Chinatown de Roman Polanski : critique

Publié par Camille Carlier le 3 novembre 2017

Synopsis : Gittes, détective privé, reçoit la visite de la troublante Mme Mulwray, qui lui demande de filer son mari, ingénieur des eaux à Los Angeles. Celui-ci est retrouvé mort, noyé. Gittes s’obstine dans son enquête, malgré les menaces de tueurs professionnels.

 

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Chinatown - affiche

Chinatown – affiche

La Cinémathèque française propose, du 30 octobre au 25 novembre 2017, une rétrospective de l’œuvre de Roman Polanski, qui s’est ouverte avec D’après une histoire vraie, sorti sur les écrans le 1er novembre. C’est l’occasion de (re)découvrir des films souvent hybrides dans leur genre, et exemples parfaits de la chimie concluante entre les studios hollywoodiens et une création européenne plus rugueuse pour une évolution lente mais certaine dans le traitement des personnages et des intrigues. Ainsi, Roman Polanski est venu présenter mercredi 1er novembre au soir Chinatown, sorti en 1974, qui marqua son retour américain après un exil outre-Atlantique. Fort du succès de Rosemary’s Baby, sept ans auparavant et produit par la Paramount Pictures, il revint pressés par les studios pour travailler sur le scénario d’un detective movie, hommage au film noir des années 1930-1940. Bien que le film soit devenu culte aujourd’hui, tant pour son casting que pour son traitement, Polanski a déclaré avoir été dans un doute permanent. La genèse fut mouvementée, particulièrement dans sa relation avec le scénariste Robert Towne, qui sera cependant distingué par un Oscar en 1975 pour le scénario de Chinatown. En effet, les deux hommes ne parvenaient pas à s’entendre sur les arcs narratifs et le dénouement. À l’instar de nombre de productions du Nouvel Hollywood, Polanski souhaitait une fin qui ne propose pas de happy end pour une sensation amère quand Towne imaginait une revanche jouissive de l’héroïne sur un père incestueux. « Je voulais quelque chose dans l’esprit de Chandler » a expliqué Polanski, évoquant Raymond Chandler, auteur de romans policiers adaptés à de multiples reprises au cinéma.

 

Faye Dunaway et Jack Nicholson - Chinatown

Faye Dunaway et Jack Nicholson – Chinatown

 

Avant la projection dans la salle Henri Langlois de la Cinémathèque, Polanski nous a livré une petite anecdote sur le choix de la bande originale, expliquant que Jerry Goldsmith avait été mandaté en urgence après la projection-test du film qui s’était tenue à Santa Barbara. Car Chinatown, c’est aussi une musique inoubliable et qui compte parmi les plus belles du cinéma hollywoodien, envoutante et nostalgique. N’ayant pu avoir Krzysztov Komeda, avec qui Polanski avait travaillé sur Le couteau dans l’eau ou encore Cul-de-sac, et qui rendait ses films « mieux » selon lui, c’est un autre compositeur qui a d’abord réalisé un premier accompagnement musical, sans succès.

 

Plus de quarante ans après, Chinatown n’a aucunement perdu de sa superbe et se révèle comme très moderne et authentique. Par le prétexte de l’enquête, propre au genre du film noir, nous sommes plongés dans les entrailles de la corruption et d’un système oppresseur, que contrastent la beauté des vastes paysages western et l’apparente aseptisation de la machine à rêve hollywoodienne. Tout est feint, et se fier est aussi dangereux que de chercher la vérité. Par le prisme du détective privé, on est amené à découvrir ce que l’humain a de plus inavouable et que Polanski nous rend accessible dans un rétroviseur, via des jumelles ou un interstice créé par des rideaux mal tirés. Le thème de l’inceste ajoute l’ingrédient d’une tragédie classique, taquinant les styles et cassant les codes. En témoigne Polanski, qui joue dans son propre film, défigurant au couteau son héros, contraint de porter un pansement ou des points de sutures. 

 

Roman Polanski - Chinatown

Roman Polanski – Chinatown

 

Après un générique délicieusement suranné, Chinatown s’étire entre journées arides dans un Los Angeles en proie à la sécheresse et crépuscules d’une beauté certaine. On salue d’ailleurs le travail du directeur photo, John A. Alonzo. À l’époque de sa sortie, Jack Nicholson est déjà l’icône de la contre-culture pour son rôle de George Hanson dans Easy Rider, réalisé par Dennis Hopper en 1969. Il interprète ici avec assurance et cynisme un détective qui, blasé de ne traiter que des affaires d’adultère, s’est isolé de ses congénères d’un point de vue empathique. Doit-on redire que Nicholson est parfait de justesse ; cette retenue est encore plus appréciable lorsqu’on établit le parallèle avec ses rôles futurs et son potentiel à incarner la folie franche. Il recevra d’ailleurs un Golden Globe en 1975 pour sa performance. Drôle et insolent, il donne la réplique à Faye Dunaway – héroïne culte du Bonnie et Clyde d’Arthur Penn en 1967, mystérieuse et d’une classe folle. Les ongles laqués de rouge et la bouche carmin, elle est tantôt menteuse et distante tantôt farouchement décidée.

 

Roman Polanski salue le genre et l’héritage du détective en grande partie laissé par Humphrey Bogart pour les caméras de Howard Hawks ou de John Huston – qui joue dans Chinatown. Le cinéaste franco-polonais le transforme ici avec subtilité par un mélange d’enquête classique et de préoccupations ontologiques. Aussi tortueux et déroutant que puisse être le scénario, l’ensemble conserve un ton satirique pour un final digne des grandes tragédies grecques. « Forget about it Jake, it’s Chinatown » se voit alors conseillé le détective J. J. Gittes, à qui on demande, après avoir cherché à savoir et voir, d’oublier car il en a trop vu.

 

 

 

  • CHINATOWN
  • Projections exceptionnelles : 8 novembre 2017 à 17h et 24 novembre à 21h30 dans la salle Henri Langlois à la Cinémathèque française
  • Réalisation : Roman Polanski
  • Avec : Jack Nicholson, Faye Dunaway, John Huston, Perry Lopez, John Hillerman, Diane Ladd
  • Scénario : Robert Towne, Roman Polanski
  • Production : Robert Evans
  • Photographie : John A. Alonzo
  • Montage : Sam O’Steen
  • Décors : Ruby R. Levitt
  • Costumes : Anthea Sylbert
  • Musique : Jerry Goldsmith
  • Distribution : Paramount Pictures
  • Durée : 2h02
  • Date de sortie initiale : 20 juin 1974 (États-Unis) -18 décembre 1974 (France)

 

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3 DEADPOOL 2 123 324 5 2 363 871
4 SOLO : A STAR WARS STORY 115 994 4 1 217 299
5 HEREDITE 89 652 1 89 652
6 COMMENT TUER SA MERE 67 081 1 67 081
7 LE CERCLE LITTERAIRE DE GUERNESEY 61 610 1 61 610
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9 DESOBEISSANCE 49 119 1 49 119
10 TROIS VISAGES 48 354 2 130 941

Source: CBO Box office