Avec Twixt, Francis Ford Coppola renoue à 73 ans avec le thriller fantastique, la série b et le cinéma gothique de ses débuts, à l’époque de L’Halluciné de Roger Corman et surtout de Dementia 13, son premier long-métrage derrière la caméra sorti en 1963. Dans son communiqué, Pathé annonce la sortie pour les fêtes de fin d’année du DVD et du Blu-ray de ce film indépendant, libéré de tout impératif lié aux contraintes financières hollywoodiennes, et ce à partir du 12 décembre aux prix respectifs de 19,99€ et de 24,99€. Twixt met en vedette Val Kilmer, Elle Fanning, Bruce Dern ou encore Ben Chaplin dans le rôle du spectre d’Edgar Allan Poe. Vous pourrez retrouver dans les suppléments le making-of qui « vous plongera dans les profondeurs de ce poème gothique et décalé et lèvera le voile sur le style visuel de ce troisième film du cinéaste à être tourné en numérique, immergé dans un clair de lune bleu acier presque monochrome, saupoudré de touches de rouge vif ou de doré ». L’avant-première du film à Paris, en présence du réalisateur, figure également sur le DVD Bonus.

 

Retrouvez ma critique parue dans L’Ecran Fantastique (n°330) lors de sa sortie en salles en avril 2012.

 

 

TWIXT

Une œuvre égarée dans l’imaginaire du cinéaste

 

*****

 

Un écrivain sur le déclin arrive dans une petite bourgade des Etats-Unis pour y promouvoir son dernier roman de sorcellerie. Il se fait entraîner par le shérif dans une mystérieuse histoire de meurtre dont la victime est une jeune fille du coin. Il décèle un passionnant sujet de roman qui s’offre à lui…

 

 

Le cinéma d’horreur chez Francis Ford Coppola est une histoire qui date puisque son expérience s’est forgée auprès de Roger Corman avec L’Halluciné et sa première réalisation Dementia 13. Mais si le cinéaste revient aux sources et renoue avec l’épouvante horreur, qui a atteint son apogée avec son chef d’œuvre baroque Dracula en 1992, Twixt – présenté en ouverture du festival de Gerardmer – a du mal à s’inscrire fondamentalement quelque part et laisse perplexe. Avec un budget réduit et autofinancé dans le but de garder une pleine liberté artistique, le cinéaste se lance ici dans un délire visuel et un scénario entre rêve et réalité qui mêle les codes de la série B, l’atmosphère gothique, l’humour décalé, la mélancolie, l’étrangeté poétique, le spectre du poète romantique Edgar Allan Poe et la 3D. Tous ces ingrédients auraient pu faire de Twixt une œuvre originale et atypique réussie située entre Inland Empire de Lynch et L’Antre de la Folie de Carpenter, avec de surcroît un écho personnel pour plus de profondeur. Malheureusement, elle ne parvient pas à dépasser le cadre plutôt désarticulé, factice et kitsch de sa propre conception dans laquelle il l’a inscrite délibérément. Sans compter que la 3D prévue dans seulement deux séquences n’apporte rien de plus à l’œuvre. Le rendu d’ensemble est d’autant plus déconcertant que les scènes oniriques en noir et blanc, avec le rouge pour unique couleur, dans lesquelles apparaît la jolie et talentueuse Elle Fanning, sont superbes. Twixt s’ouvre sur la voix off imprégnée de vapeurs d’alcool de Tom Waits, qui présente un écrivain ès sorcellerie de seconde zone (Val Kilmer) venu pour une dédicace de son dernier roman dans une petite ville étrange des Etats-Unis, qui ne possède pas de librairie mais est surplombée par une tour d’horloge, dont les différentes pendules écoulent le temps différemment, marquant une malédiction encore présente. Lorsque le shérif (Bruce Dern) vient à sa rencontre en lui demandant ce que cela fait d’être un Stephen King au rabais, il lui propose aussitôt une idée de roman qu’il souhaite cosigner avec lui, basée sur le meurtre récent d’une jeune fille. Le romancier profite de cette opportunité pour obtenir une nouvelle avance auprès de son éditeur (David Paymer) afin d’éviter que son épouse (Joanne Whalley) ne vende son unique exemplaire rare et inestimable de Walt Whitman. Il se retrouve confronté à lui-même et au syndrome de la page blanche, tout en essayant de surmonter la mort de sa propre fille. Sa vie bascule alors entre réalité et rêve où il converse avec le spectre d’Edgar Allan Poe (Ben Chaplin), qui lui donne quelques conseils d’écrivain, et avec une mystérieuse jeune fille (Elle Fanning) pour l’aider à élucider le mystère. Si ce récit qui oscille entre vampires et fantômes aborde la culpabilité d’un père face à la mort de sa fille, le cinéaste fait aussi directement écho à sa tragédie personnelle et à la perte de son fils Gian-Carlo dans un accident de speedboat. Mais dans cette volonté de vouloir prendre de la distance à travers l’humour, le rêve et les artifices visuels, Twixt reste empreint de trop de symbolisme sans parvenir hélas à une réelle émotion ni empathie des personnages et renvoie l’image d’un Coppola plutôt mineur et vampirisé par son propre sujet.

 

Nathalie Dassa

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