Série/ House of Cards (saisons 1, 2 et 3): critique

Publié par Guillaume Ménard le 23 mars 2015
Kevin Spacey et Robin Wright dans House of Cards (saison 1)

Kevin Spacey et Robin Wright dans House of Cards (saison 1)

 

Le récit de la deuxième saison démarre quelques minutes après la fin de la première. Pas de temps mort donc, au vu d’un premier épisode où Frank persiste dans la barbarie, provoquant la suppression d’un des personnages principaux. La suite des évènements devient de plus en plus palpitante, mais aussi résolument plus sombre. Les journalistes du Washington Herald tentent de prouver par tous les moyens les agissements de Frank, qui réplique à sa manière. Dans un registre plus léger, ses apartés fonctionnent toujours autant et provoquent le sourire, ce qui nous amène à tisser un lien familier avec le tyran. Cette démarche évolue, même si la technique reste inchangée, avec les personnages secondaires en arrière-plan qui se retrouvent floutés tandis que le focus est fait sur Frank. Effectivement, lors d’un aparté, Doug demande à Frank ce qu’il vient de dire. Pour la première fois, un personnage présent à côté de l’antihéros l’entend nous interpeller.

 

Cette intrusion révèle l’étau qui se resserre sur Frank, et plus particulièrement sur son intimité. Depuis qu’il occupe le poste de vice-président, il est entouré de gardes du corps. Les moyens de se ressourcer se retrouvent donc limités. Il doit être escorté pour se rendre dans le restaurant de son ami Freddy (Reg E.Cathey), ne peut plus jouer à Call Of Duty car son pare-feu d’internet doit être vérifié. La privation de ses exutoires entraîne une radicalisation. Le personnage doit redoubler d’intensité face à la crise qui le frappe dans cette deuxième saison. Un conflit diplomatique avec la Chine le place dans un triangle infernal avec son ennemi Raymond Tusk, et au centre, le président des Etats-Unis.

 

Kevin Spacey et Molly Parker dans House of Cards (saison 2)

Kevin Spacey et Molly Parker dans House of Cards (saison 2)

 

Ce nouveau chapitre marque aussi l’arrivée du personnage de Jackie Sharp (Molly Parker) à qui Frank compte confier son ancien poste de Whip, lui permettant d’avoir la main mise sur la chambre des représentants. Sa présence sert le récit car elle représente une nouvelle dynamique féminine dans un milieu presque exclusivement masculin. Le sexisme et la domination par la virilité sont mis à mal. Jackie Sharp met les autres politiques à genoux et Claire, face à son passé qui refait surface, fait preuve d’une détermination et d’une lucidité édifiante. Elle gagne en profondeur, ses réactions sont encore plus imprévisibles, provoquant des retournements de situations. Le découpage en est la preuve, avec le principe de centrer dans les plans Claire et Frank. Ainsi, lorsqu’ils apparaissent en public ou lors d’un conflit, les personnages occupent l’espace de manière plus imposante. Ils marquent une parfaite symétrie de l’image renvoyant à la notion de perfection, en contradiction avec le caractère paranoïaque des coulisses.

 

Toute cette architecture rappelle ainsi le classicisme des thrillers politiques, avec un montage nerveux, passant des journalistes à Frank. Dans ce duel avec la presse, on pense immédiatement à Les hommes du Président de Alan J.Pakula, mais aussi à Jeux de Pouvoirs de Kevin MacDonald. Si la réflexion sur le pouvoir était déjà bien exploitée dans la première saison, elle prend une nouvelle dimension dans celle-ci. Ainsi, l’image de Frank, texan à la dent dure, explore davantage ses penchants sexuels, relevés dans l’épisode 8 de la première saison. Ici, Frank assume cette bisexualité, devant une Claire qui se révèle être au courant depuis le début. À l’écran, les non-dits fourmillent et nous assistons à des silences éloquents. Le sexe, pour les Underwood, possède une valeur avant tout opportuniste. L’adultère est toléré s’il ne déborde pas sur le terrain du sentimentalisme. Cette liberté est aussi la force du couple, qui a choisi de ne pas avoir d’enfants, se confrontant ainsi au puritanisme américain.

 

La saison 2 se clôt au sommet, à tous les niveaux, se révélant supérieure à la précédente. L’écriture des épisodes est surprenante d’inventivité et le charismatique Gerald McRaney est excellent dans le rôle de Raymond Tusk. Michael Kelly offre une composition de plus en plus intéressante avec le personnage de Douglas Stamper, qui s’attache à Rachel Posner (Rachel Brosnahan), témoin-clé des actes d’Underwood. La relation du bourreau et de sa victime prend ainsi une nouvelle direction qui dévoile la face cachée de l’homme de main. Ainsi, cette conclusion aurait quasiment pu clôturer la série dans la mesure où Underwood accède au poste ultime en coiffant au poteau ses adversaires. Cette place rêvée depuis l’épisode-pilote est obtenue, accomplissant le but du personnage. Comment alors relancer l’intérêt avec une troisième saison ?

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