Love is Strange de Ira Sachs: critique

Publié par CineChronicle le 9 septembre 2014

Synopsis : Après 39 ans de vie commune, George et Ben décident de se marier. Mais au retour de leur voyage de noces, George se fait subitement licencier. Du jour au lendemain, le couple n’est plus en mesure de rembourser le prêt de son appartement new yorkais. Contraints de vendre et déménager, ils vont devoir compter sur l’aide de leur famille et de leurs amis. Une nouvelle vie les éloignant l’un de l’autre s’impose alors dans leur quotidien.

 

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Love is Strange de Ira Sachs - affiche

Love is Strange de Ira Sachs – affiche

Ira Sachs aime parler d’amour. Deux ans après Keep the Light on, qui évoquait les relations homosexuelles, à l’instar de son premier long métrage sorti en 1996, il revient avec Love is Strange, version plus posée et même apaisée d’un récit similaire, comme si le temps avait fait son œuvre et tempéré le réalisateur. Le nouveau regard qu’il porte sur les multiples facettes de l’amour prend aujourd’hui une autre dimension avec cette histoire multi-générationnelle qui pose cette question fondamentale : dans le fond, qu’est-ce que l’amour ? Abordant plusieurs points de vue, tant la réponse est multiple, le cinéaste semble penser que l’amour, c’est la présence de l’autre mais aussi son absence, un son, un parfum, une douce musique. L’amour est complexe, multiple, une douceur qui se laisse regarder avec tendresse. Love is Strange, présenté dans plusieurs festivals comme Deauville, Sundance et Berlin, traite des différentes façons de vivre l’amour quel que soit son âge, sa foi, son sexe ou son orientation sexuelle. En suivant les parcours parallèles de George et Ben, vieux couple homosexuel, Kate et Elliot, ménage bordant la cinquantaine, et Joey, jeune ado confronté à ses premiers émois, Ira Sachs dresse une peinture sensible et moderne sur l’amour et sur le rapport de l’un à l’autre. Tout est approché avec tendresse et délicatesse, calmement, par petite touche comme sur la toile d’une peinture. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Ben est lui-même artiste peintre.

 

Alfred Molina et John Lithgow dans Love is Strange de Ira Sachs

Alfred Molina et John Lithgow dans Love is Strange de Ira Sachs

 

Mais ce qui fait toute la force de Love is Strange est son formidable casting avec les présences trop rares de John Lithgow et Alfred Molina, parfaits dans leurs rôles respectifs. Ils apportent toute la profondeur à leurs personnages, sans jamais tomber dans le mélodramatique ni le pathos, et donnent à George et Ben un aspect universel qui ne peut que toucher. Elégants et posés, tous deux forment un vrai beau couple de cinéma et l’on sent qu’Ira Sachs porte sur eux un regard tendre et sensible. Notons également que New York a son importance. Filmée à chaque instant, sa présence forte et réconfortante donne irrésistiblement l’envie de la visiter. Car là aussi, Ira sachs nous montre une ville apaisée, quasi protectrice avec ses habitants. D’ailleurs, cette douceur se propage progressivement sur les autres protagonistes. Elle apporte notamment à Joey, ado de 15 ans perdu dans New York, campé par Charlie Tahan, un repère qui lui permettra de grandir. Pour envelopper l’ensemble, une délicate musique irradie l’histoire, battant son rythme tout en détendant les personnages et nous-même par la même occasion. Oui, Love is Strange est une douceur qui se déguste petit bout par petit bout pour bien en profiter. Alors l’amour est-il étrange ? Non, assurément. L’amour est une sonate de Chopin que l’on a envie d’écouter en tenant la main de celui ou celle qu’on aime. Merci Ira de nous le rappeler.

 

Olivier Couradjut

 

 

  • LOVE IS STRANGE réalisé par Ira Sachs en salles le 12 novembre 2014.
  • Casting : Alfred Molina, John Lithgow, Marisa Tomei, Charlie Tahan, Cheyenne Jackson, Christian Coulson, Sebastian La Cause, Manny Perez…
  • Scénario : Ira Sachs, Maurício Zacharias
  • Production : Ira Sachs, Lars Knudsen, Jay Van Hoy, Lucas Joaquin
  • Photographie : Christos Voudouris
  • Montage : Affonso Gonçalves et Michael Taylor
  • Décors : Amy Williams
  • Costumes : Arjun bhasin
  • Distribution : Pretty Pictures
  • Durée : 1h38

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