Synopsis : Cette fable en triptyque suit un homme sans choix qui tente de prendre le contrôle de sa propre vie ; un policier inquiet parce que sa femme disparue en mer est de retour et qu’elle semble une personne différente ; et une femme déterminée à trouver une personne bien précise dotée d’un pouvoir spécial, destinée à devenir un chef spirituel prodigieux.
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En ce début d’année 2024, Yórgos Lánthimos rencontrait le succès critique et commercial avec Pauvres Créatures, conte fantastique et initiatique brillant, qui a valu un second Oscar à Emma Stone. Après ce triomphe et ce virage plus grand public, il décide de revenir à ses premiers amours avec Kinds of Kindness. À travers ce film à sketches, Lánthimos signe son film le plus cruel et mal-aimable depuis Mise à mort du cerf sacré. Les trois histoires qui composent le récit suivent trois personnages, tous en recherche maladive d’amour et d’attention. Comme toujours chez le réalisateur, emprise et manipulation y sont les maîtres-mots et chaque histoire tourne autour de cette question : Jusqu’où chacun sera capable d’aller par amour ? Si les films à sketches peuvent être l’occasion de grands écarts stylistiques d’un segment à l’autre, notamment lorsqu’ils sont signés par des réalisateurs différents, Kinds of Kindness se veut au contraire très homogène, dans la forme comme dans le fond. Les trois histoires abordent la même thématique avec un ton cynique et grinçant assez similaire et une esthétique variant assez peu. De la même manière, la partition musicale agressive, à base de chœurs rauques et de notes de piano répétitives, ne change pas d’un segment à l’autre et installe une ambiance étrange, par moments digne d’un film d’horreur. Si l’innovation n’est donc pas vraiment au rendez-vous pour le réalisateur de La Favorite, sa mise en scène n’en demeure pas moins soignée.
Là où ses deux derniers longs-métrages évoquaient le style de Terry Gilliam, l’inspiration kubrickienne de Lánthimos se fait ici à nouveau prégnante. Le fisheye et le grand angle ont été troqués pour des cadres plus symétriques et plus statiques. Son exubérance typique est toujours bien présente, mais elle se fait bien plus insidieuse. À travers des plans étirés et des cadrages trop larges ou, au contraire, trop serrés, la mise en scène distille un malaise prégnant. Kinds of Kindness recèle ainsi de belles trouvailles visuelles, mais se fait assez inégal dans sa qualité.
Le premier segment apparaît ainsi de loin comme le plus réfléchi et le plus abouti. Il narre l’histoire d’un individu lambda, engagé par un richissime homme d’affaires pour obéir à ses moindres désirs, et cristallise toutes les thématiques du film, tout en les inscrivant dans un drôle d’univers à mi-chemin entre Lynch et Cronenberg. La mise en scène est parfaitement millimétrée pour suivre les pas d’un antihéros perdu entre sa quête d’amour et sa volonté de s’affirmer. D’abord témoin des mésaventures du personnage, le spectateur adopte progressivement son point de vue, à mesure que le cadre se resserre et que le héros tente de s’extraire de la situation dans laquelle il s’est piégé. Drôle, intriguant et touchant, il ne manquait à ce segment qu’un peu plus de développement pour donner toute la force au long-métrage.
La seconde intrigue se conclut sur une idée aussi belle que troublante, centrée sur l’importance du sacrifice au sein d’un couple, mais manque d’un peu d’implication émotionnelle pour convaincre. Plus réussi, le troisième chapitre est surtout l’occasion d’un superbe travail visuel autour de souvenirs éthérés et oniriques, filmés dans un noir et blanc de toute beauté. À la fois drôle et émouvant, ce dernier segment vaut pour ses comédiens. Car Lánthimos a réuni une troupe d’acteurs cinq étoiles, parmi lesquels des habitués de son univers, comme Emma Stone et Willem Dafoe. Tous incarnent un personnage différent dans chaque intrigue.
Si aucun ne démérite, c’est surtout Jesse Plemons, distingué au dernier festival de Cannes pour sa performance, et Margaret Qualley qui tirent leur épingle du jeu. Le premier s’avère formidable en monsieur Tout-le-monde dépassé par la situation dans le premier segment, quand la seconde apporte beaucoup de mélancolie à son double rôle dans la dernière histoire. Œuvre mineure dans la filmographie de Yórgos Lánthimos, Kinds of Kindness est néanmoins un agréable retour aux sources. Espérons que son prochain projet appellera malgré tout à plus d’ambition.
Timothée Giret
- KINDS OF KINDNESS
- Diffusion : depuis le 26 juin 2024
- Réalisation : Yórgos Lánthimos
- Avec : Emma Stone, Jesse Plemons, Willem Dafoe, Margaret Qualley, Mamoudou Athie, Hong Chau, Joe Alwyn, Hunter Schafer, Yorgos Stefanakos…
- Scénario : Efthýmis Filíppou, Yórgos Lánthimos
- Production : Ed Guiney, Yórgos Lánthimos, Andrew Lowe, Kasia Malipan
- Photographie : Robbie Ryan
- Montage : Yorgos Mavropsaridis
- Décors : Anthony Gasparro
- Costumes : Jennifer Johnson
- Musique : Jerskin Fendrix
- Distribution : The Walt Disney Company France
- Durée : 2 h 44


