Synopsis : En pleine dictature militaire brésilienne, en 1971, Eunice Paiva tente de faire éclater la vérité sur l’arrestation et la disparition mystérieuse de son époux Rubens, tout en luttant pour préserver et soutenir ses cinq enfants.
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Parmi les films marquants de ce début d’année 2025, Je suis toujours là a bien sa place. À sa sortie, une critique du journal Le Monde a défrayé la chronique au Brésil, en qualifiant la performance de l’actrice principale, Fernanda Torres (Parle-moi d’amour, Terre lointaine) de « monocorde ». Vu comme une insulte, l’incident a alimenté des accusations de chauvinisme, et a mis en lumière des débats sur la perception du cinéma brésilien à l’international, notamment sa tendance à être sous-estimé. Ce drame biographique s’impose pourtant déjà comme une œuvre poignante et inoubliable. Il se trouve fort d’une mise en scène exceptionnelle opérée par Walter Salles, réalisateur du road movie acclamé Central do Brasil (1998). Dans son nouveau long-métrage, le metteur en scène brésilien retrace l’histoire véridique d’une famille brisée par la répression de la dictature militaire au Brésil (1964-1985). Il plonge ainsi dans l’enfer de ces années sombres à travers le destin de ce foyer, dont la vie bascule du jour au lendemain. Dès les premières minutes, le film installe une ambiance chaleureuse, presque insouciante. En 1971, la famille Paiva vit à Rio de Janeiro, dans une maison en bord de mer, où l’amour et les éclats de rire rythment le quotidien de parents et enfants. Tout semble aller pour le mieux mais cet équilibre est brutalement rompu par l’arrestation soudaine du père de famille et ancien député du parti travailliste brésilien, Rubens (Selton Mello), dont la trace ne sera jamais retrouvée. Loin d’être un simple drame, Je suis toujours là illustre la violence d’un régime oppressif qui, au-delà des disparus, laisse derrière lui des survivants hantés par l’absence et l’impossibilité du deuil.
Au cœur de cette tragédie se trouve Eunice, incarnée par une Fernanda Torres d’une justesse bouleversante, qui livre ici l’une des performances les plus percutantes de l’année. Mère de famille, femme forte mais brisée, elle lutte pour préserver ses enfants de la menace et la souffrance de la tragédie qui les frappe, tout en cherchant désespérément la vérité sur le sort de son mari. Son combat silencieux, sa douleur contenue et son courage face à l’injustice rendent chaque instant particulièrement émouvant. Il est difficile de ne pas être submergé d’émotion en la voyant affronter seule une réalité implacable, et tenter tant bien que mal de maintenir sa famille debout.
Je suis toujours là se distingue d’autres œuvres pouvant traiter de la dictature sur sa capacité à rendre l’horreur profondément intime. Plutôt que de se focaliser sur la répression à grande échelle, Walter Salles choisit de raconter une tragédie individuelle qui résonne de manière universelle. Nul besoin d’être historien pour être touché par cette dure période et les événements présentés à l’écran : il suffit d’être humain. À travers la famille Paiva, c’est en réalité le destin de milliers d’autres qui est raconté, sans tomber dans l’excès de pathos ou le sensationnalisme.
L’émotion qui se dégage est brute, sincère. Le contraste entre le début et la seconde partie du film est nettement visible : d’une atmosphère empreinte de légèreté, joviale, lumineuse et musicale, les protagonistes basculent subitement dans l’obscurité, l’horreur, la peur, le silence. Même s’il est certes assez appuyé dans un souci d’impact dramatique, ce procédé est vite excusé tant la volonté d’authenticité est évidente. Chaque personnage, même secondaire, apporte profondeur et intensité au récit.
Walter Salles réalise une œuvre importante, qui résonne avec les tendances actuelles de regain de régimes autoritaires à travers le monde. Elle a remporté le prix du Meilleur scénario à la Mostra de Venise, tandis que Fernanda Torres a décroché le Golden Globe de la Meilleure actrice. Reste maintenant à voir si le Brésil sera aussi mis à l’honneur lors de la 97e cérémonie des Oscars le 2 mars prochain.
Norane Chiali
- JE SUIS TOUJOURS LÀ (Ainda Estou Aqui)
- Sortie salles : depuis le 15 janvier 2025
- Réalisation : Walter Salles
- Avec : Fernanda Torres, Fernanda Montenegro, Selton Mello, Antonio Saboia, Maeve Jinkings, Marjorie Estiano, Humberto Carrão, Valentina Herszage…
- Scénario : Murilo Hauser et Heitor Lorega
- Production : Video Filmes, RT Features, MACT
- Photographie : Adrian Teijido
- Montage : Affonso Gonçalves
- Décors : Carlos Conti
- Costumes : Cláudia Kopke
- Musique : Warren Ellis
- Distribution : StudioCanal
- Durée : 2 h 15


