No dormirás de Gustavo Hernández : critique

Publié par Lucia Miguel le 21 mai 2018

Synopsis: 1984. Dans un hôpital psychiatrique abandonné, une compagnie théâtrale menée de main de maitre par Alma, expérimente une technique extrême de jeu. En privant ses comédiens de sommeil, Alma prétend les préparer à donner le meilleur d’eux-mêmes. Au fur et à mesure des jours d’insomnie, les acteurs ressentent des choses de plus en plus étranges… Bianca, jeune actrice en compétition pour le rôle principal, tente de percer les secrets de cet étrange endroit et devient bientôt l’objet de forces inconnues.

♥♥♥♥♥

 

No dormiras - affiche

No dormiras – affiche

Après un premier long-métrage plus novateur que réussi, The Silent House, le cinéaste uruguayen Gustavo Hernández replonge dans l’épouvante avec No dormirás, un thriller psychologique qui respecte les codes du genre. Tourné avec plus de moyens, grâce à une co-production entre l’Uruguay, l’Argentine et l’Espagne, le film a un suspense bien conduit et une première partie bien ficelée, mais l’ensemble souffre d’une construction et de quelques résolutions pas toujours convaincantes car largement prévisibles. No dormiras possède pourtant de nombreux atouts, dont un postulat de départ très intéressant et un casting époustouflant, mais qui ne sont hélas pas toujours exploités à leur juste mesure. Parfaitement ancré dans son époque, située à la fin des années 1970, avec une photographie virtuose de Bill Nieto (Elefante Blanco), No dormirás se révèle plus abouti formellement. La séquence d’introduction promet des frissons et de l’horreur à l’état pur, avec une actrice enfermée dans une cage en verre et une dramaturge qui explique son expérience devant un public captivé. Cette disposition nous propulse d’emblée dans le milieu du théâtre immersif et laisse présager l’horreur à venir, avec le basculement de la jeune comédienne dans le monde des ténèbres. Le cinéaste crée ainsi, dès le début, deux espaces entre réalité et cauchemar qui ne vont cesser de s’entremêler. Leurs limites vont devenir de plus en plus floues car la fiction va venir occuper ces deux espaces. La mythique Alma Böhm (Belén Rueda), professeure de théâtre brillante mais froide et manipulatrice, réussit peu à peu à s’emparer des âmes de ses comédiens, dont Bianca (Eva de Dominici), une jeune actrice qui manque de confiance. Son objectif est de repousser les limites des acteurs afin d’en extraire un jeu pur et émotionnel, dénué de toute empreinte personnelle. Alma va donc les empêcher de dormir, les plongeant dans un état second qui laisse place à la folie, la paranoïa et l’obsession.

 

No Dormiras

No Dormiras

 

L’hôpital psychiatrique abandonné, qui leur sert à préparer la pièce de théâtre révolutionnaire, répond à une double volonté. Il est d’abord le cadre du récit horrifique, remplissant ainsi les attentes du genre. Il est la matérialisation d’un lieu de mémoire du continent sud-américain, qui récupérait les « déchets » sociaux durant les dictatures de la seconde partie du XXe siècle. Le réalisateur et son scénariste, Juma Fodde, construisent ainsi un dialogue entre le présent de la fiction et l’inconscient collectif de la société sud-américaine. Le lien obscur entre Cecilia (Natalia de Molina), l’autre comédienne, et sa mère dont elle a été séparée à la naissance, ne cesse de rappeler les enlèvements et les disparitions d’enfants durant les dictatures argentines et chiliennes, entre autres. C’est véritablement cet aspect psychanalytique qui devient le plus intéressant ici. Si l’excellente Belén Rueda (L’Orphelinat) ne parvient pas à donner plus de profondeur à son personnage, les deux jeunes actrices, Eva de Dominici et Natalia de Molina (Vivir es fácil con los ojos cerrados) assurent en revanche parfaitement et parviennent à créer de l’empathie chez le spectateur. Eva de Dominici repousse d’ailleurs ses limites aussi loin que son personnage. Outre ses quelques failles narratives et de casting, No dormiras reste un thriller assez prenant. Le suspense bien mené et la réflexion sur la fragilité de la séparation entre lucidité et folie, entre réalité, cauchemar et fiction en font un film attrayant même s’il ne réserve pas de surprises.

 

 

 

  • NO DORMIRAS
  • Sortie salles : 16 mai 2018
  • Réalisation : Gustavo Hernández
  • Avec : Eva de Dominici, Belén Rueda, Natalia de Molina, María Eugenia Tobal, Juan Manuel Guilera, Susana Hornos, Germán Palacios, Joche Rubio…
  • Scénario : Juma Fodde
  • Production : Santiago Segura, Pablo Bossi, Pol Bossi, Agustin Bossi, Juan Ignacio Cucucovich, Maria Luisa Gutiérrez, Juan Pablo Buscarini, Cristina Zumarraga
  • Photographie : Guillermo Bill Nieto
  • Montage : Pablo Zumárraga, Juan Ferro
  • Décors : Marcela Bazzano, Sonia Nolla
  • Costumes : Marcela Vilariño, María José Lebrero
  • Musique : Alfonso González Aguilar
  • Distribution : Eurozoom
  • Durée : 1h46

 

A la Une

Eva Marie Saint, doyenne oscarisée des égéries hitchcockiennes, s’en est allée à l’âge de 102 ans

Légende de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, l’incarnation de la “blonde glaciale” s’est éteinte hier au terme de sept décennies… Lire la suite >>

Expo / Marie-Antoinette de Sofia Coppola à Versailles : dans les coulisses d’un film devenu culte

À l’occasion des vingt ans de Marie-Antoinette, le château de Versailles ouvre les portes des coulisses du film de Sofia… Lire la suite >>

Oscars 2027 :  Minotaure d’Andreï Zviaguintsev choisi pour représenter la France

Réalisé par le Russe Andreï Zviaguintsev et financé par des producteurs français, ce long-métrage engagé ancré dans la Russie contemporaine… Lire la suite >>

Catherine Ringer, voix déjantée des Rita Mitsouko, nous quitte à l’âge de 68 ans

“C’est la mort qui l’a assassinée.” Près de vingt ans après la disparition du guitariste Fred Chichin, son compagnon à… Lire la suite >>

I Play Rocky : une affiche triomphante pour la chronique biographique de la genèse contrariée du film de boxe culte par Peter Farrelly

Ovationnée lors de sa projection en avant-première au Festival International du Film de Toronto (TIFF), la success story entreprend son… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 HEART OF THE BEAST 502 865 1 502 865
2 RESIDENT EVIL 248 732 2 621 548
3 AVENGERS : ENDGAME EXTENDED 220 616 1 220 616
4 GARANCE 214 952 1 214 952
5 JUSTIN LE JUSTE 98 915 1 98 915
6 TOMBE DU CIEL 91 088 7 2 177 990
7 PRIMETIME 78 214 1 78 214
8 SPIDER-MAN : BRAND NEW DAY 76 403 9 8 388 607
9 L'ODYSSEE 76 278 11 8 012 314
10 LA VIE D'UNE FEMME 69 054 3 330 500

Source: CBO Box office

Nos Podcasts