La Taupe : critique

Publié par Nathalie Dassa le 20 janvier 2012

1973. La guerre froide empoisonne toujours les relations internationales. Les services secrets britanniques sont, comme ceux des autres pays, en alerte maximum. George Smiley est l’un des meilleurs agents du « Cirque », quartier général des services secrets britanniques. Alors qu’il vient à peine de prendre sa retraite, le cabinet du Premier Ministre fait de nouveau appel à lui. Le centre de Moscou, leur ennemi juré, aurait un agent double, infiltré au sein du Cirque. Smiley est chargé de démasquer la taupe parmi ses anciens collègues.

 

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Le réalisateur suédois Tomas Alfredson, révélé à l’international avec son long-métrage envoûtant Morse, acclamé par la critique, qui nous entraînait au cœur d’une romance vampirique adolescente dans le panorama scandinave glacé des années 80, se penche ici sur l’espionnage britannique en 1973 pendant la guerre froide, où les affrontements idéologiques et politiques se réglaient par espions interposés. La Taupe dont le titre original Tinker, Tailor, Soldier, Spy – tiré d’une comptine pour enfants où chaque qualificatif devient ici un nom de code pour ces hommes – est sans doute une œuvre majeure du genre, adaptée du roman éponyme de John Le Carré (également producteur exécutif), maître incontesté de l’espionnage ayant servi lui-même comme agent au sein des services de renseignement britannique. Alfredson manipule avec brio les codes et livre un thriller complexe, cérébral, analytique et paranoïaque empreint d’un sens esthétique presque nostalgique qui prend toute son ampleur et sa dimension au travers d’une mise en scène maîtrisée, d’un superbe décorum vintage – beaucoup plus abouti que celui de Morse -, d’une bande son lancinante et immersive et d’une photographie dont les couleurs désaturées et la texture visuelle immergent dans la froide et morose caractéristique du climat politique de cette période. Si les scénaristes – Peter Straughan et Bridget O’Connor – et le réalisateur posent dès le départ l’enjeu en brouillant soigneusement les pistes dans un traitement narratif qui joue avec la temporalité des faits et des événements, le spectateur conserve cependant le fil de l’histoire grâce à la tension omniprésente et à certains éléments et autres accessoires comme points de repères.

 

Le récit se concentre sur George Smiley, bras droit de Control (John Hurt), directeur du ‘Circus’, le quartier général des services secrets britanniques. Porté par la performance de Gary Oldman au sommet de son art depuis Dracula, ce lieutenant retraité à la posture droite, flegmatique, perspicace, méthodique et observateur se voit réhabilité par le gouvernement pour démasquer la taupe parmi ses anciens collègues, qui transmet des informations confidentielles aux Soviétiques. Cinq noms sont soupçonnés – dont lui – particulièrement par Control. Sur ce pitch efficace, Tomas Alfredson entraîne le spectateur dans un jeu d’échec au rythme lent porté à son paroxysme, grâce à un casting magistral d’acteurs en vogue emmené par Toby Jones, Colin Firth, Ciarán Hinds et David Dencik (les principaux suspects) ainsi que Tom Hardy et Mark Strong. Car si le réalisateur peut décontenancer plus d’un spectateur dans cette narration retorse entre recherches et recoupements, il évite aussi soigneusement et avec ingéniosité l’écueil de l’évidence. La taupe tient en haleine mais prend le temps, comme son personnage principal Smiley, de générer le suspense dans un cadre où la confiance n’est qu’illusion et d’installer les personnages calculateurs – principaux et secondaires – qui se livrent tous aux jeux permanents des trahisons et des manipulations. La Taupe (Tinker, Tailor, Soldier, Spy), nominé onze fois aux BAFTA, est l’une des meilleures et des plus étonnantes adaptations d’un des romans de John Le Carré avec L’Espion qui venait du froid par Martin Ritt avec Richard Burton ou encore La Maison Russie avec Michelle Pfeiffer et Sean Connery.

 

 

 

LA TAUPE (Tinker, Tailor, Soldier, Spy) de Tomas Alfredson en salles le 8 février 2012 avec Gary Oldman, Colin Firth, Tom Hardy, John Hurt, Toby Jones, Mark Strong, Benedict Cumberbatch, Ciaran Hinds. Scénario : Bridgget O’Connor, Peter Straughan d’après le roman de John Le Carré. Producteurs : Tim Bevan, Eric Fellner, Robyn Slovo. Directeur Photo :  Hoyte Van Hoytema. Chef Costumière : Jacqueline Durran. Coiffures et Maquillages : Felicity Bowring. Compositeur : Alberto Iglesias. Monteur : Dino Jonsater. Distribution : StudioCanal. Durée : 2h07.

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