Synopsis : Après plusieurs suites bâclées et malgré une fanbase en déclin, une jeune réalisatrice enthousiaste reprend les rênes de la franchise de slasher Camp Miasma, avec pour mission de la ressusciter. Mais alors qu’elle rend visite à la star du premier film, une actrice mystérieuse et recluse, les deux femmes s’entraînent dans un univers sanglant entremêlant désir, peur et hallucinations.
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Présenté en ouverture de la section Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, le troisième long-métrage de Jane Schoenbrun en a raflé une Queer Palm évidente. Après le jeu de rôles en ligne occulte dans We’re All Going to the World’s Fair et la série TV fantastique des années 1990 dans I Saw the TV Glow, c’est au cinéma d’exploitation des eighties que s’attaque l’espoir du cinéma de genre (dans tous les sens du terme) Jane Schoenbrun pour conclure sa Screen Trilogy (en hommage à la Teen Apocalypse Trilogy de Gregg Araki). Affublé d’un titre à rallonge aussi programmatique que parodique, Teenage Sex and Death at Camp Miasma a joui d’une sortie salle limitée à unique séance sur une vingtaine d’écrans le 17 septembre dernier, un dispositif permettant à la plateforme Mubi de déroger à une chronologie des médias qui en aurait différé l’exploitation en streaming de dix-sept longs mois. En quête d’inspiration pour son projet de reboot méta et woke d’une saga d’horreur culte devenue moribonde, une cinéaste queer fait la rencontre troublante de la final girl (l’ultime survivante) de son volet inaugural. La scream queen tombée dans l’oubli vit depuis lors retirée dans le décor même de la série B, hantée par cette expérience de tournage traumatique qui ne l’a jamais quittée. Et si sa jeune hôte était tout autant habitée qu’elle par l’héritage du slasher ? Le temps d’un brillant générique d’ouverture, Teenage Sex… invente toute une mythologie à son IP vintage fictive inspirée de Vendredi 13 et Massacre au camp d’été, revisitant quarante années d’une franchisation et d’une marchandisation à outrance. Esthétique camp, grain VHS, boogeyman au genre ambigu (façon Norman Bates ou Buffalo Bill) masqué d’une bouche d’aération (référence directe à la Pyramid Head de Silent Hill), massacres invraisemblables et hyper-érotisés de figures virginales très légèrement vêtues, geysers d’hémoglobine, etc.
Le film dans le film est conçu avec la même attention que celle que l’on dédierait à la caractérisation d’un personnage de chair et d’os. Il n’en fallait pas moins pour rendre opérants l’hommage et la déconstruction de ce cinéma empreint de male gaze, misogynie, hétéronormativité et même carrément de transphobie dans sa représentation de la transidentité en tant que déviance. Le discours sur le cynisme du woke washing pratiqué par les studios hollywoodiens, prêts à tout pour ressusciter une franchise cancelled sous forme de legacyquels, s’avère à cet égard particulièrement éloquent.
Pour incarner son alter ego de fiction, Jane Shoenbrun offre son premier rôle d’importance au cinéma à Hannah Einbinder, révélation de l’indispensable et triomphale série comique Hacks. Encore relativement méconnue de notre côté de l’Atlantique, Einbinder déploie ici toute l’amplitude du tempo comique et de la vulnérabilité qui font le sel de son jeu. Elle prête ses traits à une nerd de cinéma dont la tendance à tout sur-intellectualiser la mène à interroger la façon dont des représentations toxiques façonnent la construction du désir chez le spectateur, ainsi que sa propre psyché sexuelle contrariée.
Icône LGBTQIA+ de la première heure, Gillian Anderson prend un plaisir communicatif à jouer les femmes fatales de l’âge d’or hollywoodien, façon Norma Desmond recluse dans sa bourgade lynchienne. Son alchimie avec Einbinder crève l’écran dès la scène de dégustation de poulet frit, plat qu’on n’avait plus vu aussi érotisé depuis Killer Joe de William Friedkin. Ensemble, ces deux générations de femmes queer explorent tout le spectre de l’éveil traumatique à leur sexualité, jusqu’à se réapproprier le phénomène de dissociation sous forme de plaisir scopique dans une confusion de regards entre l’observant.e et l’observé.e.
Visuellement, Teenage Sex… arbore un look rétro onirique unique, notamment grâce à des décors en matte painting (ou peinture sur cache) et un “éclairage bisexuel” à la palette chromatique rose bleuté du meilleur effet, en plus de se révéler particulièrement pertinente. Ultra-référencée, méga queer et hyper woke, la sensation cannoise offre un commentaire malin, honnête et nécessaire sur un cinéma fondateur de la cinéphilie comme de l’identité sexuelle de sa cinéaste, sans jamais sacrifier à l’humour.
Justine Autissier
- TEENAGE SEX AND DEATH AT CAMP MIASMA
- Sortie streaming : 2 octobre 2026
- Plateforme : Mubi
- Réalisation et scénario : Jane Schoenbrun
- Avec : Hannah Einbinder, Gillian Anderson, Amanda Fix, Arthur Conti, Eva Victor, Zach Cherry, Sarah Sherman, Patrick Fischler, Dylan Baker, Jasmin Savoy Brown, Kevin McDonald, Quintessa Swindell et Jack Haven
- Production : Dede Gadner et Jeremy Kleiner
- Photographie : Eric K. Yue
- Montage : Graham Mason
- Décors : Brandon Tonner-Connolly et Matt Hyland
- Costumes : Kendra Terpenning
- Musique : Alex G
- Durée : 1 h 52


