Deauville 2016/ Sing Street de John Carney : critique

Publié par Antoine Gaudé le 7 septembre 2016

Synopsis : Dublin, années 80. La pop, le rock, le métal, la new wave passent en boucle sur les lecteurs K7, vibrent dans les écouteurs des walkmans et le rendez-vous hebdomadaire devant  « Top of the Pops » est incontournable.

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Sing Street - affiche

Sing Street – affiche

Avec Sing Street, le réalisateur John Carney, à qui l’on doit Once et NEW YORK MELODY (notre critique), poursuit son exploration dans l’univers musical. Il pose cette fois ses valises dans le Dublin des années 1980. Ce nouveau long métrage, présenté à Sundance puis à Deauville où il a ravi le public, a tout du feel-good movie à l’anglaise, fort d’une bande originale écrite par Bono et The Edge. Si l’ambiance vintage a beau être là, l’humour également, il manque toutefois quelque chose. L’euphorie du début laisse peu à peu place à la redondance des situations. Le film accumule en effet les séquences de clips – la première dans la rue est effectivement très drôle, la seconde l’est moins et ainsi de suite. Carney montre néanmoins tout son savoir-faire en matière d’élaboration de scènes chantées, mixant la rêverie fantasmée du jeune Conor (Ferdia Walsh-Peelo) aux conditions fauchées de leur petite production. Le scénario passe ainsi par toutes les étapes obligatoires, de la formation du groupe à l’apothéose du prom night, sans pour autant s’attarder plus longuement sur le développement des personnages. L’histoire d’amour entre les deux adolescents phagocyte l’évolution des autres protagonistes. Leur désir total de liberté, loin du dictat des parents et de leur petite ville, prend rapidement le pas sur tout. Il y a d’ailleurs cette courte scène – hélas trop vite balayé par la frénésie enivrante des chansons – qui dresse un portrait touchant de la figure du « grand frère ». Brendan, campé par un Jack Reynor méconnaissable en stoner et looser, fait part de ses regrets et des difficultés au jeune Conor ; une forme de rancœur d’avoir autant peiné à élaguer un chemin dont bénéficie aujourd’hui son frère. Ce décalage entre le soutien accordé par les parents à leur second enfant et à celui de l’aîné est essentiel et forge ainsi leur belle complicité. Cette relation quasi initiatique – Brendan n’en veut pas à son frère qu’il forme en matière de goût musical – donne notamment ses envies d’ailleurs à Conor qui réalise le rêve de son frère. Alors que l’un vit sa vie à fond, l’autre la regarde et la projette. Triste ironie du sort de la condition d’aîné. Mais cette relation est un cas unique dans le film. Jamais les parents ni les amis n’apportent de telles situations dramatiques et de tels sentiments humains. La comédie musicale, sympathique à défaut d’être originale car aucune musique ne reste à l’esprit, l’emporte sur la situation sociale, comme la rêverie sur la réalité.

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  • SING STREET écrit et réalisé par John Carney en salles le 26 octobre 2016.
  • Avec : Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton, Maria Doyle Kennedy, Aidan Gillen, Jack Reynor, Kelly Thornton, Mark McKenna, Conor Hamilton…
  • Production : John Carney, Anthony Bregman, Kevin Scott Frakes, Paul Trijbits, Christian Grass, Raj Brinder Singh, Martina Niland
  • Photographie : Yaron Orbach
  • Montage : Andrew Marcus, Julian Ulrichs
  • Décors : Alan Macdonald
  • Costumes : Tiziana Corsieri
  • Musique : The Edge, Bono, Becky Bentham
  • Distribution : Mars Films
  • Durée : 1h46

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