Refroidis de Hans Petter Moland: critique

Publié par François Taing le 8 septembre 2014

Synopsis : La Norvège, l’hiver. Nils, conducteur de chasse-neige, tout juste gratifié du titre de citoyen de l’année, apprend le décès de son fils par overdose. Réfutant cette version officielle, il se lance à la recherche des meurtriers, et va se forger une réputation de justicier anonyme dans le milieu de la pègre. Si la vengeance est un plat qui se mange froid, la sienne sera glacée !

 

♥♥♥♥♥

 

refroidis de Hans Petter Moland - affiche francaise

refroidis de Hans Petter Moland – affiche francaise

Quatre ans après Un Chic Type, Hans Petter Moland retrouve pour la quatrième fois son ami et acteur fétiche Stellan Skarsgård. Ce dernier a explosé en quelques années sa cote de popularité en jouant dans les plus grandes productions internationales comme les deux volets de Thor et d’Avengers pour le compte de Marvel. Dans Refroidis, la star scandinave de 63 ans incarne Nils Dickman, un conducteur de chasse-neige et père de famille, fraîchement élu citoyen de l’année et à qui la mafia locale va arracher son fils, soi-disant mort d’une overdose. La police n’a pas l’intention de pousser l’enquête plus avant, étant elle-même totalement accessoire dans l’intrigue. Ce père décide donc de se faire justice lui-même. A partir de ce simple pitch, dont le récit est à nouveau écrit par le scénariste d’Un Chic Type, on pourrait s’attendre à un revenge movie classique. Mais Hans Petter Moland ne l’entend pas de cette manière et le prouve dès les vingt premières minutes par une exposition radicale de ce personnage en apparence las et fatigué par la vie. Refroidis, présenté à la Berlinale et reparti trois mois plus tard avec le Grand Prix au festival du film policier de Beaune, manipule avec brio les tonalités entre gravité et humour noir dans un thriller de vengeance d’une froideur implacable. Stellan Skarsgård ne se dévoile pas seulement en simple père vengeur, il devient ici une véritable machine à tuer imperturbable, accumulant les cadavres les uns après les autres sans aucune pitié.

 

Stellan Skarsgard dans Refroidis de Hans Petter Moland - Chrysalis Films

Stellan Skarsgard dans Refroidis de Hans Petter Moland – Chrysalis Films

 

Mais toute la force du réalisateur est de savoir se réapproprier les codes du genre en usant à bon escient de certaines références filmiques dispersées tout au long de cette septième œuvre. On retrouve certes le cadre esthétique et l’ambiance décalée de Fargo, constitués ici de plans larges de paysages enneigés de la Norvège à perte de vue avec ses montagnes indéboulonnables. Cependant Refroidis nous plonge davantage dans une atmosphère de western contemporain nordique, souligné par une musique immersive et lancinante qui nous hante encore l’esprit quelques heures durant, avec une structure narrative chapitrée façon Kill Bill. Ainsi dans cette province isolée où cohabitent citoyens à la vie monotone et trafiquants de drogue, Moland et son scénariste configurent efficacement la trajectoire de ce justicier, dénué de toute moralité, face à un éventail de personnages volontairement caricaturaux. Les prestations savoureuses de Pål Sverre Hagen dans la peau du chef de gang, surnommé Le Comte, aussi imprévisible que pathétique, qui tente parallèlement de remplir son ‘rôle de père’ avec son ex-femme, et de Bruno Ganz en patron vieillissant de la mafia serbe dit Papa, s’imposent face à Stellan Skarsgard.

 

Pal Sverre Valheim Hagen dans Refroidis de Hans Petter Moland - Chrysalis Films

Pal Sverre Valheim Hagen dans Refroidis de Hans Petter Moland – Chrysalis Films

 

Les auteurs esquissent aussi des personnages secondaires hauts en couleur qui conversent de tout et de rien. Tous ont des convictions absurdes sur la société moderne, les autochtones et l’éducation des enfants, représentant une source d’humour des plus appréciables. Car la thématique de la paternité est en fil rouge dans le récit qui ne souffre d’aucun temps mort, même si certains gags tombent complètement à plat comme le Comte frappant inutilement sa femme au visage. Si Refroidis ne se démarque pas pleinement des œuvres référentielles du genre, Hans Petter Moland parvient néanmoins à poser un regard désopilant sur le mode de vie de ces gangsters fanatiques tout en gardant un aspect sérieux et bouleversant. L’œuvre gagne aussi nos faveurs à travers les magnifiques images contemplatives de ce panorama neigeux immaculé, personnage rude et insaisissable à part entière. Si le dénouement plutôt convenu peut refroidir quelque peu l’ensemble, ce thriller de vengeance, entre guerre et représailles, combine habilement les genres et s’avère être une bonne surprise nordique bien givrée et sanglante.

 

François Taing

 

 

 

  • REFROIDIS (Kraftidioten) réalisé par Hans Petter Moland en salles le 24 septembre 2014.
  • Avec : Stellan Skarsgård, Bruno Ganz, Pål Sverre Valheim Hagen, Tobias Santelmann, Jakob Oftebro, Birgitte Hjort Sørensen, Kristofer Hivju, Sergej Trifunovic, Anders Baasmo Christiansen, Peter Andersson.
  • Scénario : Kim Fupz Aakeson
  • Production : Finn Gjerdrum et Stein B. Kvae
  • Photographie : Philip Øgaard
  • Montage : Jens Christian Fodstad
  • Décors : Jorgen Stangebye Larsen
  • Costumes : Anne Pedersen
  • Musique : Brian Batz et Kaspar Kaae
  • Distribution : Chrysalis Films
  • Durée : 1h56

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