Les Évadés de Frank Darabont (1994)
Premier long métrage de Frank Darabont, tiré de l’histoire courte Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank, dans le recueil Différentes saisons, paru en 1982.
Il s’agit de sa seconde adaptation d’une oeuvre de Stephen King, après avoir transposé en format court The Woman in the room en 1983. Et ce ne sera pas la dernière car deux autres suivront : La Ligne Verte (1999), situé aussi dans un pénitencier avec cette fois un condamné aux dons surnaturels, et The Mist (2007), sur lequel on reviendra.
Les Évadés (The Shawshank Redemption) est une oeuvre magnifique sur le temps, la résistance, la patience, l’espoir et les rêves, qui dévoile les talents incroyables de Darabont sur la mise en scène, la direction d’acteurs, l’approche du montage et l’art de savoir raconter une histoire. Le tout est renforcé par la belle photographie de Roger Deakins et la musique typique de Thomas Newman.
Il y est question d’une profonde histoire d’amitié entre deux hommes (Tim Robbins et Morgan Freeman), emprisonnés à Shawshank, le pénitencier le plus dur de l’État du Maine, qui trouvent un moyen de lutter contre le désespoir. Le récit est raconté du point de vue du personnage de Freeman, détenu depuis vingt ans, prenant le pari risqué d’une voix-off.
Darabont explore avec force et intelligence l’univers carcéral, tout en dressant un portrait saisissant d’un homme détruit (Robbins) qui, par son courage, à trouver des échappatoires, transformant les lieux pour tenir bon (la création de la bibliothèque, la musique classique, le film Gilda avec Rita Hayworth, les posters de Marilyn Monroe et Raquel Welch,..).
Le cinéaste filme ainsi sa détermination durant toutes ces années jusqu’à son évasion. Sa rivalité avec le directeur de la prison (Bob Gunton), dont il se venge, offre un dernier acte magistral pour un des plus beaux dénouements. Le récit de Stephen King, qui sort ici des sentiers de l’horreur, fait d’ailleurs souvent écho au Comte de Monte-Cristo.
Les Évadés fut un échec commercial à sa sortie, mais sa cote de popularité est remontée grâce aux ventes en VHS, devenant avec le temps un classique du cinéma. Il a été gratifié de sept nominations aux Oscars, dont meilleurs film, scénario adapté, photo et acteur dans un second rôle pour Morgan Freeman. Il fait partie des cent meilleurs films de l’American Film Institute (AFI) où il est classé 72e, et a rejoint, en 2015, le National Film Registry de la bibliothèque du Congrès pour son « importance culturelle, historique ou esthétique ». Nathalie Dassa
