Synopsis : Julian Sklar, autrefois grand peintre londonien, s’est peu à peu retiré du monde et n’a plus touché un pinceau depuis des décennies. Il vit désormais dans l’ombre de son passé. Ses enfants, davantage intéressés par son héritage que par lui, recrutent Lori, une restauratrice d’art au passé de faussaire, afin qu’elle se fasse passer pour son assistante. Sa mission : terminer discrètement une série de huit toiles inachevées, les « Christophers », dans le but d’en faire ensuite des œuvres extrêmement lucratives.
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Quand on évoque Steven Soderbergh, on pense souvent à un cinéma nerveux, rythmé, porté par des intrigues tendues et captivantes. Depuis sa Palme d’or à Cannes en 1989 pour Sexe, mensonges et vidéo, il n’a cessé de varier les genres et les sujets. Avec Ocean’s Eleven, il suit une équipe de braqueurs préparant un casse spectaculaire à Las Vegas. Dans Traffic, il entremêle plusieurs trajectoires pour montrer la complexité du trafic de drogue entre les États-Unis et le Mexique. Et dans Erin Brockovich, il adopte le point de vue d’une mère célibataire qui affronte une grande entreprise après avoir mis au jour un scandale environnemental. Avec The Christophers, le réalisateur change de registre. Plus léger en apparence, ce film repose avant tout sur ses personnages et leurs dialogues. Julian Sklar (Ian McKellen), un peintre autrefois reconnu dans le Londres des années 1960-1970, est aujourd’hui fauché et retiré du monde artistique. En froid avec ses enfants, Barnaby (James Corden) et Sallie (Jessica Gunning), il les tient à distance… même si eux espèrent encore tirer profit de son héritage. Ils engagent alors Lori Butler (Michaela Coel), restauratrice d’art au passé trouble, afin qu’elle se fasse passer pour son assistante. Leur plan consiste à retrouver huit toiles inachevées, les terminer, puis les faire passer pour des œuvres redécouvertes après la mort de l’artiste afin de les vendre à prix d’or. L’ensemble prend des airs de huis clos, la majorité des scènes se déroulant dans l’appartement de Julian.
Ceux qui s’attendent à retrouver l’énergie de Ocean’s Eleven ou de Logan Lucky risquent d’être surpris. Ici, pas d’action spectaculaire, mais un face-à-face d’acteurs. Le duo formé par Ian McKellen (Le Seigneur des anneaux, Macbeth) et Michaela Coel (Been so Long, I May Destroy You) porte le film. Dès leurs premières scènes, le contraste s’installe : lui parle sans arrêt, déborde d’énergie malgré son âge ; elle, plus silencieuse, impose une présence calme et mystérieuse. Leur dynamique fonctionne très bien et donne toute sa saveur au récit.
Lori intrigue. Elle observe, attend, agit au moment opportun. Ses intentions restent floues, dissimulées derrière une apparente froideur. On comprend seulement que ses motivations pourraient être liées à une forme de revanche. Elle se livre très peu, refusant même de répondre aux questions personnelles de Julian. Lui, à l’inverse, occupe tout l’espace. Bavard, imprévisible, presque excessif, il se raconte sans filtre, jusque dans les détails les plus anodins, allant de ses rendez-vous hebdomadaires jusqu’à l’odeur de radis de son ostéopathe. D’abord présenté comme dur et désinvolte, son personnage évolue au fil de l’histoire.
Le principal défaut du film tient à son rythme. Malgré plusieurs rebondissements, l’ensemble souffre par moments d’un manque de cadence. Des longueurs apparaissent par moments, même si elles sont compensées par des intrigues qui s’enchaînent assez naturellement. Les personnages restent crédibles et intelligents, ce qui permet des retournements de situation intéressants, parfois proches du jeu du “qui manipule qui”, sans tomber dans l’excès. Mais c’est surtout un humour discret mais présent qui vient alléger l’ensemble sans jamais tomber dans la caricature. Il repose notamment sur les personnages secondaires, comme le frère et la sœur, dont on aurait aimé voir davantage tant leur présence apporte une vraie richesse.
Soderbergh adopte ici une approche plus minimaliste, presque théâtrale. Peu de décors, peu de personnages : une mise en scène épurée où tout repose sur les échanges et les idées .Le film interroge alors la valeur de l’art : à qui appartient une œuvre ? Est-ce l’artiste, le geste, ou le regard du public qui lui donne son importance ? Faut-il absolument terminer une œuvre ? Et le nom qui y est associé compte-t-il plus que ce qu’elle représente ? Autant de questions laissées ouvertes, sans réponse tranchée, chacun étant libre de s’en emparer. Une réflexion presque ironique quand on sait que le réalisateur s’intéresse désormais à l’usage de l’intelligence artificielle pour ses futurs projets.
The Christophers montre surtout un réalisateur capable de se renouveler, en explorant une forme plus intime et expérimentale de son cinéma. Ce n’est peut-être pas le plus marquant, mais c’est sans doute l’un de ses plus surprenants.
Emma Pauchont
- THE CHRISTOPHERS
- Sortie salles : 10 juin 2026
- Réalisation : Steven Soderbergh
- Avec : Ian McKellen, Michaela Coel, James Corden, Jessica Gunning…
- Scénario : Ed Solomon
- Production : Iain Canning, Jim Parks Corey Bayes, Mike Larocca et Michael Schaefer
- Photographie : Steven Soderbergh (crédité sous le nom de Peter Andrews)
- Montage : Steven Soderbergh (crédité Mary Ann Bernard)
- Décors : Antonia Lowe
- Costumes : Eleanor Baker
- Musique : David Holmes
- Distribution : Dulac Distribution
- Durée : 1 h 40


