Série/ House of Cards (saisons 1, 2 et 3): critique

Publié par Guillaume Ménard le 23 mars 2015

Synopsis : Frank Underwood, politique démocrate à Washington, est élu à la chambre des représentants. Le président des Etats-Unis, qui lui avait promis le poste de secrétaire d’Etat une fois élu, décide de confier le titre à un autre. Frank, fou de rage, met en place une stratégie impitoyable pour gravir les échelons, à l’aide de son bras droit Douglas Stamper et de sa femme Claire.

 

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House of Cards - affiche

House of Cards – affiche

Nombreuses sont les séries britanniques qui font l’objet d’une adaptation américaine. House Of Cards en est un exemple réussi. À l’origine, une mini-série diffusée en 1990 sur la chaîne BBC, tirée du roman éponyme de Michael Dobbs. On y découvrait un député à la chambre des communes se préparant à une vengeance après la promesse non tenue d’un poste qu’il devait occuper. La même trame est donc reprise en 2013 par Netflix, transposée outre-Atlantique. Un franc succès pour cette création originale de la chaîne qui tient là l’une de ses premières vraies réussites. Avec ses trois saisons de treize épisodes chacune, le créateur de la série, Beau Willimon, frappe un grand coup, parvenant à faire rentrer le téléspectateur dans une intrigue purement politique. C’est sans aucun doute grâce à la réalisation virtuose de David Fincher, à la barre des deux premiers épisodes. Il introduit avec une noirceur majestueuse un binôme brillant, à la hauteur du sujet, avec Kevin Spacey dans le rôle de Frank Underwood et de Robin Wright interprétant sa femme Claire. Deux acteurs qui ont déjà collaboré avec le maître, l’un sur Seven et l’autre sur MILLENIUM (notre critique). House Of Cards s’ouvre sur une scène emblématique intrinsèque à la nature féroce et inflexible du personnage principal. Ecran noir, traversé par le son agressif d’un crissement de pneus et d’un choc, suivi d’un aboiement proche de l’agonie. Le premier plan dévoile la porte d’une maison qui s’ouvre, laissant apparaître Frank Underwood. Un travelling millimétré suit l’homme dans la rue qui rassure le chien agonisant, avant d’engager un monologue sur la souffrance et la patience. Le regard de Frank balaie la rue, avant de s’arrêter sur la caméra en étranglant le canidé. L’aparté surprend, nous concerne davantage car il transforme cet antihéros de fiction en un interlocuteur à sens unique. Underwood brise le quatrième mur s’adressant directement à nous et bouleverse ainsi la structure narrative télévisuelle. On pense à un savant mélange entre le burlesque (les regards caméra de Woody Allen) et l’effroi (l’axe des tueurs de Funny Games d’Haneke). Dès cette première séquence, toutes les caractéristiques sous-jacentes de la série sont présentes : la relation dominant-dominé, le caractère prédateur (et donc, animal), et l’impatience.

 

Kevin Spacey dans House of Cards (saison 1)

Kevin Spacey dans House of Cards (saison 1)

 

La première saison fonctionne en deux temps, avec pour fil rouge l’ambition sans limites de Frank Underwood. D’un côté, nous suivons l’élu à la chambre des représentants, et aussi Whip en chef de la majorité du parti démocrate à la Chambre des représentants ainsi que les autres acteurs de la vie politique (du président au chef de cabinet). De l’autre, les journalistes du Washington Herald en quête de scoops, avec plus particulièrement l’ambitieuse Zoé Barnes (Kate Mara). Celle-ci va entretenir une relation opportuniste avec Frank, en échange d’informations qu’il choisit de lui délivrer. L’accent est porté sur cette relation amour/haine entre la politique et le journalisme, démontrant que l’un ne peut exister sans l’autre. Ce rythme du récit fonctionne à merveille, le point de vue journalistique, destiné à informer avant tout le public, est informatif. Dans cette mesure, nous arrivons à saisir aisément les tenants et aboutissants de cette politique américaine.

 

Le cadre de l’action se limite la plupart du temps aux endroits-clés, comme le Capitole et la Maison Blanche. C’est dans ces lieux que Frank va exercer son pouvoir, et ce, dès le premier épisode. Tous les moyens sont bons pour arriver au sommet : intimidation, chantage, mensonge, manipulation. Si Frank a une part d’action dans cette mécanique machiavélique, c’est surtout Douglas Stamper (Michael Kelly), son homme de terrain, qui s’occupe de dissimuler les méfaits de son supérieur. Ainsi, les scènes se succèdent à un rythme soutenu par une tension grandissante. Les intrigues se conçoivent comme une partie d’échecs, chaque personnage secondaire, quelle que soit son importance au sein des institutions, est un pion dirigé par Frank pour l’amener à remporter une offensive par un « coup », tout en protégeant ses arrières. Ces treize premiers épisodes s’articulent donc autour de la politique sociale américaine. Rien d’étonnant dans la mesure où le gouvernement est démocrate. Le grand combat de cette première partie s’incarne dans le vote d’un projet sur l’éducation que Frank compte mener à terme malgré les foudres républicaines afin de regagner le respect du président.

 

Kate Mara dans House of Cards (saison 1)

Kate Mara dans House of Cards (saison 1)

 

Par ce conflit, les revirements de situation sont réguliers et excellemment mis en scène. La caméra, très mobile par ses travellings, suit les personnages dans les corridors de l’administration, et donne ainsi l’impression d’une marche guerrière. Les plans serrés sont légion sur les personnages au visage crispé, et arrivent à transformer un vote en une bataille épique et un dialogue en une exécution à mort. Le cadrage des émotions est ainsi percutant. On peut y lire la détresse et la peur dans les contrechamps chez les adversaires de Frank. Ce souffle dynamique de la réalisation est parfaitement servi par une bande originale noire et angoissante de Jeff Beal. Les morceaux instrumentaux sont marqués par un piano inquiétant et des envolées mélancoliques au violon, secoués par les roulements de tambours militaires, qui font planer une menace perpétuelle. C’est ce que le générique d’ouverture personnifie, avec un score jazzy, qui projette en accéléré les différents visages de la ville de Washington, où les nuages défilent au-dessus des monuments.

 

Cette entrée en matière met parfaitement en lumière la temporalité de la vie politique, précipitée et imprévisible. La première saison couvre ainsi une année avec des ellipses récurrentes entre les épisodes qui restent d’une cohérence implacable. Cependant, à l’inverse de cette vitesse vertigineuse, on constate dans la structure des moments troubles, figés dans le temps, représentés dans des passages entre Frank et Claire. Au milieu de cette guerre politique, les dialogues entre les époux et leur jogging régulier nous en apprennent beaucoup sur leurs personnalités et leur passé, plus obscurs qu’il n’y paraît. Ces séquences sont l’occasion de répliques cinglantes, échangées en toute sérénité. L’exemple le plus probant est leur tradition nocturne. Frank réfléchit à la fenêtre à son prochain stratagème en fumant une cigarette qu’il partage avec Claire. La cigarette représente ici l’allégorie du temps qui passe, la thématique du chaos inhérente à la combustion. Leur confiance repousse les limites du modèle traditionnel du couple, et par là-même, flirte avec la perversité.

 

Cette relation est le noyau dur de House Of Cards, basé sur une confiance et une foi en l’autre imperturbables, une tolérance sur leurs agissements à toute épreuve. Le duo avance chacun de son côté, arme réflexive à la main, avec le même objectif. À la fin de la première saison, c’est l’arrivée de Raymond Tusk (Gerald McRaney), homme d’affaires milliardaire, qui vient noircir les desseins de Frank, à propos de la nomination d’un nouveau vice-président. Ce personnage aux multiples facettes élève la partie à un niveau plus complexe. Le final étonne ainsi par sa virtuosité scénaristique et place Frank dans une logique de non-retour devenant vice-président. Comme il le formule : « pour ceux grimpant la chaîne alimentaire, il ne peut y avoir de pitié ».

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Source: CBO Box office

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