Résumé : À l’occasion de la ressortie en salles le 10 octobre 2018 de l’oeuvre la plus célèbre de Sergio Leone en version restaurée, de l’exposition événement Il était une fois Sergio Leone à la Cinémathèque française, du 10 octobre 2018 au 27 janvier 2019, et de l’ultime concert d’Ennio Morricone à l’AccorHotels Arena à Paris le 23 novembre, retour sur cette bande sonore magistrale.

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Il etait une fois dans louest - Ennio Morricone

Il était une fois dans l’Ouest – Ennio Morricone

Le cinquantième anniversaire du plus iconique des westerns spaghetti est l’occasion de mettre à jour ses souvenirs, notamment musicaux. Il était une fois dans l’Ouest ne se résume pas au thème de l’homme à l’harmonica, devenu iconique lui aussi, au point de survivre à l’oeuvre qu’il illustre, car souvent repris par ailleurs. De fait, ce qu’il y a de majestueux chez Leone, à part le temps filmé au réel et les ultra gros plans, tendance européenne de l’époque (Lautner faisait de même en France dans Les Tontons Flingueurs ), ce sont les silences. Le film s’ouvre sur une séquence, qui sert également la diffusion du générique, qui est totalement muette. Enfin pas tout à fait, rythmée par le rythme lancinant du grincement des éoliennes. Les points de vue exposent l’étendue du désert qui entoure la petite gare isolée. Le silence contribue à accentuer l’idée d’isolement et d’immensité. En ancrant dès l’ouverture son histoire dans la réalité -du fait de l’absence de musique-, Leone fait avancer le western spaghetti vers un genre noble qui rivalise pour la première fois avec Hollywood. Il apporte un point de vue différent. On peut rapprocher la scène d’attente en gare de celle du Train Sifflera Trois Fois, autre chef-d’oeuvre du genre tout à fait comparable. La mise en scène de Zinnemann est brillante, jouant sur les noirs et les blancs pour accentuer la dramatisation, et les lignes de fuites des rails du chemin de fer pour créer l’angoisse. Mais chez Zinnemann, la musique de Dimitri Tiomkin (elle aussi célèbre, mais davantage pour sa chanson, Do not forsake me Oh my Darling) est omniprésente, comme par habitude à Hollywood.

 

Il etait une fois dans lOuest - Copyright Paramount

Il était une fois dans l’Ouest – Copyright Paramount

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Pour revenir à Leone, à partir de la cinquième minute de film, au rythme grinçant des éoliennes se superpose celui du télégraphe, qui accélère le rythme et accentue la tension. Leone utilise les éléments réels pour les chorégraphier musicalement, jusqu’à l’apothéose d’un parfait silence, caressé par le bruit d’une goutte d’eau sur un chapeau. Une mouche. Des craquements de doigt. Il s’écoule plusieurs minutes sans aucun dialogue, une succession de plans fixes et cette musique bruitale. Une mouche enfermée dans le canon d’un pistolet apporte une nouvelle dynamique, qui annonce le vacarme de la sirène et des roues du train qui approche. À l’arrêt, chacun fixe les wagons, le suspense s’est installé d’en deviner la suite, la bande sonore est composée des soufflements de la locomotive, comme un coeur qui bat trop fort d’effroi. Leone reproduit à merveille la technique osée par Hitchcock pour Les Oiseaux, qui est un film sans aucune musique, pour accentuer la réalité d’une fiction, et pour lequel Bernard Hermann est crédité comme consultant musical. De la même manière, cinq ans plus tard, Leone orchestre les éléments naturels. Avec brio, c’est peut-être la meilleure scène.

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Il faut attendre onze minutes pour l’arrivée de la musique, mais c’est un piège sonore. Les hommes attendaient un voyageur qui n’est pas descendu. Alors qu’ils s’apprêtent à quitter la gare, on entend l’harmonica. Nous l’entendons, mais les personnages aussi! La musique les fait se retourner pour apercevoir celui qu’ils attendaient et qui est descendu de l’autre coté du quai. Leone nous emporte dans une leçon de cinéma, car le thème de l’harmonica est joué par le voyageur. La musique comme une odeur, elle lui appartient. La véritable apparition de la musique comme support à l’image intervient à la suite, lors du cours dialogue qui précède le massacre. Il faut ensuite attendre la vingtième minute, lorsque l’enfant découvre l’horreur de sa famille anéantie par le gang. La musique dramatise l’instant, et sa soudaine apparition décuple l’émotion de la scène. Elle remplace le dialogue et le reste de la bande sonore, tout installant le début de l’histoire, après la longue mise en place et l’arrivée des protagonistes.

 

Charles Bronson et Peter Fonda - Il etait une fois dans lOuest - Copyright Paramount

Charles Bronson et Peter Fonda – Il était une fois dans l’Ouest – Copyright Paramount

 

Claudia Cardinale apparaît sur fond de musique de bastringue, marquant violemment la différence entre le traitement des hommes et des femmes dans le cinéma de Leone, un traitement qui passerait plus difficilement aujourd’hui. Cela dit, elle incarne aussi le thème principal, sa tristesse profonde sublimée par la voix de la soprano Edda Dell’Orso. L’envol des violons ouvre le chant et le champ, la caméra de Leone prend de la hauteur et dépasse le toit pour montrer la ville, puis l’entrée dans Monument Valley. On ne peut pas faire plus majestueux et installer son quatrième western dans l’Ouest de John Ford (Stagecoach et The Searcher ont été tourné aux mêmes exacts emplacements). Mêmes décors mais musicalement le rythme est ralenti. La cadence chez Jerome Morross (The Big Country) ou Elmer Bernstein (Les Comancheros) est le galop, ici le temps n’est pas compté et la cadence est le clip-clop du thème de Cheyenne.

 

Jason Robards - Il etait une fois dans louest

Jason Robards – Il était une fois dans l’Ouest – Copyright Paramount

 

Jason Robards a droit au même traitement musical que Charles Bronson : sa musique, son thème, précède et annonce son arrivée dans le saloon, accompagne ses regards et ceux de son entourage. Le traitement apparaît dès lors comme un peu théâtral, défaut que l’on retrouve chez Tarantino. Quand on a rien à dire, il faut prendre son temps, quitte à dilater la réalité. Les deux cinéastes appliquent les même méthodes et Tarantino, en demandant à Morricone d’enfin composer une bande originale pour ses oeuvres fleuves, a réussi à installer Les Huit Salopards dans une forme de tradition. La rencontre entre Robards et Bronson est musicale, le thème des deux hommes allant et venant en fonction de leur rôle à l’image. Lorsque l’harmonica prend le pas, musicalement c’est très réussi mais à l’écran trop artificiel, car la dramaturgie a conduit Morricone à utiliser l’orchestre autour de l’instrument dans lequel souffle à l’écran Bronson. Du coup, la musique surjoue la scène, tout comme les cadrages en ultra gros plans des visages. Le dialogue en rajoute : alors que l’homme à l’harmonica joue, un pistolet posé sur le comptoir en direction de Robards, un acolyte menace de sortir son arme, et Robards le regarde négativement en lui disant « You don’t know how to play ». La double sens de la formule ajoute à la parodie de la scène.

 

Claudia Cardinale - il etait une fois dans louest

Claudia Cardinale – il était une fois dans l’Ouest – Copyright Paramount

 

Claudia Cardinale, en portant le thème principal, en porte également le drame. Face aux cadavres de sa future famille allongés devant elle, la voix de la soprano prend la dimension adéquate. Le très long-métrage va ensuite répéter à l’envi les mêmes séquences, l’harmonica qui précède l’homme, etc. L’occasion du cinquantième anniversaire rappelle à quel point le cinéma de Leone -s’il doit beaucoup à Morricone- est avant tout une manière de raconter des histoires et de les filmer. Un genre qui se regarde lui-même, dans lequel la légende l’emporte souvent sur l’histoire. Un genre qui en fait trop de peur de n’être pris au sérieux. Leone et Morricone rivalisent à raconter la même histoire avec des moyens différents, l’un ou l’autre prenant le dessus au fil des scènes qui se succèdent. Si Tarantino peut prétendre au statut de fils spirituel protéiforme, il a prouvé que Morricone est, lui, toujours là. Et que sa musique n’a pas pris une ride, bien au contraire.

 

>> Lire notre Mémoire du Cinéma (trois pages) de Il était une fois dans l’Ouest <<

 

 

 

  • IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST (C’era una volta il West – Once Upon a Time in the West)
  • Musique de Film / Original Motion Picture Soundtrack
  • Compositeur : Ennio Morricone

 

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