Brothers de Vidhu Vinod Chopra: critique

Publié par Laurianne de Casanove le 18 novembre 2015

Synopsis : Jacob et Buddy sont deux frères que tout sépare. Promis à un brillant avenir de violoniste à New York et sur le point de se marier, Jacob rend visite à son frère dans sa ville natale au Texas. Il y découvre que Buddy est manipulé par un baron du crime local, qui a fait de lui un tueur à gages impliqué dans une guerre avec un cartel mexicain. Jacob décide alors de sortir son frère de ce milieu…

 

♥♥♥♥♥

 

Brothers - affiche

Brothers – affiche

Avec Brothers, Vidhu Vinod Chopra signe le remake de son propre film, Parinda. Réalisé en 1989, celui-ci avait définitivement établi la réputation du réalisateur indien. Mais le passage de Bollywood aux studios américains s’avère difficile. Bien que visuellement très réussi, ce western des temps modernes ne convainc pas. Pourtant, le scénario est assez habile et nous tient en haleine en jouant sur l’ambiguïté des personnages, notamment Buddy (Chris Marquette). Derrière son sourire benêt et ses tics de langage dignes d’un enfant de 8 ans, « I will go bananas, bananas ! » (Je vais devenir dingue, dingue !), se cache un homme violent et dangereux. Sans cesse au bord de l’implosion, il devient une redoutable machine à tuer entre les mains de Julius Hench (Vincent d’Onofrio), sorte de parrain local. Une chose est claire, Chopra aime le cinéma américain. Sa maîtrise des codes du western le prouve. Brothers livre des ralentis sur des corps qui tombent et du sang qui coulent ; des plans serrés sur le canon d’une arme à feu ou une allumette qui s’embrase. On retrouve cet esprit dans l’histoire elle-même. D’une part, les valeurs morales sont poussées à leur paroxysme. Il y a les méchants et les gentils. Un système de pensée manichéen qui renforce cette ambiance de Far West. De plus, le thème du voyage revient régulièrement dans le récit. Or, le western ce n’est pas seulement une histoire de règlement de compte. C’est également une traversée, le cheminement d’un individu dans un univers hostile. Ici, ce passage s’opère à deux niveaux : une transition physique, de New-York à la frontière mexicaine, mais aussi morale, du Bien vers le Mal. On pense ici à Jacob (Anton Yelchin), violoniste talentueux forcé de rejoindre les troupes de Julius Hench pour sauver son frère.

 

Brothers (Broken Horses)Brothers (Broken Horses)Brothers (Broken Horses)Brothers (Broken Horses)

 

Cette atmosphère résolument hollywoodienne est rendue plus tangible encore grâce à la musique de John Debney, qui fait la part belle aux cordes, et à la photographie de Tom Stern. Fidèle collaborateur de Clint Eastwood, ce dernier nous offre une image particulièrement élégante ; les couleurs du désert font écho à une lumière jaune et crue qui soulignent l’âpreté des sentiments et la violence des relations humaines. Mais malgré ce décor grandiose, Brothers reste un film maladroit. Chopra veut nous bousculer en proposant une galerie de portraits surprenante. Bien qu’audacieux, ses choix frôlent parfois le ridicule, comme lorsque l’ancien professeur de violon de Jacob, devenu cul-de-jatte, débarque dans une ambiance crépusculaire sur un fauteuil de bureau motorisé. On regrette aussi cette manie de multiplier les symboles. On peut citer en exemple, cette série d’exécutions sanglantes, entrecoupées d’images d’oranges pressées. Au-delà de la violence, le film semble chercher à atteindre un certain surréalisme, voire une poésie, mais hélas, il n’y parvient pas. Enfin, les acteurs eux aussi déçoivent. Vincent d’Onofrio prend visiblement un certain plaisir à jouer les méchants en stetson, mais son jeu reste caricatural. Il ne réussit pas à nous provoquer la crainte ou le dégoût que son rôle devrait inspirer. Face à lui, Chris Marquette semble mal à l’aise. Quelques erreurs grammaticales (« he is my bestest friend ») et un léger bégaiement ne suffisent pas à rendre son personnage crédible. Quant à Anton Yelchin, il manque de charisme et ne parvient pas à provoquer le moindre sentiment d’empathie. Brothers, pourtant vanté par James Cameron et Alfonso Cuaron, est plein de bonnes intentions, mais nous laisse finalement sur sa faim…

 

 

 

  • BROTHERS (Broken Horses) réalisé par Vidhu Vinod Chopra en salles le 9 décembre 2015.
  • Avec : Anton Yelchin, Vincent d’Onofrio, Thomas Jane, Sean Patrick Flanery, Maria Valverde, Chris Marquette, Wes Chatham, Sadie Alexandru…
  • Scénario : Vidhu Vinod Chopra et Abhijat Joshi
  • Production : Vidhu Vinod Chopra et Subhash Dhar
  • Photographie : Tom Stern
  • Montage : Todd E. Miller
  • Décors : Jean Landry
  • Costumes : Mary E. Vogt
  • Musique : John Debney
  • Distribution : LFR films
  • Durée : 1h41

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