
Gene Hackman dans Conversation secrète (1974), L’épouvantail (1973), French Connection (1971) et Superman (1978)
Les corps de l’acteur et de son épouse, la pianiste Betsy Arakawa, ont été retrouvés dans leur demeure de Santa Fe. Leur décès remonterait à plusieurs jours. Les rapports d’autopsie et de toxicologie sont toujours en cours.
C’est le shérif du comté de Santa Fe qui a annoncé la mort du couple, dans des circonstances particulières. Gene Hackman, âgé de 95 ans, et son épouse, âgée de 65 ans, ont été retrouvés dans deux pièces différentes de leur maison, comme au cours d’activités quotidiennes. Inquiets, des voisins et un associé de l’acteur avaient téléphoné à la police.
Pour l’instant, rien n’indique qu’il s’agisse d’un acte criminel. Après obtention de mandats de perquisition et analyse des lieux, la presse relaye que « La mort des deux individus est suffisamment suspecte pour mener des recherches et une investigation approfondies. » L’une des hypothèses proposées par la fille de l’acteur, Elizabeth Jean Hackman, serait une intoxication au monoxyde de carbone. Cependant, aucune trace de gaz n’a été trouvée dans la demeure.
Si les questions sur les circonstances de la mort du couple restent entières selon les récentes informations, les hommages affluent. Clint Eastwood, Mel Brooks, Tom Hanks, Francis Ford Coppola, Morgan Freeman, tous louent l’immense carrière du grand Gene Hackman.
L’homme est né le 30 janvier 1930 dans l’État de Californie, à San Bernardino. Il a mis longtemps avant de trouver sa voie. À 16 ans, il s’engage dans le Corps des Marines en mentant sur son âge. Il est opérateur radio en Chine, c’est-à-dire qu’il s’occupe de la réception et de la transmission des messages radio.
En 1949, il est réassigné à Hawaï et au Japon. Il quitte l’armée en 1951 alors qu’il était caporal et revient aux États-Unis, dans la ville de New York, où il navigue de job en job.
Il étudie ensuite le journalisme et la production télévisée à l’Université de l’Illinois avant de se tourner, aux alentours de la trentaine, vers le métier d’acteur. Hackman rejoint la Pasadena Playhouse en Californie, où il apprend le théâtre, joue dans sa première pièce, The Curious Miss Caraway, et rencontre notamment Dustin Hoffman.
Les deux hommes ne plaisent pas à la Pasadena Playhouse, où ils sont qualifiés de « moins aptes à réussir ». Hackman déménage à New York, déterminé à prouver le contraire. Voici ses souvenirs de cette période : « Il s’agissait plutôt d’une guerre psychologique, car je n’allais pas me laisser abattre par ces connards. J’ai insisté sur le fait que je continuerais à faire tout ce qu’il fallait pour trouver un emploi. »
C’est exactement ce qu’a fait l’acteur, enchaînant les petits rôles, tout en étant serveur dans un restaurant. Il faudra près de dix ans de travail acharné à Gene Hackman avant d’obtenir une véritable reconnaissance.
Son ascension se fait par plusieurs étapes. En 1963, il gagne le Clarence Derwent Award du meilleur espoir pour son interprétation dans la pièce de Broadway Children From Their Games, pourtant annulée après seulement quatre représentations. En 1964, il joue sur scène Any Wednesday, qui lui ouvre certaines portes au cinéma.
En 1964, il apparaît aux côtés de Warren Beatty dans Lilith, et c’est en 1967 que sa carrière explose. Il joue dans un épisode de la populaire série télévisée Les Envahisseurs avant d’incarner Buck Barrow, le frère de Clyde, dans le film Bonnie and Clyde d’Arthur Penn. Cela lui vaut sa première nomination aux Oscars comme Meilleur Acteur dans un Second Rôle.
Il est nommé une deuxième fois dans la même catégorie en 1970 pour le film Je n’ai jamais chanté pour mon père de Gilbert Cates, abordant une relation d’emprise entre un père et un fils.
En 1971, c’est la consécration pour Gene Hackman avec The French Connection de William Friedkin. L’œuvre devient un classique du genre gangster. L’acteur incarne le détective Jimmy ‘Popeye’ Doyle à la poursuite du trafiquant d’héroïne Alain Charnier et obtient l’Oscar du Meilleur Acteur.
Il poursuit avec dix films en trois ans, un record à l’époque, parmi lesquels L’Épouvantail (1973) avec Al Pacino ou Conversation Secrète (1974) de Francis Ford Coppola, tous deux Palme d’Or à Cannes.
Il revient dans la peau du détective Doyle en 1975, dans The French Connection II de John Frankenheimer, avant d’asseoir sa notoriété auprès du grand public avec un petit rôle dans la comédie culte Frankenstein Junior (1975) de Mel Brooks ou son interprétation de Lex Luthor dans Superman (1978) de Richard Donner et ses suites.
Hackman obtient une autre nomination aux Oscars dans la catégorie du Meilleur Acteur pour Mississippi Burning, d’Alan Parker, aux côtés de Willem Dafoe, où il joue un agent du FBI à la recherche de trois fonctionnaires disparus.
Il ne remporte cependant son deuxième Oscar (pour Meilleur Acteur dans un Second Rôle) que quatre ans plus tard, en 1992, avec sa performance dans le western Impitoyable, de Clint Eastwood.
Gene Hackman continue de côtoyer les plus grands artistes hollywoodiens au cours de sa carrière : Robin Williams dans Birdcage (1996), Hugh Grant dans Mesure d’Urgence (1996), Paul Newman dans L’Heure Magique (1998), Will Smith dans Ennemi d’État (1998) de Tony Scott, Keanu Reeves dans Les Remplaçants (2000), Owen Wilson dans En Territoire Ennemi (2001), ou encore Ben Stiller dans La Famille Tenenbaum (2001) de Wes Anderson (où la performance de Hackman est à nouveau saluée).
Gene Hackman prend sa retraite en tant qu’acteur en 2004, à la suite du long-métrage comique Bienvenue à Mooseport. L’acteur expliquera par la suite qu’il devait éviter tout stress en raison de ses problèmes cardiaques, ce qui l’a poussé à se retirer. Il restera néanmoins narrateur pour quelques documentaires jusqu’en 2017.
Une carrière si prolifique et marquante qu’il est difficile d’en rendre pleinement compte. Il semble opportun de conclure avec les mots de son ami Morgan Freeman, qui lui a rendu hommage lors de la 97e Cérémonie des Oscars : « Gene a toujours dit : ‘Je ne pense pas à l’héritage, j’espère juste que les gens se souviendront de moi comme de quelqu’un qui a essayé de faire du bon travail.’ Je pense que je parle pour nous tous en disant : Gene, on se souviendra de toi pour cela, et pour bien d’autres choses encore. Repose en paix, mon ami. »
Florian Boulland