C’est qui cette fille ? de Nathan Silver : critique

Publié par Erica Farges le 23 juillet 2018

Synopsis : Gina, hôtesse de l’air en escale à Paris, et Jérôme passent la nuit ensemble après une soirée bien arrosée. Soudain Gina est partout : au bar où Jérôme travaille, dans la rue où il habite, et même dans l’appartement qu’il partage avec sa petite amie Clémence… Gina est décidément folle de lui, et ira jusqu’au bout pour le conquérir. L'(anti)-comédie romantique de l’été.

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Cest qui cette fille - affiche

C’est qui cette fille – affiche

C’est qui cette fille ? se sert de caractéristiques propres à des personnages stéréotypés et exagère les travers humains pour transformer les aléas de la vie en une parodie burlesque. Le cynisme de la comédie réalisée par Nathan Silver est affiché dès le titre original, Thirst Street, qui peut être traduit par rue de la soif, dans le sens de désir ou de désespoir. Cette appellation, qui fait penser à un vieux téléfilm mélodramatique, est introduite de manière très kitsch dans la première séquence avec des lettres vertes lumineuses. Les protagonistes de cette satire romantique sont caricaturaux : Gina (Lindsay Burdge), est l’obsessionnelle sentimentale, Jérôme (Damien Bonnard), le french lover raté, Clémence (Esther Garrel), la chanteuse de rock hautaine… Leurs personnalités narcissiques et immatures ne font que renforcer l’absurdité de leurs ambitions vaines. L’amplification des stéréotypes relatifs aux relations entre les étrangers vivant en France, plus particulièrement à Paris, et les autochtones donne une tournure comique à C’est qui cette fille ? L’hyper-enthousiasme de Gina est confronté à l’arrogance, au côté blasé et à une certaine agressivité hystérique de son nouvel entourage, ce qui donne lieu à des scènes plus hilarantes que bouleversantes. 

 

Cest qui cette fille

C’est qui cette fille

 

Les fantasmes de l’héroïne prennent le dessus sur la réalité. Bien qu’ayant une maison et des attaches personnelles aux États-Unis, elle est systématiquement attirée par des modes de vie faits de rêves et ne permettant aucune stabilité. L’écart entre ses attentes et son séjour parisien se ressent dans la représentation de la ville qu’offre C’est qui cette fille ? Après New York dans les longs-métrages des frères Safdie, Sean Price Williams, le directeur de la photographie, s’attaque à la déconstruction de l’aura de Paris par l’image. Comme dans Good Time, les néons semblent révéler les coulisses d’un décor en toc. La facticité transforme des endroits mythiques en non-lieux, les espaces parisiens deviennent aussi interchangeables et impersonnelles que les avions où Gina travaille. Les échos de couleurs entre les personnages et les décors renforcent l’anonymat de ces environnements. Des plans qui montrent à l’écran une rue parisienne en travaux ou la Tour Eiffel qui peut à peine être entraperçue à travers les bâtiments sont assez représentatifs du démantèlement de l’âme de la capitale française.

 

Cest qui cette fille

C’est qui cette fille

 

Les clichés, ainsi que le grossissement des névroses humaines, servent un humour noir et perspicace. La voix-off omnisciente qui souligne l’aspect comique des événements peut être considérée comme un clin d’œil au cinéma de Woody Allen. En effet, en plus d’utiliser un procédé narratif souvent présent dans les œuvres cinématographiques du plus célèbre des réalisateurs new-yorkais, Nathan Silver fait appel pour cela à Anjelica Huston. À la fin des années 1980, l’actrice avait joué, dans Crimes et Délits de Woody Allen, le rôle d’une hôtesse de l’air ayant une liaison avec un homme marié, personnage qui n’est pas sans rappeler Gina. Le récit raconté par Anjelica Huston embarque le spectateur dans une fable sarcastique où les délires de Gina se confondent avec le quotidien. Elle va jusqu’à voir Paul, son petit ami suicidé, dans Jérôme, les deux personnages étant joués par Damien Bonnard. La distanciation imposée par la voix-off, la mise en scène hétéroclite et la subtilité de l’humour dans C’est qui cette fille ? en font une comédie cynique réussie qui pousse les spectateurs à rire, parfois jaune, d’une situation tragique.

 

Erica Farges

 

 

 

  • C’EST QUI CETTE FILLE ? (Thirst Street)
  • Sortie salles : 25 juillet 2018
  • Réalisation : Nathan Silver
  • Avec : Damien Bonnard, Lindsay Burdge, Esther Garrel, Lola Bessis, Anjelica Huston, Alice de Lencquesaing, Jacques Nolot, Françoise Lebrun, Christophe Dimitri Réveille, Sarah-Megan Allouch-Mainier, Valérie Laury, Cindy Silver…
  • Scénario : Nathan Silver et C. Mason Wells
  • Production : Ruben Amar, Louise Bellicaud, Joshua Blum, Claire Charles-Gervais, Matthew Edward Ellison, Jordan Goldnadel, Elsa Leeb, Josh Mandel, David Solal, Katie Stern, C. Mason Wells
  • Photographie : Sean Price Williams
  • Montage : Hugo Lemant, John Magary
  • Décors : Denoal Rouaud
  • Costumes : Camille Nogues
  • Musique : Paul Grimstad
  • Distribution : Stray Dogs Distribution
  • Durée : 1h23

 

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