Résumé : En mai 2018, la Quinzaine des Réalisateurs présente sa cinquantième édition. Cette section parallèle du Festival de Cannes, créée en 1969 par la Société des Réalisateurs de Films, est née du désir des cinéastes de faire découvrir des films et des auteurs restés au seuil des grands festivals internationaux et des principaux réseaux de distribution. Véritable épopée que cette première édition au lendemain de mai 1968 ! Elle est menée par un tout jeune patron de ciné-club lillois, Pierre-Henri Deleau qui restera délégué-général pendant les trente premières années. Grâce à son témoignage et aux archives de la Quinzaine, l’auteur retrace avec vivacité et de nombreuses anecdotes, les premiers pas de ce festival. Entre 1967 et 1975, explose un peu partout les « nouveaux cinémas » comme les appelle alors les Cahiers du cinéma. Les cinéastes venaient du Canada et surtout du Québec en pleine ébullition indépendantiste, mais aussi d’Amérique du Sud (notamment du Brésil où est né le terme Cinema Novo), d’Allemagne, d’Italie avec la relève du néo-réalisme, de France avec la Nouvelle Vague, des Etats-Unis où une jeune garde bousculait Hollywood, du Japon, de Hongrie, Tchécoslovaquie, Pologne, d’Egypte ou du Sénégal… Tous ces auteurs – devenus aujourd’hui des classiques pour certains – ont trouvé une terre d’accueil et une porte sur le monde que la Quinzaine aujourd’hui, envers et contre toutes les évolutions de l’industrie, s’évertue à garder grande ouverte.

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Quinzaine des realisateurs les jeunes annees 1967-1975

Quinzaine des Réalisateurs, les jeunes années 1967-1975

En se focalisant sur la période 1967-1975, correspondant aux premiers pas de la Quinzaine des Réalisateurs, Bruno Icher, journaliste, membre du comité de sélection de la Quinzaine depuis 2016, et ancien chef du service culturel à Libération et rédacteur en chef de Telerama, s’intéresse à une période charnière dans l’histoire des festivités cannoises. Cette histoire commence un an avant les soubresauts de mai 68, avec l’éviction de Henri Langlois à la tête de la Cinémathèque française. Ce départ signa le début d’une crise qui se prolongea sur plusieurs années et revivifia considérablement l’atmosphère du plus célèbre des festivals de cinéma. Car les événements de 1968, loin de se limiter à une révolution ponctuelle, eurent d’heureuses retombées pour les cinéphiles : la création de la SRF (Société des Réalisateurs de Films) qui aboutit, en 1969, à l’inauguration de la Quinzaine, conçue comme un festival off, mais non secondaire, mu par un esprit de liberté et par une soif de découverte à toute épreuve. C’est de l’intérieur que Bruno Icher a choisit de nous raconter l’histoire palpitante de ce festival pas comme les autres, à travers les mots et les regards de ses témoins et acteurs. Nourri de nombreux entretiens réalisés par l’auteur, l’ouvrage s’offre comme une sorte d’auto-biographie de la Quinzaine. Pierre-Henri Deleau, son premier délégué général, raconte ainsi les difficultés rencontrées lors de l’organisation de la première édition, mais aussi la profonde amitié qui se créa avec ses collaborateurs (Doniol-Valcroze, Louis Malle, Chantal Nicole) et les réalisateurs sélectionnés. Entre le Cinéma Rex qui projette les films et l’hôtel de l’Amirauté où résident les organisateurs et les invités, les discussions et les débats s’animent. On parle contre-culture, politique, mais surtout de… cinéma. Car la Quinzaine peut apparaître comme l’anti-chambre des nouvelles cinématographies du monde entier. Les jeunes cinéastes y trouvent un moyen de projeter pour la première fois leurs films et, parfois, de connaître une notoriété qui leur permit de continuer leur carrière. Venus d’Europe (Werner Herzog, Volker, Schlöndorff, André Téchiné, Bernardo Bertolucci, Miklós Jancsó…), des États-Unis (Roger Corman, Susan Sontag, Charles Rydell, Jerome Hill…), d’Amérique du Sud (Glauber Rocha, Gustavo Dahl, Ruy Guerra…), du Japon (Nagisa Oshima, Koji Wakamatsu, Masao Adachi…), ou d’Afrique (Michael Raeburn, Ahmed Rachedi, Ousmane Sembène, Djbril Diop Mambéty…), ces nouveaux réalisateurs permettent au public et à la critique de découvrir des œuvres uniques, en marge des carcans du cinéma institutionnel. Ce souffle de liberté, la Quinzaine en a fait la première marque de son identité artistique, influençant même la programmation du Festival de Cannes, et apparaît, de fait comme un véritable laboratoire de création. Pourvue d’un index des noms et des films, la chronique établie par Icher se révèle donc fort intéressante, agrémentée de façon ludique par les croquis du dessinateur-photographe-cinéaste Benoît Grimalt. On pourra simplement regretter l’absence de toute photographie d’archive qui auraient pu grandement participer à ce plaisir de (re)découverte.

 

 

 

  • QUINZAINE DES RÉALISATEURS. LES JEUNES ANNÉES (1967-1975)
  • Auteur : Bruno Icher
  • Éditions : Riveneuve
  • Date de parution : 15 mars 2018
  • Format : 177 pages
  • Tarif : 18 €

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