Ressortie / Do The Right Thing de Spike Lee : critique

Publié par Erica Farges le 19 août 2018

Synopsis : À Brooklyn, c’est littéralement le jour le plus chaud de l’année. Mookie, un jeune afro-américain, est livreur à la pizzeria du quartier, tenue par Sal et ses deux fils, d’origine italienne. Chacun vaque à ses occupations, mais la chaleur estivale va bientôt cristalliser les tensions raciales.

♥♥♥♥♥

 

Do the right thing - affiche

Do the right thing – affiche

Depuis plus de trente ans, Spike Lee montre sans tabous dans ses œuvres cinématographiques les problématiques auxquelles la communauté noire est confrontée. Devenu une figure emblématique du cinéma afro-américain, il se distingue dès le début de sa carrière en abordant des sujets sérieux, voire graves, dans des oeuvres à l’esthétique très colorée avec des personnages toujours insolites. Do The Right Thing, son troisième long-métrage, reprend certains éléments de l’incident de Howard Beach, dans le Queens, ayant eu lieu en 1986. Le conflit communautaire est transposé dans le quartier de Bedford-Stuyvesant à Brooklyn durant un dog day, donnant à cette oeuvre devenue culte une dimension politique importante sous ses allures de clip musical hip hop. Le facteur déclenchant les hostilités est banalisé. Ces dernières semblent éclore à cause de la chaleur urbaine extrême, qui donne des proportions excessives à la discorde initiale autour de simples clichés photographiques affichés sur les murs de la pizzeria. Contrairement aux faits réels, il ne s’agit pas de jeunes noirs qui se font agresser par des italo-américains inconnus. Le cinéaste choisit de montrer la haine dont chacun est capable vis-à-vis de ceux qu’il côtoie tous les jours. Spike Lee s’investit jusqu’au bout dans ce projet, il joue lui-même le protagoniste, Mookie, auquel il déclare s’identifier fortement. Un an après s’être inspiré de ses années étudiantes pour School Daze, il imprime son empreinte personnelle sur sa nouvelle œuvre en endossant le rôle de ce « monsieur tout-le-monde » plutôt contemplatif et sans ambition, mais qui peut faire une vraie différence par des actions anodines.

 

Do the right thing

Do the right thing

 

Le rythme de la comédie dramatique est parfaitement géré pour retranscrire l’alanguissement de ce samedi caniculaire comme un autre qui finit par dégénérer en émeute destructrice et à la violence incontrôlable. Après le tournage, entièrement effectué sur l’Avenue Stuyvesant, l’équipe de production modifie les couleurs pour obtenir les tons rougeâtres et orangés présents dès le début du récit, suggérant ainsi des tensions subjacentes dont la virulence risque d’éclater à tout moment sous la pression de l’air brûlant. Pourtant, cette menace de révolte, au lieu d’alourdir l’atmosphère, fait ressortir la vitalité et le dynamisme des rues brooklynoises. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une comédie musicale, le cinéaste, fils de jazzman, reste fidèle à son habitude et donne une place essentielle à la musique. D’ailleurs en grande partie composée par Bill Lee, son père, elle guide l’état d’esprit et les actes des personnages. Les aires paisibles et les morceaux de rap aux paroles provocatrices s’alternent afin de marquer les changements d’ambiance. L’immersion est accrue par l’extravagance familière des habitants locaux qui donne envie de se plonger dans leur vie quotidienne avec tous les conflits qui la composent.

 

À sa sortie initiale, beaucoup y ont vu une incitation à la révolte sanguinaire, oubliant que l’œuvre de Spike Lee discrédite, souvent avec humour, les prises de position drastiques et les dualités absolues. Do The Right Thing utilise la parodie pour signifier l’importance de s’adapter afin d’adopter une attitude appropriée à chaque situation, et dénoncer les dérives que peuvent engendrer une perspective figée qui ne laisse aucune place à la diversité culturelle. 

 

Erica Farges

 

 

 

  • DO THE RIGHT THING
  • Ressortie salles : 15 août 2018
  • Version restaurée
  • Réalisation : Spike Lee
  • Avec : Spike Lee, Danny Aiello, John Turturro, Richard Edson, Giancarlo Esposito, Samuel L. Jackson, Ossie Davis, Bill Nunn, John Savage, Ruby Dee, Martin Lawrence, Robin Harris, Joie Lee, Miguel Sandoval, Rick Aiello, Rosie Perez
  • Scénario : Spike Lee
  • Production : Spike Lee, Monty Ross, Jon Kilik
  • Photographie : Ernest Dickerson
  • Montage : Barry Alexander Brown
  • Décors : Wynn Thomas
  • Costumes : Ruth E. Carter
  • Musique : Bill Lee
  • Distribution : Splendor Films
  • Durée : 2h05
  • Sortie initiale : 30 juin 1989 (États-Unis) – 14 juin 1989 (France)

 

A la Une

Eva Marie Saint, doyenne oscarisée des égéries hitchcockiennes, s’en est allée à l’âge de 102 ans

Légende de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, l’incarnation de la “blonde glaciale” s’est éteinte hier au terme de sept décennies… Lire la suite >>

Expo / Marie-Antoinette de Sofia Coppola à Versailles : dans les coulisses d’un film devenu culte

À l’occasion des vingt ans de Marie-Antoinette, le château de Versailles ouvre les portes des coulisses du film de Sofia… Lire la suite >>

Oscars 2027 :  Minotaure d’Andreï Zviaguintsev choisi pour la représenter la France

Réalisé par le Russe Andreï Zviaguintsev et financé par des producteurs français, ce long-métrage engagé ancré dans la Russie contemporaine… Lire la suite >>

Catherine Ringer, voix déjantée des Rita Mitsouko, nous quitte à l’âge de 68 ans

“C’est la mort qui l’a assassinée.” Près de vingt ans après la disparition du guitariste Fred Chichin, son compagnon à… Lire la suite >>

I Play Rocky : une affiche triomphante pour la chronique biographique de la genèse contrariée du film de boxe culte par Peter Farrelly

Ovationnée lors de sa projection en avant-première au Festival International du Film de Toronto (TIFF), la success story entreprend son… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 HEART OF THE BEAST 502 865 1 502 865
2 RESIDENT EVIL 248 732 2 621 548
3 AVENGERS : ENDGAME EXTENDED 220 616 1 220 616
4 GARANCE 214 952 1 214 952
5 JUSTIN LE JUSTE 98 915 1 98 915
6 TOMBE DU CIEL 91 088 7 2 177 990
7 PRIMETIME 78 214 1 78 214
8 SPIDER-MAN : BRAND NEW DAY 76 403 9 8 388 607
9 L'ODYSSEE 76 278 11 8 012 314
10 LA VIE D'UNE FEMME 69 054 3 330 500

Source: CBO Box office

Nos Podcasts