Ressortie/ Le poison de Billy Wilder : critique

Publié par Thierry Carteret le 10 janvier 2018

Synopsis : Birnam devait partir en week-end avec son frère Nick et auparavant assister à un spectacle à l’opéra avec sa fiancée, Helen, qu’il a rencontrée il y a trois ans. Mais une implacable maîtresse l’empêche de réaliser ces deux agréables projets. Plus tentante et cruelle que la plus belle des femmes, elle l’oblige à voler et à traîner de bar en bar. Son nom : alcool. Heureusement l’amour d’Helen le retiendra au bord du gouffre.

♥♥♥♥♥

 

Le Poison - affiche

Le Poison – affiche

Swashbuckler Films ressort Le poison de Billy Wilder en version restaurée ce 10 janvier, exclusivement dans le cinéma indépendant Écoles 21. Ce drame poignant, lauréat de quatre Oscars dans les catégories principales (film, scénario, réalisateur, acteur) et le Grand Prix au Festival de Cannes en 1946, raconte la descente aux enfers d’un écrivain alcoolique trentenaire en panne d’inspiration et sans le sous, superbement campé par Ray Milland (Le crime était presque parfait). Le rôle vaut également à l’acteur de recevoir le Golden Globe et le prix d’interprétation sur la Croisette. Le poison est loin du ton des comédies à succès de son réalisateur (Certains l’aiment chaud et La garçonnière), se rapprochant davantage des classiques du film noir (Assurance sur la mort ou Boulevard du crépuscule). À la manière de L’homme au bras d’or de Otto Preminger -qui décrivait le combat d’un drogué acculé par les dettes, joué par Frank Sinatra-, le récit décortique les mécanismes de l’addiction à l’alcool, et comment ce poison rend dépendant et autodestructeur. Dans un sublime noir et blanc grâce au chef opérateur John F. Seitz (Assurance sur la mort, Boulevard du crépuscule), sous influence du néo-réalisme italien, l’intrigue se déroule le temps d’un week-end, progressant inexorablement vers le drame avant de connaître une guérison par l’amour. Le personnage de Helen, joué avec délicatesse par Jane Wyman (Tout ce que le ciel permet), apparaît comme l’unique chance de s’en sortir pour cet homme talentueux mais brisé. Une chance qu’il peut accepter ou refuser en choisissant de se perdre à jamais dans les bras de son autre maîtresse : la boisson. Wilder fait donc ici de l’alcool une véritable entité démoniaque qui enchaîne le personnage tel un amoureux manipulé par une passion dévorante et destructrice. En témoignent les scènes remarquables de réalisme en caméras cachées où l’on voit le héros déambuler dans les rues de la Troisième Avenue, à la recherche désespérée d’un peu de son breuvage.

 

Le Poison - Billy Wilder

Le Poison – Billy Wilder

 

Une addiction qui conduit cet homme, jadis brillant, aux pires excès et à une attitude antisociale. Certaines scènes sont très fortes comme celle, onirique et cauchemardesque, du délirium tremens, ou encore celle dans le centre de désintoxication pour alcooliques anonymes, tournée dans l’Hôpital de Bellevue. Ray Milland est fantastique dans la peau de cet écrivain perdu, désormais incapable d’écrire une ligne, et dont la vie est totalement vouée à son désir de boire, ne serait-ce qu’une misérable dernière goutte de vieux whisky au fond d’une bouteille. L’alcool agit comme un maître qui empêche la création artistique et la vie tout simplement. Don ne pourra se remettre à écrire que lorsqu’il aura réussi à se libérer de ses chaînes qui le lie à la boisson. Il y a un peu de la personnalité de Vincent van Gogh dans ce personnage dont le frère Wick (Phillip Terry) lui assure son loyer par son argent tout en tentant de contenir son désir d’alcool.

 

Le remarquable scénario, coécrit à quatre mains avec le fidèle Charles Brackett (également producteur), est adapté du roman éponyme de Charles R. Jackson. Le poison assure à Billy Wilder une réputation solide. C’est aussi la première fois à Hollywood que l’alcoolisme est le sujet central d’une œuvre. À sa sortie, malgré les doutes de l’équipe lors du tournage sur ce thème au ressort peu commercial, Le poison est un énorme succès public. C’est désormais un grand classique qu’il est fortement conseillé de revoir ou découvrir via cette très belle ressortie sur grand écran.

 

 

 

  • LE POISON (The Lost Weekend)
  • Ressortie salles : 10 janvier 2018
  • Version restaurée
  • Réalisation : Billy Wilder
  • Avec : Ray Milland, Jane Wyman, Phillip Terry, Howard Da Silva, Doris Dowling, Frank Faylen, Mary Young, Anita Sharp-Bolster…
  • Scénario : Billy Wilder, Charles Brackett
  • Production : Charles Brackett
  • Photographie : John F. Seitz
  • Montage : Doane Harrison
  • Décors : Hans Dreier
  • Costumes : Edith Head
  • Musique : Miklos Rozsa
  • Distribution : Swashbuckler Films
  • Durée : 1h40
  • Sortie initiale : 29 novembre 1945 (États-Unis) – 14 février 1947 (France)

 

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