Série/ The Deuce (saison 1) : critique

Publié par Lucia Miguel le 2 novembre 2017

Synopsis : L’essor de l’industrie pornographique du début des années 70 au milieu des années 80. Dans les magasins spécialisés, un autre cinéma se vend sous le manteau. Des films pornographiques un peu cheap, tournés à la chaîne, avec de minuscule moyen. Mais bientôt, tout cela va changer… Aux premières loges de cette révolution culturelle, Vincent et Frankie Martino, deux frères jumeaux propriétaires d’un bar servant de couverture aux mafieux du coin, et Candy, prostituée en quête de liberté, visionnaire courageuse à l’écoute des évolutions de son époque.

♥♥♥♥

 

The Deuce - affiche

The Deuce – affiche

42e rue, Manhattan, New York. Début des années 1970. L’ère Nixon bat son plein dans une société ravagée par les conséquences de la guerre du Vietnam qui divise le monde capitaliste depuis 1963. Loin des soucis politiques, tout un sous-milieu bouillonne à l’écart de la bien-pensance. Dans le midtown new-yorkais, des prostitués et des macs côtoient des mafieux et des ouvriers dans une ambiance de contre-culture incarnée par une certaine classe moyenne. Tel est le décor de The Deuce, nouvelle série de David Simon et George Pelecanos, créateurs de The Wire et Treme (entre autres). Tous deux continuent de dessiner un portrait affiné de la société américaine à travers la mise en scène de microcosmes, suivant ainsi l’exemple des historiens de la nouvelle histoire qui prônaient leur nouvelle écriture par l’étude de la vie quotidienne. C’est exactement la démarche de David Simon qui avait déjà dépeint plusieurs univers : le milieu des petits trafiquants dans le Baltimore des années 1990 dans The Wire ; la reconstruction d’un voisinage de la Nouvelle Orléans suite au passage de l’ouragan Katrina dans Treme ; le quotidien d’un escadron des marines américains pendant la guerre d’Irak dans Generation Kill ; la bataille du maire de Yonkers (New York) pour éliminer la ségrégation raciale dans Show me a heroCette fois les stars de HBO mettent en scène le milieu de la prostitution dans la très transitée 42e rue, surnommé The Deuce (“la confusion”), foyer des grindhouse theaters et de la contre-culture des années 1960 et 1970.

 

James Franco - The Deuce

James Franco – The Deuce

 

Les ficelles narratives suivent différents personnages : Vincent (James Franco), le patron de bar à succès ; Candy (Maggie Gyllenhaal), la prostituée indépendante qui se bat pour sortir de ce milieu ; Larry Brown (Gbenga Akinnagbe), le mac violent qui terrorise ses “protégées”. Tous ces individus cohabitent avec ses tensions internes. Malgré leurs divergences, ils font tous partie d’une même famille, unis par la misère et le sentiment d’appartenance à un microcosme en dehors de la société visible et dominante. La série parcourt toute la décennie de 1970, du passage d’une prostitution de rue, dominée par les macs et par une tolérance enveloppée de corruption de la part de la police, à la démocratisation du commerce sexuel, avec l’apparition des bordels et de l’industrie du cinéma pornographique. Ce changement, qui est aussi le changement d’une époque, est vécu de façon inégale par les personnages. Les airs de liberté favorisent une partie des prostituées qui souhaitent en finir avec ce métier dévalorisant, mais qui provoquent la perte des macs voyant leur business sombrer puis disparaître. Cette tension entre immobilisme et changement est ainsi moteur d’un récit choral qui cherche à tout moment à donner voix aux plus défavorisés, à ceux qui peinent à faire partie du système.

 

La noirceur dépeinte par le réalisme de la mise en scène et des dialogues rejoint un profond sens de l’humanité exprimé par la plupart des personnages, construits avec une profondeur psychologique sincère et pointue. Mais cette profondeur ne parvient pas à égaler celle des personnages de The Wire car par moments tout semble trop glamoureux. La construction dramatique vise une certaine nostalgie qui reste paradoxale au regard du sujet et à l’époque traitée. Nous sommes à des années-lumière de la réalité violente et aigre d’Al Pacino dans Un après-midi de chien ou Serpico. Hormis quelques scènes vraiment poignantes, le tout reste trop propre, trop organisé. Les mafieux parlent un langage trop civilisé et le traitement des prostitués rendent le métier « séduisant » dans son horreur. Le seul personnage qui atteint toutes les nuances attendues est celui de Candy, qui parvient à nous faire ressentir toute l’injustice et la misère vécues par ces jeunes filles qui cherchent seulement à se frayer un chemin dans la vie.

 

Maggy Gyllenhaal - The Deuce

Maggy Gyllenhaal – The Deuce

 

Candy est donc le personnage le plus intéressant, notamment grâce à la brillante interprétation de Maggie Gyllenhaal, qui rend son rôle à la fois sombre et lumineux. James Franco, dans le rôle de Vincent et Frankie, reste égal à lui-même, bien que le parti pris de mettre en scène des jumeaux ne fait pas vraiment sens dans le récit. Le reste du casting est bien choisi et nous permet de découvrir des acteurs prometteurs, comme Dominique Fishback (Darlène) ou Emily Meade (Lori). Il faut aussi saluer la brillante reconstitution historique au niveau des décors, de la photographie et de la bande originale, avec des titres de Curtis Mayfield ou de Dean Martin.

 

Avec The Deuce, on assiste à une analyse en profondeur des constructions systémiques à travers sa mise en lumière lucide. La série retrace avec franchise et pédagogie l’ascension et la légalisation de l’industrie pornographique, tout en élargissant son analyse à toute une société en train de s’émanciper des dictats conservateurs des décennies précédentes. Une fois de plus, Simon et Pelicanos réussissent leur pari de parler d’une globalité à partir d’un microcosme, en montrant ses failles, ses réussites, ses tensions et ses mécanismes. On attend vivement la saison 2, attendue pour 2018.

 

 

 

  • THE DEUCE
  • Diffusion : 10 septembre 2017
  • Chaîne / Plateforme : HBO (États-Unis) – OCS City (France)
  • Création : David Simon, George Pelecanos
  • Avec: James Franco, Maggie Gyllenhaal, Gbenga Akinnagbe, Chris Bauer, Gary Carr, Chris Coy, Dominique Fishback, Lawrence Gilliard Jr., Margarita Levieva, Emily Meade, Natalie Paul, Michael Rispoli.
  • Durée: 8 épisodes de 60 minutes
  • Première saison

 

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Source: CBO Box office