Drive : critique

Publié par Nathalie Dassa le 7 septembre 2011

Un jeune homme solitaire conduit le jour à Hollywood pour le cinéma en tant que cascadeur et la nuit pour des truands. Il croise sur sa route Irene et son jeune fils. Pour la première fois de sa vie, il n’est plus seul.
 Lorsque le mari d’Irene sort de prison et se retrouve enrôlé de force dans un braquage pour s’acquitter d’une dette, il décide de lui venir en aide. L’expédition tourne mal. Doublé par ses commanditaires et obsédé par les risques qui pèsent sur Irene, il n’a dès lors pas d’autre alternative que de les traquer un à un…

 

♥♥♥♥,5

 

Le danois Nicolas Winding Refn, récipiendaire du prix de la mise en scène au 64e festival de Cannes, poursuit son ascension en s’imposant comme l’un des plus talentueux réalisateurs de sa génération. Celui à qui l’on doit la trilogie Pusher ou encore Bronson, nous dispense ici une véritable leçon de cinéma en signant d’une main de maître, une huitième œuvre d’une rare puissance, nerveuse, ultra calibrée et tendue à l’extrême, avec un casting jouissif et prestigieux. Porté par un sens du rythme efficace et prenant, Drive est sans aucun doute le thriller d’action le plus corrosif de cette année qui renvoie de toute évidence au meilleur du cinéma américain, instauré par des réalisateurs cultes tels Martin Scorsese, Brian de Palma, William Friedkin, Michael Mann ou encore David Fincher. La bande son connotée eighties dès le générique d’intro vintage avec le titre rose et à la typo manuscrite annonce d’emblée le ton de cette réalisation maîtrisée, vertigineuse qui bénéficie d’une facture visuelle stylisée grâce à une photographie sophistiquée et brillante de Newton Thomas Sigel, qui a fait ses gammes auprès d’Oliver Stone sur Platoon et a collaboré avec Bryan Singer sur cinq films dont Usual Suspects. Mais le summum de Drive est dans le choix parfait du héros en la personne de Ryan Gosling, l’une des stars actuelles les plus prodigieuses et étonnantes. Il accomplit ici une performance magistrale face à des acteurs tout aussi impressionnants comme Bryan Cranston, Ron Perlman et Albert Brooks, qui a notamment débuté au cinéma dans le mythique Taxi Driver de Scorsese.

 

 

On suit donc la trajectoire de son personnage surnommé The Driver (Le Chauffeur), un individu énigmatique, solitaire, taiseux et impassible, qui mène une double vie entre Hollywood et le banditisme et dont le comportement et le regard se traduisent uniquement au travers de ses actes. Cascadeur le jour, il met à profit ses talents au volant la nuit, en donnant cinq minutes de son temps à des malfrats en plein braquage pour les récupérer et les conduire sans mot dire en lieu sûr. Si cette vie semble lui convenir, la rencontre avec sa voisine (la douce Carey Mulligan) de laquelle il s’éprend, mère d’un jeune garçon et mariée à un type qui revient dans sa vie après avoir purgé sa peine de prison (Oscar Isaac), change littéralement la donne, à la fois de son existence et celle de cette famille.

 

 

Au travers de ce professionnel efficace, stratégique et radical, portant comme accessoires un cure-dent dans la bouche et une veste ornée d’un scorpion, qui fonctionne avec son propre code moral dénué de tout état d’âme, Gosling prouve qu’il a le charisme d’un grand, à la manière d’un Clint Eastwood. Certaines de ses répliques – si peu nombreuses soient-elles – deviennent, au son de sa voix douce et calme, totalement acerbes et tranchantes. Et lorsque ses motivations sont générées pour protéger celle qu’il aime, il n’hésite pas à franchir la ligne pour décimer un à un les meneurs dans la ville tentaculaire de Los Angeles, se révélant capable d’une violence implacable. C’est alors que le vernis de cet individu asocial et monolithique s’effrite progressivement. Si le scénariste Hossein Amini a pris des libertés sur l’adaptation du roman noir de James Sallis, qui comporte seulement 175 pages, Nicolas Winding Refn, spécialiste du grand-angle, la transforme à l’écran en une variation moderne et novatrice du cowboy solitaire plongé dans un western urbain, sombre et violent, et fait de ce bolide cinématographique une magnifique histoire d’amour pleine d’intensité…

 

 

 

‘Drive’ de Nicolas Winding Refn, en salles le 5 octobre, avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston, Ron Perlman, Christina Hendricks, Oscar Isaac, Albert Brookes. Scénario : Hossein Amini, d’après le roman éponyme de  James Sallis. Directeur de la Photographie : Newton Thomas Sigel. Montage : Mat Newman. Coordination des cascades : Darrin M. Prescott. Production : Marc E. Platt, Adam Siegel, Gigi Pritzker, Michel Litvak, John Parlermo. Distribution : Le Pacte. Durée : 1h40.

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