Synopsis : Installée dans un petit village du nord de l’Espagne, Jeanne essaie de repartir de zéro aux côtés de Daniel, qui ignore tout de son passé. Mais lorsque Mateo, son filleul de six ans, disparaît sans laisser de traces, les soupçons se portent rapidement sur elle. Pour échapper aux autorités, Jeanne prend alors la fuite et retourne en France, au sein de la communauté religieuse dans laquelle elle a grandi et qu’elle avait quittée quelques années plus tôt.
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Après l’échec d’Astérix et l’Empire du Milieu, largement éreinté par les critiques lors de sa sortie, Guillaume Canet revient derrière la caméra avec Karma, un drame qui flirte ouvertement avec le thriller. Un retour peut-être nécessaire pour le réalisateur, qui avait obtenu le César de la meilleure réalisation en 2006 pour Ne le dis à personne. Ici, il change complètement de registre et s’attaque à un sujet particulièrement sombre : les dérives sectaires. Le résultat est probablement le film le plus noir de sa carrière. Et aussi l’un des plus intéressants. Jeanne (Marion Cotillard) vit dans un petit village espagnol avec son compagnon argentin, Daniel (Leonardo Sbaraglia). Elle garde régulièrement Matéo (Aron Ramo), son filleul de six ans. Mais un jour, l’enfant disparaît alors qu’il est sous sa responsabilité. Rapidement suspectée par la police, Jeanne prend la fuite et retourne en France, dans la communauté religieuse qu’elle avait quittée quelques années plus tôt. Une communauté dirigée par un gourou, Marc (Denis Ménochet) où la peur et la violence règnent en maîtres. Daniel, qui refuse de l’abandonner, part à sa recherche. Il va alors découvrir peu à peu la véritable histoire de Jeanne et les secrets de son passé. Sur le papier, Karma n’a pourtant rien de particulièrement original. Une communauté religieuse dirigée par un gourou, des membres soumis, de la violence, de la manipulation et une héroïne qui tente d’échapper à son passé : le film coche rapidement toutes les cases du récit de secte. L’intrigue se montre donc parfois prévisible et tombe dans plusieurs clichés du genre. Mais Guillaume Canet utilise bien ses acteurs.
À l’image des Petits Mouchoirs, le réalisateur donne de l’ampleur aux scènes pour leur permettre d’exprimer leurs émotions à leurs personnages. À commencer par Marion Cotillard pour qui Canet a écrit le rôle de Jeanne. Et l’actrice se donne à fond. Elle crie, elle pleure de douleur ou de rage, elle se débat, s’effondre… Bref, elle lâche complètement prise. Une performance physique et intense, qui compte probablement parmi les plus engagées de sa carrière.
Face à elle, Denis Ménochet (As bestats, Jusqu’à la garde) est terrifiant. Il incarne ce gourou avec une simplicité presque désarmante. Pas besoin d’en faire des tonnes : un regard, un silence ou une voix qui monte suffisent à installer le malaise ou à nous faire sursauter. L’acteur impressionne également par sa présence physique. Il prend littéralement possession de l’espace dès qu’il apparaît à l’écran. Le duo formé par Cotillard et Ménochet porte ainsi une grande partie du film et parvient régulièrement à faire oublier les faiblesses du scénario.
Karma ne cherche pas vraiment à renouveler le genre. Pour autant, difficile de nier l’efficacité de l’ensemble. Car malgré ses défauts, le long-métrage reste divertissant. Ses plus de deux heures passent avec une grande facilité, notamment grâce à un rythme soutenu construit autour de trois intrigues qui s’entremêlent constamment : la disparition de Matéo, la recherche menée par Daniel et, au centre de tout, le retour de Jeanne au sein de la secte. Cette construction permet à Canet de maintenir une tension presque permanente. Les événements s’enchaînent, les rebondissements se multiplient, même lorsqu’ils sont parfois prévisibles, et le spectateur reste facilement happé par le récit. Le dernier acte est d’ailleurs travaillé et réserve quelques belles montées de tension.
La principale faiblesse de Karma réside peut-être dans son ton parfois larmoyant, voire excessif, notamment dans sa représentation de la violence. Le film montre sans détour les dérives du gourou à travers des scènes crues, clairement destinées à un public averti. Guillaume Canet n’hésite pas à mettre cette violence au premier plan à plusieurs reprises, au risque de donner parfois l’impression qu’il cherche davantage à choquer qu’à raconter. Et à force, cette violence devient répétitive et son intérêt narratif se fait moins évident. Le long-métrage frôle alors parfois le grotesque. Heureusement, cet excès n’empêche pas certaines scènes émotionnelles d’être réussies et de parvenir à toucher, voire à faire pleurer. Mais cette accumulation finit aussi par créer une forme d’étouffement dont on aimerait parfois pouvoir s’échapper.
Avec Karma, Guillaume Canet affiche cependant clairement son ambition de retrouver une place de réalisateur sérieux et de montrer une autre facette de son cinéma. Cela se ressent notamment dans une mise en scène plus travaillée que dans certains de ses précédents films. Il tente davantage de choses, soigne ses mouvements de caméra et multiplie les choix visuels. On pense notamment à un travelling qui fait passer le spectateur du personnage de Jeanne enfant à celui qu’elle est devenue adulte, ou encore à l’utilisation de profondeurs de champ et de fonds volontairement floutés qui isolent les personnages de leur environnement.
Mais c’est surtout la photographie qui impressionne. Elle construit une atmosphère lourde et oppressante, qui participe pleinement au charme étrange du film et rend l’univers de la secte encore plus inquiétant. Pour retranscrire cette ambiance, Canet s’est entouré d’un nouveau chef opérateur, Benoît Delépine, collaborateur de Gaspar Noé. Et le résultat fonctionne. Là où le long-métrage manque parfois d’originalité dans son histoire, il parvient à se démarquer grâce à une véritable identité visuelle et une atmosphère qui lui sont propres.
Karma tient finalement plutôt bien ses promesses malgré ses quelques défauts. Le film maintient le spectateur en haleine tout le long en alternant moments d’émotion, tension et séquences dignes des grands thrillers.Cela donne envie de redécouvrir le réalisateur dans ce registre plus sombre.
Emma Pauchont
- KARMA
- Sorties salle : 21 octobre 2026
- Réalisation : Guillaume Canet
- Avec : Marion Cotillard, Denis Ménochet, Leonardo Sbaraglia, Luis Zahera, Hugo Trophardy, Vincent Treguier, Alain Blazquez, Dominique Frot, Aron Ramo…
- Scénario : Guillaume Canet et Simon Jacquet
- Production : Gregory Jankilevitsch et Klaudia Smieja
- Photographie : Benoît Debie
- Montage : Laure Gardette
- Décors : Mathieu Junot
- Musique : Yodelice
- Distribution : Pathé Films
- Durée : 2 h 29


