Synopsis : En quête d’inspiration pour son nouveau roman, Sylvie espionne ses voisins d’en face. Quand elle engage le jeune Adam pour l’aider dans son quotidien, elle ignore que celui-ci va bouleverser sa vie et son travail, jusqu’à ce que la fiction qu’elle avait imaginée dépasse leur réalité à tous.
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Treize ans après la première de ses cinq sélections cannoises en compétition pour Le Passé, son premier tournage français, Asghar Farhadi pose de nouveau sa caméra à Paris. Fort du Prix du scénario 2016 pour Le Client et du Grand Prix 2021 pour Un Héros, le cinéaste iranien aux deux Oscars (Meilleur film étranger pour Une Séparation et Le Client) ne désespère pas de décrocher la Palme. Histoires parallèles a pour genèse la commande d’une adaptation sérielle libre du Décalogue de Krzysztof Kielsowski. Farhadi s’est finalement emparé de son sixième épisode, Brève histoire d’amour, dédié au péché de luxure, dont il emprunte le dispositif voyeuriste hitchcockien à Fenêtre sur cour. Un jeune repris de justice est engagé comme homme à tout faire au service d’une écrivaine en mal d’inspiration. Armée d’un vieux télescope, l’ermite se repaît du vis-à-vis de son appartement avec le studio de postproduction installée en face. Épiant le trio de bruiteurs, elle projette ses fantasmes sur eux et leur imagine un triangle amoureux. Mais voilà que son hôte s’approprie son récit et entreprend de traverser le boulevard qui sépare les deux immeubles. Il crée ainsi la confusion entre la fiction et le réel, l’une contaminant l’autre, causant des dommages collatéraux irrémédiables. Pour cette composition chorale, Farhadi convoque les noms prestigieux du cinéma français. Il offre, par la même occasion, un record absolu à Isabelle Huppert, dont il s’agit de la vingt-deuxième montée des marches en compétition. Ce rôle de romancière recluse, évoluant en robe de chambre dans le capharnaüm de son antre haussmannien et ne vivant plus que par procuration, lui va comme un gant. Une savoureuse scène de rendez-vous chez son éditrice, campée par Catherine Deneuve, vaut à elle seule le détour tant la rencontre entre les deux monstres sacrés fait des étincelles.
Adam Bessa confirme ici son statut d’espoir du cinéma français, déjà récompensé du Prix de la Meilleure interprétation 2022 dans la section Un certain regard pour Harka. Fasciné par la fabrication du récit, le trublion stalker qu’il incarne vampirise ce qui l’entoure et interroge à la fois l’acte de création en tant que vol et la place du spectateur dans son expérience de la fiction. Ce personnage représente, avec celui d’Huppert, l’un des deux seuls à n’avoir d’existence que dans l’arche narrative ancrée dans le réel, celle où l’on voit sans entendre.
À travers le fil méta de la fiction, l’endroit où l’on sonorise littéralement l’image par le bruitage, Virginie Efira – et dans une moindre mesure, Vincent Cassel et Pierre Niney – hérite d’un double rôle. Car dans ce scénario gigogne et vertigineux, où la fiction exerce un pouvoir sur le réel, c’est pour Efira que la métamorphose, tant physique que caractérielle, est la plus manifeste. Malgré la barrière de la langue, la direction d’acteur de Farhadi est à cet égard admirable.

Virginie Efira et Adam Bessa dans Histoires Parallèles d’Asghar Farhadi / Crédit photo Carole Bethuel
La photographie de Guillaume Desffontaines contribue grandement à la fluidité de la circulation entre les univers réel et fictif. Le premier bénéficiant d’une lumière naturelle quasi-documentaire en accompagnement d’une caméra à l’épaule, tandis qu’une texture plus travaillée vient sublimer, dans le second, les images filmées au steadicam.
Malgré la concentration de tant de talents dans une seule et même œuvre, au terme d’1 h 30 de virtuosité narrative, le dernier tiers du film souffre d’un passage en force scénaristique qui s’avère plus laborieux. On sombre alors dans une intrigue de vaudeville dont l’artificialité entame quelque peu l’adhésion complète pour l’expérience de cinéma qui nous était offerte. Un bémol certes regrettable, sans pour autant être de nature à invalider le savant enchevêtrement de récits qui le précède.
Asghar Farhadi n’est pas le seul cinéaste en compétition à s’intéresser au jeu de miroirs entre réalité et fiction. Pedro Almodovar explore une thématique similaire dans son Autofiction, présenté également à Cannes simultanément à sa sortie salle.
Justine Autissier
- HISTOIRES PARALLÈLES
- Sortie salle : 14 mai 2026
- Réalisation : Asghar Farhadi
- Avec : Isabelle Huppert, Virginie Efira, Vincent Cassel, Pierre Niney, Adam Bessa, India Hair, Catherine Deneuve…
- Scénario : Asghar et Saeed Farhadi
- Production : Alexandre Mallet-Guy
- Photographie : Guillaume Deffontaines
- Montage : Hayedeh Safiyari
- Décors : Emmanuelle Duplay
- Costumes : Khadija Zeggaï
- Musique : Zbigniew Preisner
- Distribution : Memento
- Durée : 2 h 19

