Love Hunters de Ben Young : critique

Publié par Lucia Miguel le 12 juillet 2017

Synopsis : Australie, été 1987. Un soir, alors que la jeune Vicki Maloney se rend à une soirée, elle est abordée dans la rue par Evelyn et John White, deux trentenaires qui l’invitent chez eux. Sur place, elle comprend qu’elle est tombée dans un piège. Séquestrée, sa seule chance de survie sera d’exploiter les failles du couple…

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Love Hunters - affiche

Love Hunters – affiche

Comment réagir lorsque l’horreur est le moteur du couple ? Comment y échapper quand la motivation est purement passionnelle ? Telles sont les questions que pose Love Hunters, premier long-métrage de Ben Young, jeune scénariste et réalisateur australien, principalement connu dans le milieu de la publicité et des clips musicaux. Premier opus dérangeant donc, qui explore les dynamiques du couple et la banalité du Mal avec une conception narrative et visuelle d’une violence profonde. Le récit se déroule dans une banlieue ordinaire de Perth (Australie) dans les années 1980. Dans ce paysage évoluent John et Evelyn White, un couple normal, en apparence, mais qui cache un hobby des plus effrayants : collectionner des jeunes lycéennes, les torturer et ensuite les assassiner. Un beau jour, ils jettent leur dévolu sur Vicki Malone, une jeune blonde insouciante. Profitant de leur apparente normalité, ils réussissent à l’attirer dans leur maison cauchemardesque pour en faire leur jouet. Toute la narration tourne désormais autour du trio dans un huis clos oppressant dont on en ressort profondément marqué. Ben Young, qui s’éloigne intelligemment du torture porn sans jamais s’épancher sur la violence et l’horreur, suggère essentiellement, avant de montrer les conséquences sur le corps et le visage tuméfiés de cette jeune fille. Le cinéaste a bien compris que les limites de l’imagination vont au-delà du représentable ; ce qui rapproche Love Hunters davantage du thriller psychologique que du film d’horreur.

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Love Hunters Love Hunters Love Hunters Love Hunters

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L’un des choix principaux de Young est la mise en lumière du corps. La chair est en même temps objet de désir et objet de torture, car tout au long du film le désir sexuel et la pulsion meurtrière vont se confondre. Une brillante première séquence, où le slow motion, à son paroxysme, impose d’emblée le point de vue des tueurs, avec des gros plans, à l’effet clipesque, sur les corps des jeunes écolières jouant au basket. Le regard – celui du couple – est attiré tel un prédateur par les gouttes de sueur qui glissent sur leur peau pubère et leurs muscles en activité. Ce regard, qu’on pense d’abord innocent, se dévoile progressivement funeste car cette démarche d’observer et de choisir constitue une première étape dans la descente aux enfers.

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Si dans la première partie, le point de vue s’identifie à la jeune Vicki (Ashleigh Cummings), dans la seconde, il bascule sur Evelyn (Emma Booth), la compagne de John (Stephen Curry). Tantôt monstrueuse tantôt vulnérable, cette femme soumise devient le personnage central et s’interroge, perdue, face à la nature du Mal qu’elle ne discerne pas. Est-il inhérent au couple ? Peut-il naître d’un amour trop passionnel ? Entre John (personnage négatif) et Vicki (personnage positif), et malgré les atrocités commises, Evelyn est toute en nuances. Cette confusion et indécision la rendent plus dangereuse et inquiétante que son partenaire, car face à l’horreur elle reste impassible. Le plus effrayant dans Love Hunters est le traitement de la manipulation et la dangerosité perverse dans le couple. Sous l’emprise de John, Evelyn, femme fragile et douce en apparence, marquée par une séparation avec ses enfants, devient l’exécutante des moindres désirs viciés de son partenaire. Si le casting est davantage connu en Australie (Stephen Curry, vedette télévisuelle populaire sur le continent ; Emma Both, top model australien originaire de Perth), il n’en reste pas moins ici convaincant.

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Le remarquable travail sur le son renforce toute cette atmosphère angoissante et enveloppante. Les musiques, qui ponctuent la narration, nous ramènent également à cette époque, tout comme la photographie granuleuse qui décrit l’Australie de l’enfance du cinéaste, les couleurs désaturées et les décors vintage. Love Hunters parvient ainsi à prendre aux tripes malgré une fin prévisible et décevante. Le récit et la réalisation, aussi angoissants qu’efficaces, en font une œuvre qui va beaucoup plus loin que la simple exposition d’un fait divers et traite avec férocité de la nature humaine et de la nocivité de certaines relations amoureuses.

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  • LOVE HUNTERS écrit et réalisé par Ben Young en salles le 12 juillet 2017.
  • Avec : Ashleigh Cummings, Emma Both, Stephen Curry, Susie Porter, Damian de Montemas, Harrison Gilbertson…
  • Production : Melissa Kelly
  • Photographie : Michael McDermott
  • Montage : Merlin Eden
  • Décors : Clayton Jauncey
  • Costumes : Terri Lamera
  • Musique : Dan Luscombe
  • Distribution : UFO Distribution
  • Durée : 1h48

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Source: CBO Box office