Song to Song de Terrence Malick : critique

Publié par Yvan Lozac'hmeur le 11 juillet 2017

Synopsis : Une histoire d’amour moderne, sur la scène d’Austin au Texas, deux couples – d’un côté Faye (Rooney Mara) et le chanteur BV (Ryan Gosling), et de l’autre un magnat de l’industrie musicale (Michael Fassbender) et une serveuse (Natalie Portman) – voient leurs destins et leurs amours se mêler, alors que chacun cherche le succès dans cet univers rock’n’roll fait de séduction et de trahison.

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Song to Song - affiche

Song to Song – affiche

Quelle douce fable onirique dans laquelle nous entraîne le maître Malick. Song to Song nous convie à suivre les romances croisées de musiciens, d’une jeune serveuse et d’un riche producteur dans la ville d’Austin, Texas, célèbre pour ses nombreux festivals dont le fameux South by Southwest (SXSW). Pour construire ce poème cinématographique, Terrence Malick s’est entouré d’un casting prestigieux mais aussi d’un sacré cercle d’artistes, comme Patti Smith, Iggy Pop, Lykke Li, et plus largement Red Hot Chili Peppers, Florence and the Machine ou encore Black Lips. Certains de ces artistes ne se contentent pas d’apparaître pour donner du volume au cadre et à la volonté semi-réaliste de l’œuvre. Patti Smith, Iggy Pop et Lykke Li ont échangé longuement avec le réalisateur en amont afin de l’aider dans son écriture avec de véritables morceaux d’existence. C’est ainsi que la magie s’infiltre et opère dans Song to Song qui nous fait vivre le fantasme et l’existence frivole des stars, leurs excès, leurs gestuelles, leur liberté toute particulière. Derrière sa forme au style documentaire, caméra à l’épaule très physique avec les acteurs, Song to Song se révèle davantage le rêve d’une vie qu’une vie de rêve. Ce film contemplatif, la patte du cinéaste, mêle l’univers de la musique, ses chimères et l’esprit de bohème, avec des acteurs irréprochables que l’on ne peut s’empêcher de prendre pour eux-mêmes via cette peinture fantasmatique du show-biz. Song to Song crée ainsi un microcosme fascinant où l’illusion de pénétrer les coulisses de la grande scène semble bien réaliste malgré la poésie dont est empreint le film.

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Rooney Mara, Michael Fassbender et Ryan Gosling - Song to Song

Rooney Mara, Michael Fassbender et Ryan Gosling – Song to Song

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On peut alors ressentir, vivre l’expérience singulière et fascinante des personnages. Tandis que Ryan Gosling (BV) et Rooney Mara (Faye) nous happent dans le tourbillon de fureur de vivre, Natalie Portman (Rhonda), hélas trop peu à l’écran, est déchirante dans sa lente descente aux enfers, dont le maître des lieux n’est autre que le personnage de Michael Fassbender (Cook), d’une froideur suave et machiavélique. Si on retrouve Cate Blanchett après Knight of Cups et Voyage of Time, on y découvre Holly Hunter, Bérénice Marlowe et même furtivement Val Kilmer dont l’incarnation de son Jim Morrison semble un écho lointain. Malick fait ainsi tournoyer sa caméra, les plans virevoltant s’enchaînent, brisent la temporalité du récit et laissent planer une impression d’improvisation pour ainsi nous emporter, nous perdre dans les dédales existentiels de leurs relations tumultueuses. Les voix-off narratives poussent un peu plus au vertige, au songe métaphysique.

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L’ensemble est sublimé par la photo d’Emmanuel Lubezki (Les Moissons du Ciel, The Tree of Life ou encore À la merveille, mais aussi derrière Gravity et The Revenant) agréablement reposante, hypnotique. Une lumière qui laisse pourtant filtrer à travers les grandes baies vitrées des superbes villas une troublante mélancolie ; sentiment de leur propre cloisonnement, d’inaccessible. À l’opposé, les scènes du festival d’Austin, avec la présence en live des nombreux artistes, tels Iggy Pop et Die Antwoord, deviennent un cocktail musical exaltant et salvateur, où rock, folk, blues, country se succèdent et s’entremêlent. Car à l’instar des images en décalage avec les voix-off qui nous parlent et se répondent, la bande son participe à l’illustration des sentiments qui déchirent les personnages tandis qu’ils s’ouvrent à nous. Ainsi, avec Song to Song, son neuvième long métrage, Malick signe ainsi une plongée étourdissante, une méditation romantique, une ballade contemplative dont l’approche visuelle, sonore et sensorielle efface progressivement les frontières d’une étonnante expérience planante.

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  • SONG TO SONG écrit et réalisé par Terrence Malick en salles le 12 juillet 2017.
  • Avec : Rooney Mara, Natalie Portman, Ryan Gosling, Michael Fassbender, Holly Hunter, Cate Blanchett, Bérénice Marlohe, Patti Smith, Iggy Pop, Val Kilmer
  • Production : Sarah Green, Nicolas Gonda, Ken Kao
  • Photographie : Emmanuel Lubezki
  • Montage : Rehman Nizar Ali, Hank Corwin, Keith Fraase
  • Décors : Jack Fisk
  • Costumes : Jacqueline West
  • Musique : Lauren Marie Mikus, Kelly Donnelly
  • Distribution : Metropolitan FilmExport
  • Durée : 2h08

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Source: CBO Box office