur cherche à interroger l’indicible de l’horreur, et, au-delà, l’étrange attraction qu’exerce sur nous l’acte de la fiction. Un beau projet mené à bien à partir d’une approche pluridisciplinaire. Films, séries télévisées (Buffy contre les vampires, X Files), romans, photographies, bandes dessinées, peintures (l’Andromède de Pierre Peyrolle ou L’ïle des morts de Böcklin), l’auteur provoque au creux des images la création de seuils aux multiples clés interprétatives. Telle œuvre renvoie à une autre, tel sujet appelle au développement d’un second. L’ensemble s’enchâsse parfaitement. La monstruosité exposée de La Mouche (David Cronenberg) convoque tour à tour The Thing (John Carpenter), Alien (Ridley Scott), Elephant Man (David Lynch), Freaks (Tod Browning) ; tandis que la figure enfantine permet de jolis rapprochements entre certains passages de La Horde sauvage (Sam Peckinpah), Les Griffes de la nuit (Wes Craven), L’Autre (Robert Mulligan), ou du moins connu Mauvaise graine de Melvyn LeRoy.

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Astic interroge les nombreuses facettes de l’horreur, s’attarde sur une cinématographie (la J-Horror), un parcours singulier (la collaboration entre l’écrivain Richard Matheson et la Hammer), un trait d’esprit (l’humour noir parfaitement illustré à travers les éclaboussures d’encre de chine projetées par Franquin dans ses Idées noires), l’exploration d’un lieu (les sous-sols londoniens, du Loup-garou de Londres à Creep), l’analyse d’une facette (le gothique domestique chez Stephen King) ou d’une représentation particulière (l’enfer perçu à travers le prisme du décalage lynchéen, ou des cases du manga Panorama de l’enfer de Hideshi Hino). La lecture de ces pages s’apparente à la traversée de dédales et de ponts menant vers l’Outre-monde, et, progressivement, l’identité du lecteur se confond avec celle de John Trent, le héros de L’Antre de la folie de John Carpenter, film hanté par les univers de Barker, King et Lovecraft. C’est une course magnifique et haletante ponctuée par la vision d’images sidérantes, se rencontrant et se heurtant sans cesse. Soulignons ici la belle et riche mise en page des deux volumes, signature habituelle de Rouge Profond. Œuvre tout à la fois totale et subjective, ces Images et mots de l’horreur en deux volumes sont déterminés par la plus belle des dynamiques : celle du plaisir partagé.

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