Deauville 2016/ Transfiguration de Michael O’Shea : critique

Publié par Antoine Gaudé le 6 septembre 2016

Synopsis : Queens, New York. Milo a quatorze ans. Orphelin, son seul refuge est l’appartement qu’il partage avec son grand frère. Solitaire, il passe son temps à regarder des films de vampires. L’arrivée d’une nouvelle voisine fera naître en lui des sentiments inédits…

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Transfiguration - affiche

Transfiguration – affiche

Présenté au Festival de Deauville et dans la section Un Certain Regard à Cannes en  2016, Transfiguration de Michael O’Shea offre une histoire d’amour singulière entre deux ados issus d’une banlieue, dont l’un n’est autre qu’un vampire. Version ghettoïsée de l’excellent Morse de Tomas Alfredson, Transfiguration mélange les genres avec beaucoup d’appétit : d’abord film naturaliste sur les ghettos américains, où la violence des gangs régit le quotidien des habitants des quartiers pauvres de New York, puis film de vampires et enfin drame social avec un final à la American History X. Transfiguration multiple les approches réalistes, à l’image de ce jeune garçon lancé dans une enquête anthropologique de son espèce. Les allusions cinématographiques (Murnau, Romero, Alfredson, etc.) révèlent parfaitement ce besoin vital chez le jeune Milo, incarné par Eric Ruffin, de vouloir connaître ses origines et de trouver des échos, pas toujours pertinents (le cas Twilight), dans ces représentations les plus éclectiques. Élevé par son grand frère, tous deux traumatisés par la mort mystérieuse de leur mère, Milo est un adolescent différent, un freak aux yeux des gangs du quartier – il regarde des films en noir et blanc, dessine et lit des livres. Il mène une vie à l’écart des tourbillons de la banlieue jusqu’au jour où il rencontre sa nouvelle voisine, Sophie (Chloe Levine). L’intelligence narrative permet de ne pas idéaliser la figure du vampire et d’en contrer les clichés les plus répandus. Bien que doté d’un visage innocent, Milo est habité par son instinct de chasseur, et lorsque la faim l’appelle, il est obligé de tuer pour se nourrir.

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Transfiguration de Michael O'Shea

Transfiguration de Michael O’Shea

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Les scènes de meurtre, d’une violence crue, mais souvent détruite par un vrombissement musical un brin pénible, dévoile sa part d’ombre et animale qui sommeille en lui. Le contraste entre le physique encore poupon du comédien et la violence des actes qu’il commet s’avère des plus efficaces. Un aspect certes récurrent dans d’autres films (Morse, Martin, etc.). L’originalité émane surtout du cadre dans lequel évolue les personnages. La clairvoyance de Milo lui a permis de prendre conscience de son impossibilité à vivre avec son frère. Il a des « projets » qu’il veut partager avec Sophie et récolte ainsi de l’argent comme il peut, une sorte d’utopie qu’il s’est fixé, une rêverie de plus pour un gamin des banlieues. Mais l’atmosphère malsaine et close de cette cité qui ressemble à n’importe quelle autre ressurgit sur toutes les destinées, y compris sur celle de Milo (cf. la scène de la cave), rattrapé tragiquement par un milieu qu’il tentait en vain de fuir. O’Shea réussit donc le pari dans cette première oeuvre de faire un film de vampire lié aux intimidations contemporaines (violence dans les banlieues, jeunesse en souffrance et isolée). Le jeune cinéaste se révèle peut-être moins à l’aise dans les scènes de genre, inutilement démonstratives, que dans cette belle romance entre un jeune noir et une jeune blanche, unis dans leur désir de paix tant extérieur qu’intérieur.

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Antoine Gaudé

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  • TRANSFIGURATION écrit et réalisé par Michael O’Shea en salles le 26 juillet 2017.
  • Avec : Eric Ruffin, Chloe Levine, Aaron Clifton Moten, Carter Redwood, Danny Flaherty, Lloyd Kaufman, James Lorinz…
  • Production : Susan Leber
  • Photographie : Sung Rae Cho
  • Montage : Kathryn J. Schubert
  • Décors : Danica Pantic
  • Costumes : Samantha Hawkins
  • Musique : Margaret Chardiet
  • Distribution : ARP Selection
  • Durée : 1h37

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