The Fabelmans de Steven Spielberg : critique

Publié par CineChronicle le 21 février 2023

Synopsis : Passionné de cinéma, Sammy Fabelman passe son temps à filmer sa famille. En plus de ces documentaires personnels, il réalise bientôt de petits films amateurs de plus en plus sophistiqués. Mais lorsque ses parents décident de déménager dans l’ouest du pays, il découvre une réalité bouleversante sur sa mère qui bouscule ses rapports avec elle et fait basculer son avenir et celui de ses proches.

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The Fabelmans - affiche

The Fabelmans – affiche

Derrière les dinosaures, les extraterrestres et les aventures extraordinaires, Steven Spielberg s’est toujours raconté à travers ses films. Sa relation distante avec son père transparaissait dans E.T., l’extra-terrestre ou A.I. Intelligence artificielle, son rapport au judaïsme animait La Liste de Schindler et Munich, le lien entre le monde de l’enfance et l’âge adulte était au cœur même d’Empire du soleil ou de Hook. Ses personnages principaux, souvent de frêles introvertis passionnés de science-fiction, sont autant d’évidents miroirs déformants du réalisateur, qui se questionne par ailleurs sur son propre art dans Jurassic Park ou Ready Player One. Mais si, jusqu’à présent, Spielberg utilisait des contextes ou des personnages hors du commun pour se raconter, il accomplit avec The Fabelmans le parcours inverse, en partant de sa propre histoire, finalement assez ordinaire, pour lui faire atteindre une universalité à même de toucher n’importe quel spectateur. Le long-métrage pourrait s’inscrire dans la même veine que des films comme Armageddon Time, Bardo ou Once Upon a Time in Hollywood. Des œuvres dans lesquelles leurs auteurs respectifs se racontent à travers des souvenirs ou des sensations, le plus souvent issus de leur enfance. Spielberg pousse cependant la démarche encore plus loin, en réalisant une véritable autobiographie cinématographique. Si une part de fiction est bien sûr intégrée au scénario, les exégètes de la biographie du réalisateur ne manqueront pas de noter les très nombreuses correspondances avec la réalité. L’avatar du cinéaste, Sammy Fabelmans (diminutif de Samuel, prénom hébreu de Spielberg), se passionne dès l’enfance pour le septième art, réalise des courts-métrages de cowboys et de guerre, et est le seul garçon d’une famille nombreuse. Si la liste est très loin d’être exhaustive, The Fabelmans va bien au-delà de ces seules correspondances avec le réel, pour simplement raconter une belle histoire.

 

Mateo Zoryon Francis-DeFord - The Fabelmans

Mateo Zoryon Francis-DeFord – The Fabelmans

 

Il y a dans ce récit, deux facettes étroitement liées : d’un côté la vie familiale du jeune héros, notamment les liens complexes qui l’unissent à ses deux parents, et de l’autre, sa découverte puis sa passion dévorante pour le cinéma. Cette double thématique est brillamment introduite dès la scène d’ouverture, où, avant même de montrer leurs visages, Spielberg introduit les parents par leur voix, donc leur pensée et leur façon de voir le monde… et le cinéma ! La mère, ancienne pianiste et figure artistique de la famille, explique au jeune héros les sensations profondes et intimes qu’il va ressentir face à sa première séance de cinéma, en évoquant les rêves et des concepts abstraits, presque magiques. Le père, ingénieur et informaticien de génie, présente quant à lui le septième art sous son aspect purement technique, en expliquant avec force les détails, le fonctionnement. Si cette scène permet déjà d’évoquer les divergences qui risquent d’éloigner les deux parents, elle permet aussi de comprendre que ce qui fera la force de Sammy Fabelman, en tant que réalisateur, vient justement de cette dualité entre la poésie de l’art et la technicité.

 

Toujours aussi virtuose, la mise en scène de Spielberg capte à merveille la complexité de ces rapports et parvient à rendre aussi dynamique qu’une séquence d’action, une simple scène de repas de famille ou de concerto de piano. La caméra passe alors d’un convive à l’autre avec une fluidité et une élégance rare, nous faisant comprendre tous les liens et les non-dits qui animent les personnages sans que le moindre mot ne soit échangé. Dans cette même économie, le nœud dramatique de la relation entre Sammy et sa mère se résout en une scène quasiment muette. Plutôt que de montrer les images que son jeune héros projette, le réalisateur fixe simplement son regard sur sa comédienne (merveilleuse Michelle Williams dans son plus beau rôle) dont les réactions et les émotions véhiculent tout le sens dont il a besoin.

 

Paul Dano, Michelle Williams et Seth Rogen - The Fabelmans

Paul Dano, Michelle Williams et Seth Rogen – The Fabelmans

 

Mais si The Fabelmans est un drame bouleversant, il peut également se muer en une irrésistible comédie. Avec un humour paillard typiquement adolescent, Spielberg compose notamment une scène de prière d’anthologie, mais se permet également de souligner le grotesque qui peut surgir lors d’un tournage. Le contraste entre la vision sublimée, captée par la caméra et la réalité des faits, offre ainsi de francs moments d’hilarité. À l’instar de cette scène hautement solennelle où des figurants jouant les morts doivent rapidement se relever pour incarner d’autres cadavres un peu plus loin. La déformation de la réalité peut aussi revêtir un aspect moins trivial, lorsque Sammy utilise le septième art pour influencer la vision des autres. En filmant l’un de ses camarades de classe, qui l’a tourmenté, comme un héros de cinéma, le jeune Fabelman lui renvoie un miroir déformant de ce qu’il ne pourra jamais être. La sublimation du réel devient alors une arme redoutable, capable de nuire autant que de guérir les blessures intimes.

 

Pour accompagner ce maelström d’émotions, le grand John Williams compose une partition humble et discrète qui touche au cœur. À l’image du film qui, derrière ses allures modestes, s’impose comme un film précieux et ô combien maîtrisé. Peut-être la plus belle œuvre signée par Spielberg au 21e siècle, certainement un chef-d’œuvre dans sa filmographie, ni plus ni moins. 

 

Timothée Giret

 

 

 

  • THE FABELMANS
  • Sortie salles : 22 février 2023
  • Réalisation : Steven Spielberg
  • Avec : Gabriel LaBelle, Michelle Williams, Paul Dano, Seth Rogen, Judd Hirsch, Mateo Zoryon Francis-DeFord, Julia Butters, Keeley Karsten, Sam Rechner, David Lynch…
  • Scénario : Tony Kushner, Steven Spielberg
  • Production : Tony Kushner, Kristie Macosko Krieger, Steven Spielberg
  • Photographie : Janusz Kamiński
  • Montage : Sarah Broshar
  • Décors : Rick Carter
  • Costumes : Mark Bridges
  • Musique : John Williams
  • Distribution : Universal Pictures
  • Durée : 2 h 31

 

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Source: CBO Box office

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