David Lynch, réalisateur légendaire d’Eraserhead, Elephant Man, Blue Velvet, Dune, Twin Peaks ou encore Mulholland Drive nous a quittés peu de temps après avoir été évacué de sa maison en Californie suite aux récents incendies. En 2020, il avait été diagnostiqué avec un emphysème pulmonaire.
Les proches du réalisateur ont annoncé la nouvelle dans un communiqué : « C’est avec un profond regret que nous annonçons le décès de l’homme et de l’artiste David Lynch. Nous apprécierions un peu d’intimité en ce moment. Il y a un grand vide dans le monde maintenant qu’il n’est plus avec nous. Mais, comme il le disait, ‘gardez les yeux sur le donut et non sur le trou’. C’est une belle journée avec un soleil doré et un ciel bleu à perte de vue. »
L’adjectif « visionnaire » est souvent employé pour qualifier les grandes figures du cinéma. Peu d’artistes méritent autant ce titre que David Lynch. Né en 1946 à Missoula, dans le Montana, David Lynch s’intéresse très vite à l’image au travers de la peinture. Un ami de son père est peintre professionnel, ce qui inspire le futur réalisateur dans ses choix.
David Lynch étudie la peinture à la Corcoran School of the Arts and Design de Washington avant d’être transféré en 1964 à l’École du Museum of Fine Arts de Boston. Peu inspiré par ses études, il part finalement voyager en Europe avec un ami avant de revenir aux États-Unis où il finira par s’installer à Philadelphie, ville dangereuse qu’il qualifiera de « grande influence » dans sa vie.
C’est à la Pennsylvania Academy, en 1967, qu’il réalise son premier court-métrage, Six Men Getting Sick (Six Times), une œuvre expérimentale d’animation dont l’idée lui est venue d’une envie de voir ses peintures bouger.
David Lynch continue les courts-métrages et rejoint le très récent Film American Institute qui permet aux jeunes réalisateurs d’obtenir des financements. Il déménage par la suite à Los Angeles avec sa famille où il étudie le cinéma au AFI Conservatory. Après une première tentative avortée, il se lance dans la réalisation de son premier long-métrage, Eraserhead (1977).
L’œuvre raconte l’histoire de Henry Spencer, qui doit s’occuper de son enfant déformé dans un univers industriel dystopique. Le film, dont les critiques sont au départ mitigées, obtient un statut culte grâce au phénomène des midnight movies aux États-Unis.
Lynch continue son parcours avec Ronnie Rocket, malheureusement avorté, avant d’entamer le long-métrage qui lui permet d’obtenir un premier grand succès : The Elephant Man (1980). Moins surréaliste que son prédécesseur, le film se base sur l’histoire vraie de Joseph Merrick, un homme au visage déformé à Londres, durant l’époque victorienne.
Ce succès permet au réalisateur de se lancer sur un plus gros projet, de science-fiction cette fois-ci, avec la première adaptation cinématographique du roman Dune de Frank Herbert. Le film est loin d’être aussi populaire que Star Wars à l’époque, provoquant un certain nombre de divergences artistiques qui mèneront Lynch à retirer son nom du générique de la version longue. Le film est néanmoins aujourd’hui considéré comme un classique même si des débats animés continuent à son sujet.
David Lynch réalise ensuite Blue Velvet (1986), un thriller psychologique centré sur un étudiant qui trouve une oreille découpée dans un terrain vague. L’œuvre lui vaut sa deuxième nomination aux Oscars comme meilleur réalisateur après Elephant Man. Malheureusement, il n’obtiendra qu’un Oscar d’Honneur en 2020 pour l’ensemble de sa carrière. Il sera cependant récompensé par une Palme d’Or à Cannes en 1990 pour Sailor et Lula avec Nicolas Cage.
Mais il ne se limite pas au format du long-métrage. En effet, il est l’un des premiers grands réalisateurs a voir le potentiel du format sériel. C’est ainsi que naît Twin Peaks, où la question « Qui a tué Laura Palmer ? » hante l’esprit des spectateurs. David Lynch ne réalise que six épisodes sur les deux premières saisons mais laisse la main à d’autres metteurs en scène talentueux, prouvant que la série n’est pas uniquement limitée aux dialogues en champ/contrechamp. Les séquences oniriques et surréalistes font la popularité de l’œuvre. Celle-ci donnera lieu à un film préquel, Twin Peaks : Fire Walk With Me (1992), mais aussi une saison 3 en 2017, entièrement réalisée par Lynch.
C’est ce fort lien entre David Lynch et la série télévisée qui donne naissance à un autre classique du réalisateur, Mulholland Drive (2001) avec Naomi Watts, à l’origine pensé comme un pilote. La chaîne de télé n’ayant pas apprécié le résultat, Lynch retravaille l’œuvre pour en faire un long-métrage. L’œuvre raconte comment Rita, amnésique, essaye d’en savoir plus sur son accident et son identité.
La dernière réalisation de David Lynch au cinéma remonte à 2006. Il s’agit de Inland Empire avec Laura Dern, habituée du metteur en scène. Cette œuvre surréaliste et expérimentale de 3 heures, suit une actrice qui adopte la personnalité du personnage qu’elle interprète. À l’opposé des blockbusters hollywoodiens et « mal compris » selon Lynch, le film reçoit néanmoins de nombreuses critiques positives chez les amateurs du cinéaste.
David Lynch était un artiste à part, avec une routine créative stricte (il mangeait tous les jours la même chose) qui selon lui permettait de tirer parti au mieux de son imagination. Il n’est jamais resté cantonné à la réalisation. Lynch a écrit de la musique, a continué de peindre, créé un comic strip ou encore joué plusieurs rôles comme acteur. Il a prêté sa voix à plusieurs personnages dans les œuvres de Seth MacFarlane, a incarné l’agent du FBI Gordon Cole dans Twin Peaks, ou plus récemment, s’est glissé dans la peau de John Ford pour The Fabelmans de Steven Spielberg (2023).
Il était un artiste complet, avec un style marqué, un visionnaire qui aura inspiré et continuera d’inspirer les créatifs du monde entier. Spielberg est d’ailleurs le premier concerné, et ses mots d’hommage à David Lynch montrent bien l’impact des œuvres du réalisateur : « Une voix aussi originale et unique va manquer au monde. Ses films ont déjà résisté à l’épreuve du temps et continueront à le faire. »
Florian Boulland
