John Williams - CSO Chicago

John Williams – CSO Chicago / Photo Jérôme Nicod pour CineChronicle

La dernière fois que John Williams avait dirigé le Chicago Symphony Orchestra était en 2012, pour l’enregistrement de la musique de Lincoln. Sans doute un des meilleurs orchestres américains selon le compositeur, ils ont à nouveau démontré ensemble pour ce soir du mois d’avril 2018 à quel point une parfaite maîtrise confine à l’émotion la plus pure. Une divine soirée, débordante d’émotions.

 

 

 

John Williams concdert CSO Chicago - affiche

John Williams concdert CSO Chicago – affiche

En 2012, la bande son de Lincoln avait reçu une nomination pour l’Oscar et le Grammy de la meilleure musique de film. Mais ce soir-là, le Président que l’on célèbre est John Williams. Il est de retour à Chicago pour trois soirées (26, 27, 28 avril 2018), sur la scène du Chicago Symphony Orchestra (CSO). Lorsqu’on aime passionnément le compositeur, pour avoir écouté l’ensemble de ses oeuvres depuis l’époque où il se prénommait encore Johnny, il est souvent éprouvant d’écouter sa musique dirigée par d’autres, quelqu’en soit la qualité du recording.

 

La musique de John Williams est complexe, subtile, précise et nécessite une exécution millimétrée. Richard Kaufman connaît bien Williams. Il a débuté sa carrière comme violoniste sur la musique des Dents de la Mer, Rencontres du Troisième Type ou encore Complot de Famille, le seul Hitchcock dont Williams ait écrit la musique. Il dirige régulièrement des ciné-concerts d’oeuvres de son ami compositeur. Avec l’orchestre dont il a la direction depuis treize années, il va nous éblouir dès la première partie.

 

Une première partie pleine de surprises

 

Le programme est très bien conçu, alternant grands classiques et thèmes à redécouvrir. Le premier morceau, Les Cowboys, est une introduction dynamique pour réveiller les émotions. Parfaitement interprétée, l’ouverture est la principale incursion de Williams dans le western et son seul travail pour un film avec John Wayne. Quel cadeau de nous le proposer en concert ! Jane Eyre est une vraie surprise. Bien que le score complet soit disponible en CD (La-La Land Records, LLLCD 1214), il est relativement méconnu. D’une couleur très européenne, la suite est composée de trois segments, dont le superbe To Thornfield (on dirait Tess sous amphétamine) ou Reunion (qui renvoie davantage au style de Delerue pour Truffaut). Le film, qui a été tournée pour la télévision américaine, a été distribuée en salles en Europe. Ces deux oeuvres reflètent le travail du début des années 70, cette décennie représentant les années d’or de son auteur.

 

Pour la suite, le meilleur passage du dernier opus des aventures d’Indiana Jones permet de renouer avec l’ensemble de la salle. Le choix du thème final de Minority Report paraît un peu fade après cette cavalcade de cuivres et, s’il n’est pas emblématique du film qu’il illustre, il permet une pause pour l’orchestre avant le long morceau de bravoure qu’est Adventure on Earth, un sublimissime extrait particulièrement émotionnel tiré d’E.T. L’Extra-Terrestre. Au final, nous voici déjà en fin de première partie et en larmes. Avec le temps, le film a légèrement vieilli, alors que la musique semble encore se bonifier, davantage encore avec une telle maestria de la part du CSO.

 

Une seconde partie en état apothéose

 

Si elle ne cache d’autres surprises que les trois rappels qui concluront la soirée, cette second partie permet l’entrée sur scène de John Williams. Pour avoir déjà eu le privilège d’assister à un concert au Hollywood Bowl sous sa houlette, à Los Angeles il y a deux ans, c’est encore un autre bonheur que de le voir cette fois-ci à quelques mètres à peine, de lire son visage, de mieux comprendre encore ses gestes et comment il dirige, comment il incarne, la musique qu’il a composée. Une baguette à la main, l’allure fragile de ses 86 ans devient une arme de précision, son regard transperce les musiciens qu’il regarde pour mieux les éveiller ou les féliciter après un passage délicat. Tout son corps vit la musique et sa gestuelle extrêmement précise réussit à embrasser les émotions qu’elle doit véhiculer. Il y a une évidence à le voir agiter, avec sens, sa baguette de magicien, on peut littéralement en voir sortir les notes, comme le Mickey de Fantasia qui fait jaillir des étoiles. Il y a un tel émerveillement à le regarder diriger, on a l’impression qu’il est en train de composer la musique à la baguette et non au crayon, devant nous.

 

À l’image de la première partie, il fallait un thème fort en entraînant pour ouvrir à nouveau la soirée. Le Flight to Neverland de Hook est toujours une bonne idée pour cela, c’est aussi une manière de Williams de nous convier, et l’orchestre avec, à entrer dans son monde imaginaire. Il y a une certaine évidence à entendre ce soir un extrait de Lincoln, après deux morceaux des Dents de la mer (Jaws) associés car mélodiquement compatibles. Comme pour Minority Report, Williams n’a pas sélectionné les morceaux les plus connus de cet autre album de référence, qui marque sa première collaboration avec Spielberg. Par contre, ses trois extraits de Star Wars ont été choisis avec discernement. The Rebellion Is Reborn inaugure les nouveaux thèmes à venir dans la saga officielle ; le thème de Rey est devenu un incontournable, Williams s’étant pris de passion pour ce nouveau personnage. Il a confirmé travailler sur le prochain opus encore avec la confirmation que Rey serait à nouveau l’écran. Enfin, le final de l’épisode IV est une conclusion idéale, triomphante, musique de victoire du premier Star Wars en 1977.

 

Il reviendra trois fois sur scène, pour tenter de calmer l’ovation débordante de la salle. Pour interpréter un court extrait du premier Indiana Jones, en l’ayant annoncé au préalable. Les deux derniers rappels débuteront sans préambule, la salle comprenant dès les premières notes la teneur des deux derniers cadeaux du maître : la marche de Superman suivie de celle de Darth Vador. À nouveau deux morceaux des années 70, la soirée se termine comme elle a commencé, au détail près des mouchoirs discrets qui réintègrent leur cachette. Car il a joué avec nos émotions comme avec ses solistes, il nous a dirigés, digérés, réconfortés, émus, troublés, ensoleillés, amusés et récompensés. Une soirée véritablement inoubliable.

 

Fin octobre, pour la première fois depuis vingt ans, John Williams revient à Londres fêter ses soixante ans de carrière au Royal Albert Hall, avec le London Symphony Orchestra, pour une unique soirée. Les places sont été vendues en trois minutes. Quel meilleur témoignage d’amour pouvions-nous faire au maître actuel de la musique à l’image ?

 

 

PROGRAMME DU CSO À CHICAGO

 

PREMIÈRE PARTIE, sous la direction de Richard Kaufman

 

  1. The Cowboys : Ouverture
  2. Jane Eyre : Suite comprenant Lowood, To Thornfield et Reunion (TV)
  3. Indiana Jones And The Kingdom Of The Crystal Skull : The Adventures of Mutt
  4. Minority Report : A New Beginning
  5. E.T. : Adventures on Earth
  6. Hook

 

SECONDE PARTIE, sous la direction de John Williams

 

  1. Hook : Flying To Neverland
  2. BFG : A Child’s Tale
  3. Jaws : Out To Sea et Shark Cage Fugue
  4. Lincoln : With Malice Toward None (Soliste Trompette Mark Ridenour)
  5. Star Wars-The Last Jedi : The Rebellion Is Reborn
  6. Star Wars-The Force Awakens : Rey’s Theme
  7. Star Wars-A New Hope : Throne Room and End Title

 

RAPPELS

 

  1. Raiders Of The Lost Ark : Marion’s Theme
  2. Superman The Movie : Main Title March
  3. Star Wars-The Empire Strikes Back : The Imperial March (Darth Vador Theme)

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