Paris Images Digital Summit - PIDS 2018

Paris Images Digital Summit – PIDS 2018

Yann Marchet, qui gère la programmation et les différents événements dont les GENIE Awards du Paris Images Digital Summit, du 24 au 27 janvier 2018, évoque avec CineChronicle les nouveautés et les enjeux de la création du numérique dans le cadre de la 5e édition du Paris Images Tradeshow.

 

 

 

Yann Marchet

Yann Marchet

CineChronicle : Quelles sont les nouveautés 2018 ?

Yann Marchet : D’abord, le Paris Images Digital Summit aura la chance cette année d’avoir deux monstres sacrés dans des registres différents : Phil Tippett, pour lui décerner le GENIE d’Honneur, et Joe Letteri, qui vient pour une séance de rattrapage à travers une masterclass sur sa carrière, car il n’avait pas pu venir l’année dernière. Avec La planète des Singes, il a repoussé les limites des effets visuels, et sur l’humanité que peut avoir les créatures. Ensuite, le GENIE Lifetime Achievement Award prend désormais le nom de Visionary Award. Car tous ces artistes, qui ne sont pas systématiquement en fin de carrière, sont des visionnaires. Ils veulent toujours inventer. Christian Guillon, qui reçoit le GENIE d’Honneur français, travaille sur des innovations incroyables et prépare les effets visuels de demain. Le PIDS s’agrandit également et se développe au niveau de sa fréquentation et de son programme. D’abord avec le JobFair sur le recrutement. La salle sera plus spacieuse pour mieux accueillir encore les nombreuses personnes, les sociétés et le hackathon sur la réalité virtuelle. L’autre nouveauté, c’est que nous disposons de deux salles de conférences. Jusqu’à présent, nous utilisions seulement l’auditorium pour couvrir le programme des thématiques sur la création et les technologies. Le 26 janvier, nous allons également organiser une grande journée économique sur les enjeux de l’industrie française des effets visuels. L’idée est de réunir l’ensemble des professionnels qui travaillent sur la production de films (techniciens, producteurs, directeur de production, réalisateurs…).

 

CC : Quelle est justement la grande tendance française en termes d’innovations ?

YM : Nous allons faire un point car nous avons pu les identifier tout au long de l’année. La première, c’est la formation. Aujourd’hui, il y a une vraie explosion du secteur dans les effets visuels et l’animation. Une vraie guerre des talents. La seconde, c’est la relation entre les sociétés des effets visuels et les producteurs : comment les améliorer pour que le superviseur VFX soient mieux reconnus dans la production française et que ces relations interviennent plus en amont et pas seulement comme prestataire en post-production. La troisième, c’est la stratégie de développement : comment les sociétés françaises peuvent conquérir l’international et les nouveaux marchés -à l’instar de Mikros Image et de Illumination MacGuff– pour qu’elles puissent accueillir demain des productions hollywoodiennes ? Car BUF prend toujours le terrain.

 

CC : Il y a pourtant tellement de talents français…

Oui mais il faut être dans les radars de la production hollywoodienne. Tout prend du temps de créer une réputation. Le crédit d’impôt, installée depuis un an, est désormais au niveau. Il faut maintenant tester les boites française et que l’information circule. Il est nécessaire aussi de balayer les réticences et de montrer qu’on est bien organisé. C’est la raison pour laquelle les superviseurs des effets visuels doivent venir en France pour se rendre compte de nos capacités. J’ai bon espoir pour 2018. Car il suffit qu’une ou deux sociétés, en dehors de BUF, montrent que nous sommes au niveau sur d’autres territoires.

 

CC : Vous proposez toujours de nombreuses études de cas sur les films, avec cette année Au Revoir Là-Haut, Santa & Cie, La promesse de l’aube, Dans la brume… Y-a-t-il une évolution importante des effets visuels dans le cinéma français ?

YM : 2017 fut une belle année car il y a eu plusieurs films avec des dépenses à un million d’euros. Si ce n’est rien à l’échelle hollywoodienne, en France, c’est important, car il y a très peu de films concernés. C’est une année vraiment exceptionnelle avec Santa & Cie et surtout Au-revoir là-haut. Savoir faire du bel ouvrage avec un budget raisonnable, autour de 15 millions d’euros. Quand vous voyez ce qu’il y a à l’écran, vous comprenez que les Français ont une capacité à produire des films de très haute qualité qui fonctionne sur les critères internationaux, « le production value ». On a également choisi Au-revoir là-haut car entre Cédric Fayolle et Albert Dupontel, il s’agit d’une véritable collaboration artistique. Dans la brume [de Daniel Roby, avec Romain Duris et Olga Kurylenko] n’est pas encore sorti ni terminé, mais nous pourrons le montrer en avant-première. L’enjeu est énorme, car sans les effets visuels, ce film ne pouvait pas se faire. Il fallait donc les intégrer dès le départ. C’est aussi un élément assez rare dans la production française. Et c’est très annonciateur des prochaines années. Nous avons créé une dynamique grâce au dispositif du CNC qui a favorisé le développement de ce type de productions.

 

CC : Vous mettez en lumière toujours plus de jeunes talents français, comme Alexis Wajsbrot de chez Framestore, pour son travail sur Thor Ragnarok, mais aussi sur Doctor Strange, Paddington, Edge of Tomorrow, Gravity…

YM : Alexis est déjà venu au Paris Images Digital Summit. C’est un brillant orateur et conférencier. Il devient ici un référent et un modèle pour ceux qui sont en devenir et qui veulent travailler dans ce métier. L’année dernière, nous avions reçu Fabien Novak, parti chez MPC, et qui a obtenu un Oscar [Le Livre de la Jungle]. Nous avons de grands talents français, qui étaient étudiants voici cinq-dix ans dans des écoles françaises et qui ont aujourd’hui un Oscar sur la cheminée. C’est très stimulant. Il y a aussi ceux qui reviennent en France avec des choses intéressantes en termes d’innovations, comme Jean-Colas Prunier qui a travaillé chez ILM ou WETA avec Joe Letteri. Il revient car il a développé sa propre société et nous en parlera. Avec Alexis Wajsbrot, nous avons choisi Thor Ragnarok car il y a un enjeu visuel. On essaie de choisir le film de super héros le plus probant chaque année, car ils sont nombreux. Ce film me paraissait intéressant et a été assez bien accueilli. Il y a une sorte d’essoufflement dans les productions Marvel. À l’instar des films français, on essaie d’obtenir les quatre ou cinq grands films qui ont compté dans l’année.

 

CC : Idem pour les séries, vous proposez Game of Thrones, American Gods…

YM : Pour Game of Thrones, nous l’avons associé à une nouvelle technique, le pathfinder, qui permet de faciliter la production d’un certain nombre de décors virtuels en prévizualisation. Cela facilite grandement le travail qui doit aller très vite sur les séries. Demain, cette technique pourra s’adapter à des budgets plus petits. Pour American Gods, nous l’avons choisi car la série est assez bluffante sur le plan visuel.

 

CC : En revanche pas d’étude de cas sur le Star Wars de Rian Johnson. Préférez-vous ne pas céder à la tentation chaque année et aborder d’autres grands films, comme Blade Runner 2049 ?

YM : L’idée d’avoir un Star Wars chaque année me pose aucun problème, à titre personnel. Mais il s’agit souvent de contingence de calendrier. Nous n’avons pas trouvé le bon créneau. Pour Blade Runner 2049, nous allons présenté deux études de cas, une partie française et une partie canadienne. D’une certaine façon, on peut le lier à Star Wars – Les Derniers Jedi. Car refaire un Blade Runner a plongé Denis Villeneuve dans un défi énorme : rester proche de l’univers graphique et le style visuel de 1982 tout en réalisant un film moderne de 2017. Finalement Star Wars et Blade Runner 2049 ont ce même challenge. Comment donner quelque chose d’organique ? Ce point est intéressant sur ces deux films ; ils ont une très grande beauté visuelle et ont su mélanger différentes techniques, entre classique et modernité. Nous sommes dans l’hybridation des techniques. L’intérêt de revenir à des techniques plus anciennes, c’est l’incarnation. Quand vous accédez à une telle sophistication des effets visuels, certains ont tendance à trop détailler et à blaser le spectateur. Il est tellement alimenté de choses fantastiques qu’il n’est plus impressionné. Double Négative viendra rendre compte pendant cette étude de cas sur Blade Runner 2049. Elle fait partie du top 5 des meilleures sociétés, au même titre que ILM ou WETA.

 

CC : Avec les États-Unis à l’honneur cette année, qu’apporte le PIDS, déjà tourné vers les talents américains ?

YM : C’est effectivement pas le meilleur exemple pour nous dans le cadre du Paris Images Tradeshow. L’Industrie du Rêve, par exemple, a développé un véritable programme sur ses collaborations franco-américaines. Les Américains sont tout le temps présents au PIDS. Mais avec les États-Unis a l’honneur, c’est l’occasion de faire découvrir et visiter les studios français aux superviseurs FX. On met également en place une programmation, car Film France organise deux journées de conférences, transversales, dont une sur la production et le tournage, en partenariat avec The Third Floor, studio de visualization à tous les niveaux de production. Elle sera dédiée à un public plus large et se déroulera à la Villette le mardi 23 janvier autour des outils de visualisation pour des budgets moyens.

 

CC : Qu’espérez-vous de cette édition ?

YM : Au-delà de l’aspect quantitatif, notre enjeu, ce sont vraiment les rencontres. Les professionnels vont pouvoir travailler ensemble, se rencontrer, discuter, et à une échelle plus large. Rencontrer la bonne personne au bon moment est parfois beaucoup plus impactant que certaines stratégies pointues. Nous évoquerons les enjeux de demain : que vont devenir les effets visuels avec le temps réel ? L’industrie était dans le domaine haute couture, on passe maintenant au prêt-à-porter. Demain, il y aura une démocratisation des effets visuels, une facilité d’accès qui nécessitait auparavant une armée de fabricants. Et il y a bien sûr l’aspect humain, un enjeu crucial de la création numérique. Car dans l’idée de fabriquer des créatures -qu’elles soient humaines ou animales-, comment se rapprocher d’un humain réel ? Est-ce souhaitable, faisable ? Pourquoi cela ne fonctionne pas parfois ? WETA a franchi une certaine frontière avec la nouvelle saga de La Planète de Singes. Toute ces technologies, cette industrie énorme, c’est de donner du désir, de l’émotion, du plaisir au spectateur à se rendre dans les salles de cinéma. Mais aussi de revenir à plus de sobriété, plus de création. Tous ces créateurs, comme Phil Tippett, Joe Letteri, Dennis Muren, donnent du rêve, du corps et de la chair. Pour le PIDS, c’est l’un des plus grands enjeux de l’industrie de demain.

 

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Source: CBO Box office