Synopsis : Lucile est une photographe reconnue et indépendante. Lorsque sa mère tombe malade, elle accourt dans la maison de son enfance et y retrouve son frère Paul. Là, ils découvrent que leur mère, autrefois pétillante et entrepreneuse, leur cache des choses… Lucile et Paul comprennent alors qu’ils n’ont plus que quelques jours pour sauver bien plus que les meubles…
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Scénographe de formation, Catherine Cosme était jusqu’à présent reconnue en tant que cheffe décoratrice césarisée pour son travail sur L’inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier. Ce parcours influence ses premiers pas en tant que réalisatrice, et l’attention particulière qu’elle porte à la charge émotionnelle qui habite aussi bien les espaces que les objets. D’autant qu’il s’agit de son histoire personnelle peu commune qui inspire l’intrigue insensée de son premier long métrage. Photographe parisienne sans attaches, Lucile rentre précipitamment dans son village méridional natal, au chevet de sa mère mourante. Au vertige du deuil maternel imminent et soudain s’ajoute celui d’une situation de surendettement alarmante qui l’implique directement, les crédits ayant été contractés au nom de la jeune femme et à son insu. Avec la complicité de son frère, elle entoure sa génitrice dans ses derniers jours, tout en tentant d’éclaircir les zones d’ombres du récit familial. Qu’hérite-t-on vraiment de nos parents ? En décalage de ton avec la suite des événements, la séquence d’exposition nous immerge dans l’artifice d’un shooting photo de célébrité. Elle remplit le double office d’introduire l’héroïne dans sa vie professionnelle citadine et branchée, tout en abordant le sujet du revenu universel au moyen d’un cameo saugrenu de Benoît Hamon. Passé cette mise en bouche politique d’apparence austère, c’est pourtant moins le terrain du drame sociétal pur et dur à la Stéphane Brizé qu’investit Catherine Cosme, que celui de l’intime à portée universelle.

Vimala Pons dans Sauvons les meubles de Catherine Cosme – Crédit 2025 Helicotronc, / Tripode Productions et Alva Film
Lorsqu’on retrouve Lucile dans ses pénates du Sud, elle tranche avec la couleur locale. D’emblée, elle apparaît comme une transfuge de classe au style vestimentaire urbain, abusant d’anglicismes snobs, comme étrangère dans sa propre famille. Dans le prolongement de L’Attachement de Carine Tardieu, où il ne lui aura fallu que quelques minutes de présence à l’écran pour rafler le César du meilleur second rôle féminin, Vimala Pons prête au personnage la vulnérabilité fantasque de son jeu qui s’exprime dans les interstices. Hasard de calendrier, l’équilibriste du cinéma français prend également l’affiche de La Vénus électrique de Pierre Salvadori en ouverture du 79e Festival de Cannes.
La catalyse de la révélation des non-dits propulse rapidement notre protagoniste dans un dilemme cornélien impossible. En ce moment décisif où l’indicible peut encore être dit, elle se retrouve déchirée entre accompagner paisiblement sa mère dans ses derniers instants et solder ses comptes au sens propre comme au figuré. L’urgence de l’ultime conversation à l’heure de la perte se fait d’autant plus pressante que Lucile peine à ne pas voir en cette plaie d’argent la preuve du déficit d’amour au cœur de leur relation filiale chaotique, qui se redessine à l’épreuve du réel.
Face à elle, Guilaine Londez apporte à son personnage de matriarche écrasée par la honte sociale toute l’authenticité de son accent chantant doublée d’une dignité inébranlable. Jean-Luc Piraux touche en figure paternelle manifestement hors sol, qui ne veut rien entendre au point de rechigner à porter ses appareils auditifs. Yoann Zimmer complète cette cellule familiale dysfonctionnellement attachante dans le rôle du frangin conciliant, bien en peine de savoir sur quel pied danser.

Vimala Pons dans Sauvons les meubles de Catherine Cosme – Crédit 2025 Helicotronc, / Tripode Productions et Alva Film
La constellation de seconds rôles qui gravite autour d’eux relève davantage de l’esquisse purement fonctionnelle que de la caractérisation à proprement parler. Du stéréotype de l’infirmière attentionnée, au bal des créanciers glaçants de cynisme face à la systémique des crédits à la consommation qui prospèrent sur le dos des plus précaires, tous paraissent relativement sous-écrits.
Chacun est pourtant vecteur de respirations humoristiques discrètes et salutaires. Ces dissonances burlesques teintent le récit d’adieu d’une couleur douce-amère de tragicomédie. Il en est ainsi d’une leçon de conduite qui prend une tournure inattendue de séance de psychothérapie, ou encore du chapardage nocturne des souvenirs d’une vie par une bande d’amis en perruques blondes du meilleur effet.
Tout en retenue pudique, sans jamais verser ni dans la mièvrerie ni dans le jugement, Sauvons les meubles est parcouru d’une sincérité profonde, à la fois tendre et délicate. L’inéluctable scène de réconciliation mère-fille, où Lucile recourt à son mode d’expression de prédilection en passant derrière l’objectif le temps d’une ultime séance photo improvisée prenant la condamnée pour sujet, en est l’illustration parfaite.
Justine Autissier
- SAUVONS LES MEUBLES
- Sortie salle : depuis le 6 mai 2026
- Réalisation et scénario : Catherine Cosme
- Avec : Vimala Pons, Yoann Zimmer, Guilaine Londez, Jean-Luc Piraux, Jane Cosme Van Handehove, Ophélie Bau, Michaël Bier, Marion Guerrero, Mehdi Dieng, Bruno Podalydès, Dominique Reymond, Benoit Hamon, Frédéric Roudier…
- Production : Julie Esparbes
- Photographie : Caroline Guimbal
- Montage : Bertrand Conard
- Décors : Mathilde Ferry
- Costumes : Hélène Honhon
- Musique : Nicolas Rabaeus
- Distribution : New Story
- Durée : 1 h 26
