
Tim curry, de g. à dr. : The Rocky Horror Picture Show, Legend, Ça, Maman j’ai encore raté l’avion !
Lourdement handicapé depuis une quinzaine d’années des suites d’un grave accident vasculaire cérébral, l’acteur britannique s’est éteint mardi 25 août. Il avait le don de sublimer chacun de ses mémorables rôles d’antagonistes déjantés avec ce supplément d’âme dont il avait le secret.
Natif de l’immédiat après-guerre, Timothy James Curry est le fils d’un aumônier de la marine. Ballotté au gré des mutations paternelles, il intègre les chorales d’églises et se forge un sens de l’humour, facilitant son intégration à chaque nouveau déracinement.
Dès la fin des années soixante, il fait ses armes sur les planches du West End, où il fait la rencontre déterminante de Richard O’Brien. Il lui confie le rôle de l’excentrique Docteur Frank-N-Furter dans son pastiche musical de séries B délicieusement déjanté, The Rocky Horror Picture Show. Assumant corset, bas résilles, porte-jarretelles et maquillage outrancier, Tim Curry y livre une performance flamboyante indélébile.
Triomphe de la scène londonienne, l’adaptation cinématographique sort dans l’indifférence la plus totale, avant de devenir le phénomène culte qui déchaîne les séances de minuit depuis plus d’un demi-siècle. Cosplaying, répliques vociférées depuis la salle, mouvements frénétiques du bassin dans les allées, jets de rouleaux de papier toilette, et autres saucisses de Francfort bombardées sur l’écran… L’expérience est unique en son genre !
Hollywood accueille Curry à bras ouverts, mais son européanité et son large sourire inquiétant le condamnent, au choix, aux rôles de majordomes ou bien à ceux de grands méchants. Qu’à cela ne tienne ! Il prête ses traits à l’escroc Rooster Hannigan dans l’adaptation de la comédie musicale Annie par John Huston, puis les dissimule derrière d’impressionnantes couches de maquillage pour camper le démoniaque Seigneur des Ténèbres de Legend, épopée fantastique de Ridley Scott. Enfin, le slapstick au tempo comique impeccable de son majordome Wadsworth font de l’adaptation screwball du jeu de plateau Cluedo un film culte.
Au tournant des années 1990, le sourire glaçant de son Grippe-sou traumatise toute une génération. De nombreux spectateurs de la mini-série horrifique Ça, adaptée du best seller de Stephen King par Tommy Lee Wallace, souffrent encore à ce jour de séquelles coulrophobes.
Sous les feux de la rampe, il cumule trois nominations aux Tony Awards pour sa partition de vedette déchue sombrant dans l’alcool dans My Favorite Year, pour la création du rôle-titre d’Amadeus à Broadway face à Ian McKellen et Jane Seymour, et pour celle du Roi Arthur dans Spamalot, adaptation scénique délirante de Monty Python : Sacré Graal !.
Le cinéma le cantonne pourtant aux seconds rôles. Il incarne tour à tour le médecin sous-marinier Docteur Petrov dans le thriller d’espionnage À la poursuite d’Octobre Rouge de John McTiernan, le concierge suspicieux du Plaza dans Maman j’ai encore raté l’avion ! de Chris Columbus, le Cardinal Richelieu dans l’adaptation des Trois Mousquetaires par Disney, Gomez Addams dans le direct-to-video La Famille Addams : Les Retrouvailles, ou encore l’antagoniste du reboot de Charlie et ses drôles de dames.
Sur le petit écran, le guest-starring lui offre toutefois l’opportunité de briller. C’est ainsi qu’il décroche une nomination aux Emmy Awards pour un épisode de la série culte d’anthologie horrifique Les Contes de la crypte, où il interprète chacun des trois membres d’une famille de rednecks psychopathes. Sa tessiture de baryton lui ouvre une carrière florissante de doubleur, prêtant notamment sa voix à Nigel, patriarche aventurier du dessin animé Nickelodeon La Famille Delajungle. Pour son ultime rôle, il marque les esprits en endossant le rôle de Billy Flynn, aka “le Prince des Ténèbres” le temps d’une arche en deux parties de la série procédurale Esprits Criminels.
Depuis l’AVC qui l’avait cloué dans un fauteuil roulant, Tim Curry vivait principalement de ses activités de doublage.
Suite à l’annonce de sa disparition, les hommages affluent :
“Quel original drôle et sexy, il faisait ! Mais ce que j’aimais le plus chez lui, c’était son grand cœur. Même en fauteuil roulant, il restait adorable et généreux avec ses fans. Merci Tim de tout ce que tu représentes au yeux de tant de personnes.” (Susan Sarandon)
“Personne ne jouait les méchants mieux que lui. C’était un ami très cher. L’avoir connu est une bénédiction.” (Carol Burnett)
“C’était une force de la nature, une flamme incandescente, au charme exquis et au timbre vocal riche. Il fut une inspiration pour moi et tant d’autres de par ses rôles et l’effet produit sur nous. Il n’y aura qu’un seul Tim Curry. Nous autres n’aurons qu’à faire de notre mieux pour tenter d’égaler la magie de ce rôle que je viens de passer les sept derniers mois à interpréter…” (Luke Evans)
Justine Autissier