Je suis toujours là de Walter Salles : critique

Publié par CineChronicle le 24 février 2025

Synopsis : En pleine dictature militaire brésilienne, en 1971, Eunice Paiva tente de faire éclater la vérité sur l’arrestation et la disparition mystérieuse de son époux Rubens, tout en luttant pour préserver et soutenir ses cinq enfants.

♥♥♥♥♥

 

Je suis toujours la - affiche

Je suis toujours là – affiche

Parmi les films marquants de ce début d’année 2025, Je suis toujours là a bien sa place. À sa sortie, une critique du journal Le Monde a défrayé la chronique au Brésil, en qualifiant la performance de l’actrice principale, Fernanda Torres (Parle-moi d’amour, Terre lointaine) de « monocorde ». Vu comme une insulte, l’incident a alimenté des accusations de chauvinisme, et a mis en lumière des débats sur la perception du cinéma brésilien à l’international, notamment sa tendance à être sous-estimé. Ce drame biographique s’impose pourtant déjà comme une œuvre poignante et inoubliable. Il se trouve fort d’une mise en scène exceptionnelle opérée par Walter Salles, réalisateur du road movie acclamé Central do Brasil (1998). Dans son nouveau long-métrage, le metteur en scène brésilien retrace l’histoire véridique d’une famille brisée par la répression de la dictature militaire au Brésil (1964-1985). Il plonge ainsi dans l’enfer de ces années sombres à travers le destin de ce foyer, dont la vie bascule du jour au lendemain. Dès les premières minutes, le film installe une ambiance chaleureuse, presque insouciante. En 1971, la famille Paiva vit à Rio de Janeiro, dans une maison en bord de mer, où l’amour et les éclats de rire rythment le quotidien de parents et enfants. Tout semble aller pour le mieux mais cet équilibre est brutalement rompu par l’arrestation soudaine du père de famille et ancien député du parti travailliste brésilien, Rubens (Selton Mello), dont la trace ne sera jamais retrouvée. Loin d’être un simple drame, Je suis toujours là illustre la violence d’un régime oppressif qui, au-delà des disparus, laisse derrière lui des survivants hantés par l’absence et l’impossibilité du deuil.

 

Fernanda Torres dans Je suis toujours la de Walter Salles

Fernanda Torres dans Je suis toujours là de Walter Salles

 

Au cœur de cette tragédie se trouve Eunice, incarnée par une Fernanda Torres d’une justesse bouleversante, qui livre ici l’une des performances les plus percutantes de l’année. Mère de famille, femme forte mais brisée, elle lutte pour préserver ses enfants de la menace et la souffrance de la tragédie qui les frappe, tout en cherchant désespérément la vérité sur le sort de son mari. Son combat silencieux, sa douleur contenue et son courage face à l’injustice rendent chaque instant particulièrement émouvant. Il est difficile de ne pas être submergé d’émotion en la voyant affronter seule une réalité implacable, et tenter tant bien que mal de maintenir sa famille debout.

 

Je suis toujours là se distingue d’autres œuvres pouvant traiter de la dictature sur sa capacité à rendre l’horreur profondément intime. Plutôt que de se focaliser sur la répression à grande échelle, Walter Salles choisit de raconter une tragédie individuelle qui résonne de manière universelle. Nul besoin d’être historien pour être touché par cette dure période et les événements présentés à l’écran : il suffit d’être humain. À travers la famille Paiva, c’est en réalité le destin de milliers d’autres qui est raconté, sans tomber dans l’excès de pathos ou le sensationnalisme.

 

Je suis toujours la de Walter Salles

Je suis toujours là de Walter Salles

 

L’émotion qui se dégage est brute, sincère. Le contraste entre le début et la seconde partie du film est nettement visible : d’une atmosphère empreinte de légèreté, joviale, lumineuse et musicale, les protagonistes basculent subitement dans l’obscurité, l’horreur, la peur, le silence.  Même s’il est certes assez appuyé dans un souci d’impact dramatique, ce procédé est vite excusé tant la volonté d’authenticité est évidente. Chaque personnage, même secondaire, apporte profondeur et intensité au récit.

 

Walter Salles réalise une œuvre importante, qui résonne avec les tendances actuelles de regain de régimes autoritaires à travers le monde. Elle a remporté le prix du Meilleur scénario à la Mostra de Venise, tandis que Fernanda Torres a décroché le Golden Globe de la Meilleure actrice. Reste maintenant à voir si le Brésil sera aussi mis à l’honneur lors de la 97e cérémonie des Oscars le 2 mars prochain.

 

Norane Chiali

 

 

 

  • JE SUIS TOUJOURS LÀ (Ainda Estou Aqui)
  • Sortie salles : depuis le 15 janvier 2025
  • Réalisation : Walter Salles
  • Avec : Fernanda Torres, Fernanda Montenegro, Selton Mello, Antonio Saboia, Maeve Jinkings, Marjorie Estiano, Humberto Carrão, Valentina Herszage…
  • Scénario : Murilo Hauser et Heitor Lorega
  • Production : Video Filmes, RT Features, MACT
  • Photographie : Adrian Teijido
  • Montage : Affonso Gonçalves
  • Décors : Carlos Conti
  • Costumes : Cláudia Kopke
  • Musique : Warren Ellis
  • Distribution :  StudioCanal
  • Durée : 2 h 15

  

A la Une

Expo / Marie-Antoinette de Sofia Coppola à Versailles : dans les coulisses d’un film devenu culte

À l’occasion des vingt ans de Marie-Antoinette, le château de Versailles ouvre les portes des coulisses du film de Sofia… Lire la suite >>

Oscars 2027 :  Minotaure d’Andreï Zviaguintsev choisi pour la représenter la France

Réalisé par le Russe Andreï Zviaguintsev et financé par des producteurs français, ce long-métrage engagé ancré dans la Russie contemporaine… Lire la suite >>

Catherine Ringer, voix déjantée des Rita Mitsouko, nous quitte à l’âge de 68 ans

“C’est la mort qui l’a assassinée.” Près de vingt ans après la disparition du guitariste Fred Chichin, son compagnon à… Lire la suite >>

I Play Rocky : une affiche triomphante pour la chronique biographique de la genèse contrariée du film de boxe culte par Peter Farrelly

Ovationnée lors de sa projection en avant-première au Festival International du Film de Toronto (TIFF), la success story entreprend son… Lire la suite >>

Sandra Hüller incarnera l’écrivain Wolfgang Herrndorf dans le prochain film de Maria Schrader

Sandra Hüller continue d’enchaîner les projets aux horizons très différents. L’actrice allemande prêtera ses traits à l’écrivain Wolfgang Herrndorf dans… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 HEART OF THE BEAST 502 865 1 502 865
2 RESIDENT EVIL 248 732 2 621 548
3 AVENGERS : ENDGAME EXTENDED 220 616 1 220 616
4 GARANCE 214 952 1 214 952
5 JUSTIN LE JUSTE 98 915 1 98 915
6 TOMBE DU CIEL 91 088 7 2 177 990
7 PRIMETIME 78 214 1 78 214
8 SPIDER-MAN : BRAND NEW DAY 76 403 9 8 388 607
9 L'ODYSSEE 76 278 11 8 012 314
10 LA VIE D'UNE FEMME 69 054 3 330 500

Source: CBO Box office

Nos Podcasts