Deauville 2016/ Teenage Cocktail de John Carchietta: critique

Publié par Antoine Gaudé le 9 septembre 2016

Synopsis : Alors qu’elles se sentent enfermées dans leur petite ville, Annie et Jules veulent fuir à New York. Seul problème à ce plan : elles ont besoin d’argent pour partir.

♥♥♥♥

 

Teenage cocktail -affiche

Teenage cocktail -affiche

Présenté en compétition à Deauville, le premier long métrage de John Carchietta, après plusieurs courts, Teenage Cocktail n’est pas passé inaperçu. Fort d’un sujet provocateur centré sur deux mineures qui se lancent dans le porno soft sur internet pour gagner rapidement de l’argent, ce drame érotique, tant dans sa forme que dans son contenu, possède de nombreux points communs avec le sulfureux SPRING BREAKERS d’Harmony Korine (notre critique) et bon nombre de Larry Clarke, comme THE SMELL OF US (notre critique). Si la trajectoire des personnages – du rêve candide au cauchemar sanglant – reprend celle du film de Korine, Teenage Cocktail ne va pas jusqu’au bout de son programme, qui préfère s’aligner sur une morale puritaine. Carchietta filme une amourette naissante entre deux lycéennes aux caractères néanmoins différents. Issue d’une bonne famille et élève studieuse, l’introvertie Annie (Nichole Bloom) se lie d’affection avec l’extravagante Jules (Fabianne Therese), une adolescente au caractère bien trempé et à l’ambition élevée dans son désir de partir à New York le plus rapidement possible. À son contact, Annie expérimente des choses nouvelles, comme le sexe, la drogue, l’indépendance, et s’émancipe du foyer familial jusqu’à vouloir la suivre à New York par pur amour. Très vite, Jules entraîne Annie dans ses délires les plus pervers : montrer son corps juvénile sur internet pour gagner l’argent nécessaire à leur voyage. Teenage Cocktail dresse ainsi le portrait borderline d’une jeunesse visiblement sans limites, prête à tout pour assouvir ses envies les plus irrationnelles.

.

Teenage cocktail

Teenage cocktail

.

Malgré un tel sujet, Carchietta livre une mise en scène bien trop sage et convenue pour signifier cette lente plongée dans l’enfer pornographique du net. Elle n’épouse en aucun cas l’appétit de ces deux jeunes filles, et semble incapable de saisir le caractère illusoire et éphémère de leur désir primaire. Carchietta filme d’ailleurs, avec trop de pudeur, la sensualité de ces corps et ne s’intéresse que peu à la déviance perverse de l’homme. C’est d’ailleurs ce qu’il y a de plus étonnant ici ; sa manière de filmer le sexe et la violence. L’idéologie puritaine américaine ne supporte pas le sexe à l’écran. Hautement sacré, il ne peut être l’objet de perversité et d’obscénité. Il doit donc rester mignon (petit masque de souris), voire sexy (en sous-vêtement). Alors que la violence (cf. la dernière scène du film) ne demande aucune censure, elle peut être aussi vaine et gratuite qu’elle le désire.

.

Chez Korine, les deux fonctionnent en harmonie et s’avèrent souvent dirty. Chez Carchietta, il y a un décalage complaisant entre les deux : la scène érotique entre le pervers et les deux mineures ne peut être montrée à nos yeux pieux, contrairement au meurtre violent qui s’ensuit. Deux lesbiennes peuvent s’embrasser mais pas avec un vieux monsieur et une mineure. Bien plus provocateur et direct, KNOCK KNOCK d’Eli Roth (notre critique) osaient aussi montrer ces séquences de sexe. Il y a donc une trop grande différence de traitement entre ces deux thèmes, réduisant ainsi la charge du film sur les effets pervers de la pornographie sur internet, en particulier chez les mineurs. La morale prude stoppe dès lors ici en plein vol le rêve de ses jeunes filles. Alors que les adolescentes de Spring Breakers assument le caractère destructeur de leur désir insensée de « liberté », de repousser les limites, celles de Teenage Cocktail sont comme interdit de quitter le foyer, prier de retourner auprès de leur famille, et si possible, d’arrêter de rêver.

.

.

.

  • TEENAGE COCKTAIL réalisé par John Carchietta ne dispose pas encore de date de sortie en salles.
  • Avec : Nichole Bloom, Fabianne Therese, Pat Healy, Michele Borth, Joshua Leonard, AJ Bowen…
  • Scénario : John Carchietta, Chris Sivertson
  • Production : Travis Stevens
  • Photographie : Justin Kane
  • Montage : John Carchietta, Ben La Marca, Josh Ethier
  • Décors : Ashley Fenton
  • Musique : Mads Heldtberg, Steve Damstra
  • Durée : 1h28

.

Commentaires

A la Une

César 2023 : La liste des nommés

Les nominations de la 48e cérémonie des César font la part belle à L’Innocent et à La Nuit du 12,… Lire la suite >>

Les nommés aux Oscars 2023

C’est ce mardi 24 janvier que l’Académie des Oscars a révélé sa sélection pour sa 95e cérémonie. Grand favori de… Lire la suite >>

Une série sur Buster Keaton en préparation avec Rami Malek, par le réalisateur de The Batman

Un projet de série sur la vie de Buster Keaton réalisé par Matt Reeves, avec Rami Malek dans le rôle-titre,… Lire la suite >>

Tron 3 : Un nouveau film en route avec Jared Leto et le réalisateur de Maléfique 2

Après une première tentative de suite à Tron : L’Héritage par Joseph Kosinski, Disney confirme la mise en chantier de… Lire la suite >>

Mort de Gina Lollobrigida (1927-2023)

L’actrice italienne star des années 1950 nous a quittés ce 16 janvier 2023 à l’âge de 95 ans.    … Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 AVATAR : LA VOIE DE L'EAU 719 221 6 8 388 607
2 BABYLON 508 796 1 508 796
3 LA GUERRE DES LULUS 200 047 1 200 047
4 TIRAILLEURS 176 551 3 914 457
5 LE CHAT POTTE 2 : LA DERNIERE QUETE 148 313 7 2 465 668
6 LE CLAN 101 291 1 101 291
7 LES CYCLADES 96 097 2 266 479
8 YOUSSEF SALEM A DU SUCCES 72 216 1 72 216
9 LES BANSHEES D'INISHERIN 50 952 4 321 624
10 L'EMPRISE DU DEMON 48 248 2 133 316
11 L'IMMENSITA 46 659 2 138 565
12 FESTIVAL CINEMA TELERAMA (2023) 38 554 1 38 554
13 M3GAN 37 969 4 452 376
14 TEMPETE 33 534 5 668 886
15 NOSTALGIA 23 642 3 132 148
16 CARAVAGE 22 258 4 239 990
17 NOS SOLEILS 20 951 1 20 951
18 LA CONSPIRATION DU CAIRE 20 533 13 518 626
19 TERRIFIER 2 19 362 2 53 451
20 BLACK PANTHER : WAKANDA FOREVER 19 109 11 3 634 550

Source: CBO Box office

Nos Podcasts