Wednesday, May 30, 2012
 
 

Critique Livre : Séries de Charlotte Blum chez La Martinière

Posted by nathalie dassa On novembre - 21 - 2011 Commentaires fermés

Il est loin, le temps où les séries télévisées étaient diffusées en milieu d’après-midi pour distraire les ménagères. Des récits complexes et subtils, des sujets originaux, des intrigues multiples, une narration brillante, de grands réalisateurs de cinéma : une véritable révolution a vu le jour dans les années 1990 et le public ne s’y trompe pas. A l’image de Twin Peaks, des Soprano, de Mad Men ou de Breaking Bad, les séries, en repoussant sans cesse les limites narratives, sont devenues un espace privilégié de la création…

 

♥♥♥♥

 

Charlotte Blum, journaliste, directrice de collection aux Editions de l’Archipel et auteure de nombreux livres, a fait paraître un magnifique ouvrage illustré et riche d’informations qui devrait combler le néophyte, les fans et autres chronophages des séries TV et du petit écran. Séries, une addiction planétaire, paru aux Editions de La Martinière depuis le 20 octobre 2011 pour la modique somme de 35€, retrace l’histoire des grandes séries américaines sur 300 pages en dressant un panorama large et varié. Elle couvre les périodes depuis la naissance et l’impact des premières séries emblématiques jusqu’à leur avènement dans l’univers télévisuel, devenu depuis une quinzaine d’années le nouvel eldorado pour tous les grands talents du septième art (réalisateurs, producteurs et acteurs de premiers plans) au détriment de ce dernier. A travers une compilation de news, d’anecdotes et d’interviews – portant sur divers corps de métiers (showrunners, scénaristes, écrivains, script doctor, spécialistes VFX, producteurs, réalisateurs, photographes) -, Blum présente une analyse concise, en restant toujours à l’essentiel de son propos, sur les évolutions et les tournants de ce phénomène sociétal, qui touche aujourd’hui toutes les franges de la population. Au cours de ces différents entretiens, elle donne aussi la parole à des fans comme Jonah M. Adkins, cartographe, qui s’est imprégné littéralement de toutes les saisons de Lost « en prenant des notes de manière compulsive » pour reproduire l’île ou encore à une styliste culinaire, Bonnie Belknap qui, avec sa société Gourmet Proppers, régale certains acteurs depuis 25 ans.

 

 

Séries, une addiction planétaire s’apparente à une véritable bible qui décrypte les raisons de leurs échecs et de leurs réussites, dévoile leurs coulisses et leurs corollaires et décode les mécanismes et formats d’écriture qui se sont rigoureusement renforcés au fil des années, clouant le téléspectateur à son siège grâce à des intrigues bien ficelées (cliffhanger, characters driven, walk and talk utilisé par Aaron Sorkin dans The West Wing…). Blum n’oublie pas d’évoquer le nerf de la guerre et les budgets conséquents alloués par les chaînes américaines. Elle cite l’exemple le plus flagrant Rome, créée par John Millius et coproduite par HBO et BBC, qui fut l’une des plus ambitieuses dans l’histoire des séries avec un apport de 100M$ pour la première saison et de 125M$ pour la suivante, afin de reproduire au plus près la Rome antique et ses quartiers populaires.

 

 

Cependant, si la sélection des séries phares classées dans des dossiers thématiques par genre (fantasy/fantastique, policier, western, science-fiction, historique et médical), par format (sitcom et soap opera) et par cibles (teen dramas) est bien établie, l’ensemble est parfois fouillis avec certains visuels pas toujours bien choisis. C’est le cas de quelques interviews, dont celle de Tom Fontana, créateur d’Oz, isolée de ses confrères Sur Ecoute (The Wire) et The Shield pour se retrouver plusieurs pages plus loin entre Sons of Anarchy et le western. Ou encore celle de l’actrice CCH Pounder (UrgencesX-FilesWarehouse 13, The Shield) - plus particulièrement connue pour son rôle dans Bagdad Café – placée dans la catégorie sitcom entre FriendsThe Big Bang Theory et Sex and the City. D’autre part, si dans la section fantasy/fantastique/horreur, Blum consacre une page de présentation pour Les Contes de la Crypte, on regrette un passage trop bref sur The Twilight Zone du génial Rod Serling, qui a formellement bousculé tous les codes de la télévision et du genre dans les années 1960.

 

Nonobstant ces quelques défauts dans une lecture directe, Séries, une addiction planétaire reste un pur plaisir à découvrir pour sa maquette aérée, sa présentation originale et agréable et la fluidité de son contenu riche et pointu. Ce livre se laisse apprécier comme une œuvre de collection ou une anthologie à posséder dans sa bibliothèque… Et ça tombe bien, c’est bientôt Noël !

 

 

 

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Livre/ Ce Délicieux Dexter T5 : critique

Posted by nathalie dassa On octobre - 10 - 2011 Commentaires fermés

Quatrième de Couverture : A la fois expert scientifique de la police de Miami et meurtrier vengeur, Dexter découvre son nouveau rôle de papa. Malheureusement, il ne peut pas profiter très longtemps de son bonheur : une jeune fille de dix-sept ans a disparu dans des circonstances macabres. Il faut dire qu’elle fréquentait des adolescents gothiques aux mœurs étranges, et prétendait être… un vampire. Une seule certitude émerge de cette enquête : ces adolescents sanguinaires ont décidé d’ajouter Dexter à leur menu !

 

♥♥♥♥♥


Les lecteurs assidus, qui attendent patiemment la version poche, pourront dès le 10 novembre retrouver les chemins obscurs et impénétrables du serial killer popularisé par la série diffusée sur Showtime dans le cinquième volet du créateur et romancier Jeff Lindsay, Ce Délicieux Dexter (Dexter is Delicious) à paraître aux Editions Points. Pour les fans de l’adaptation sur le petit écran, qui n’ont pas lu les romans, il faut savoir que James Manos Jr. s’est affranchi dès la seconde saison du modèle Ce Cher Dexter (Darkly Dreaming Dexter), salué par la critique et le public. Si le justicier de l’ombre a un garçon à partir de la saison 4, dans ce nouveau thriller littéraire paru en amont, Jeff Lindsay nous présente une nouvelle facette de son personnage dénué de toute émotion, qui découvre et explore les joies de la paternité avec une nouvelle-née dans son quotidien, Lily Anne. Une différence parmi tant d’autres, comme celle de Brian alias The Ice Truck Killer, toujours en vie et qui revient inopinément dans l’existence de son frère. Ainsi des romans à la série TV - dont la sixième saison a démarré le 2 octobre dernier battant les records d’audience -, c’est donc double ration pour tous ceux qui veulent pénétrer au tréfonds de la psyché du Passager Noir et suivre deux trajectoires différentes pour une (presque) même destinée. Et question ‘double ration’, Jeff Lindsay met les petits plats dans les grands ne nous privant d’aucun mets dans Ce Délicieux Dexter (Dexter is Delicious), qui aborde le cannibalisme caché derrière les délires vampiriques d’une communauté d’adolescents gothiques qui aiment faire leurs dents sur de la chair fraîche.

 

>>> RENCONTRE avec Jeff Lindsay, le créateur incroyable de Dexter <<<

 

A l’instar de ses précédents volumes au chapîtrage court racontés à la première personne, Jeff Lindsay garde un style enlevé servi par une plume visuelle à la fois bien aiguisée, intensifiée par un sens de la dérision et de l’humour, et poétique dans l’appel de son Passager Noir usant du ‘nous’ comme une décharge schizophrénique tant assumée qu’incontrôlable. Si Dexter perdait sa voix intérieure dans le tome 3 Les Démons de Dexter (Dexter in the Dark), Lindsay le dépouille ici de ses noirs repères pour le submerger d’une vague d’humanité, de calme et de bien être qu’il ne maîtrise pas ni ne comprend, provoquée par la naissance de sa fille. Les escapades sanglantes nocturnes en chasse d’une proie prédatrice pour assouvir ses désirs disparaissent alors au profit d’une intrigue principale concentrée sur une enquête policière, menée par sa sœur Deborah, au caractère plus radical et au langage plus fleuri que celle de la série mais tout aussi opiniâtre, cinglante et courageuse. Si Lindsay met du temps à faire démarrer l’action du récit, s’attardant sur les questions existentielles de son protagoniste autour de Lily Anne, Rita – véritable cordon bleu qui ne finit hélas jamais ses phrases – et les enfants Astor et Cody – ce dernier développant des tendances sociopathes -, il embarque assez rapidement le lecteur dans une poursuite aux cannibales/vampires dans la ville crépusculaire de Miami dans laquelle se jette Dexter – désorienté par le flux de ses nouvelles émotions – à la recherche d’une adolescente disparue de 18 ans, fan de Twilight.

 

Ce cinquième opus souffre de trop peu d’action en solo de notre anti-héros sanguinaire, mais Lindsay parvient à lui redonner souffle en achevant le récit sur un superbe rebondissement qui annonce un nouvel épisode promettant deux fois plus de noirceur et un retour de Dexter au sommet de sa forme dans le prochain roman de l’écrivain, Double Dexter, à paraître courant 2012 chez Michel Lafon…

 

 

 

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