Livre/ Samuel Fuller. Un homme à fables par Jean Narboni : critique

Publié par Jacques Demange le 29 novembre 2017

Résumé : Samuel Fuller a commencé sa carrière en tant que journaliste spécialisé dans les affaires criminelles,  et a ensuite combattu comme soldat pendant la Seconde Guerre mondiale. Cela ne s’invente pas. Le Port de la drogue, Shock Corridor, Dressé pour tuer… Ses films sont marqués par ce qu’il a vécu et explorent des genres variés. Admiré par Jim Jarmusch, Quentin Tarantino ou encore Jean-Luc Godard, Fuller est pourtant un cinéaste qui a suscité au fil du temps les évaluations et les jugements les plus contradictoires. Ses films, à l’instar de sa vie, ont prêté à bien des malentendus : sur la violence, la politique, la guerre, les hommes, les femmes, les États-Unis. En homme libre, il y a superbement survécu. S’il revendiquait un cinéma de basse extraction quant à ses budgets et au matériau qu’il privilégiait, il tenait avec orgueil à inscrire au fronton de ses films qu’il les écrivait, les réalisait et souvent les produisait lui-même. L’énergie extrême que tout le monde s’accordait à lui reconnaître a longtemps fait elle-même l’objet d’une méprise. Loin d’être une force brute et aveugle, elle doit s’entendre, ainsi que chez Balzac dont il était fou, comme ultime puissance créatrice.

♥♥♥♥♥

 

Samuel Fuller un homme a fable - capricci

Samuel Fuller un homme a fable – capricci

Le nom de Samuel Fuller résonne dans l’esprit de nombreux cinéphiles comme une sorte d’intouchable, réalisateur-fétiche porteur d’une œuvre tout à la fois plurielle et cohérente. Le passage du temps n’enlève rien à cette renommée, et semble même en renforcer le prestige. Sur bien des points, Fuller apparaît comme un chaînon manquant, marquant le passage entre classicisme et modernité, creusant les catégories pour mieux en déjouer les normes constitutives. L’itinéraire proposé par l’ouvrage de Jean Narboni, ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma et déjà co-auteur d’un livre d’entretiens avec le réalisateur publié en 1986, rend sensible la singularité du parcours de Fuller. Garçon de course, journaliste spécialisé dans les affaires criminelles, romancier, scénariste, soldat, Fuller a nourri son activité de réalisateur de cette formation protéiforme. Au séquençage chronologique promulgué par la maison Cappricci, correspond l’acuité d’un regard se portant tour à tour sur les thématiques, les motifs, les archétypes, les formes, et les tons à l’origine de la manière de Fuller. Au fil de la lecture, un rapport se tisse entre le style de Narboni et celui du réalisateur de Shock Corridor. Représentant d’un « cinéma-termite » (pour reprendre l’expression de Manny Farber), Fuller développe sa persona artistique à travers l’emprunt de chemins de traverse, galeries souterraines qui ne cessent de décentrer la structure d’ensemble. De la même manière, Narboni contourne les impératifs habituels de la monographie pour embrasser l’ensemble de la filmographie d’un regard unique et aiguisé. L’auteur relève ainsi l’importance des collaborateurs de création (acteurs mais aussi chefs-opérateur),  des précurseurs (Ewald André Dupont, John Ford, Howard Hawks, Raoul Walsh, Budd Boetticher, Fritz Lang) ainsi que des continuateurs (Jean-Luc Godard, Wim Wenders, Serge Bozon, Axelle Ropert) dans l’édification de l’oeuvre fullerienne, tout en étudiant les apports de celle-ci à travers les particularités d’une séquence (l’introduction du Port de la drogue), d’un sujet (le journalisme dans Violence à Park Row), d’un personnage (le détective Charlie Bancroft de Le Kimono Pourpre), d’une configuration scénographique (les baisers contrariés). À la concision de la forme (encore renforcée par la présence d’un index des films et des noms) répond l’excellence d’un fond qui permet d’apprécier toute la complexité d’une figure canonique qui souffrit de nombreux malentendus (voir l’exemple de la réception de Dressé pour tuer) et autres idées préconçues.

 

 

 

  • SAMUEL FULLER. UN HOMME À FABLES
  • Auteur(s) : Jean Narboni
  • Édition : Capricci
  • Collection : La première collection 
  • Date de Parution : 7 décembre 2017
  • Format : 160 pages
  • Tarif : 18 €

Commentaires

A la Une

Nouveau trailer de Ready player One de Steven Spielberg

Comme prévu, voici l’exaltante nouvelle bande annonce de Ready Player One de Steven Spielberg programmé sur les écrans en mars 2018.  … Lire la suite >>

Big Little Lies renouvelée pour une saison 2 mise en scène par Andrea Arnold

HBO a commandé une deuxième saison de Big Little Lies qui sera réalisée par Andrea Arnold.       L’une… Lire la suite >>

Le potentiel Star Trek de Quentin Tarantino serait estampillé R

La saga Star Trek devrait franchir une nouvelle étape. Le quatrième volet pourrait être classé R, comme la majorité des… Lire la suite >>

Quentin Tarantino pourrait réaliser le prochain Star Trek produit par JJ Abrams

JJ Abrams prépare le quatrième épisode de Star Trek avec potentiellement Quentin Tarantino aux commandes de la réalisation.    … Lire la suite >>

Black Mirror saison 4 se dévoile dans deux teasers

Netflix a livré deux premiers teasers de la saison 4 de Black Mirror pour les épisodes Arkangel réalisé par Jodie… Lire la suite >>

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 COCO 948 846 1 1 016 059
2 LE BRIO 273 598 2 686 012
3 C'EST TOUT POUR MOI 250 306 1 250 306
4 JUSTICE LEAGUE 242 746 3 1 496 208
5 LA VILLA 193 463 1 193 463
6 LE BONHOMME DE NEIGE 121 112 1 121 112
7 AU REVOIR LA-HAUT 103 523 6 1 842 737
8 EPOUSE-MOI MON POTE 88 233 6 2 405 141
9 HAPPY BIRTHDEAD 87 213 3 458 131
10 L'EXPERIENCE INTERDITE - FLATLINERS 84 506 2 227 916

Source: CBO Box office