Synopsis : Depuis ses 16 ans, entre Paris et Rome, Chloé a filmé ses amours. Alors qu’elle vivait une histoire, elle en fabriquait déjà le souvenir. Mais de quoi se souviennent ces ex ? Douze d’entre eux se livrent pour reconstituer un parcours sentimental aussi singulier qu’universel.
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Difficile de ne pas hausser un sourcil en découvrant Fragments d’un parcours amoureux. Le synopsis a lui-même de quoi faire s’interroger : la réalisatrice, Chloé Barreau, contacte ses ex pour leur demander de parler de leur relation passée avec elle. Le projet semble en premier lieu terriblement autocentré, presque narcissique, flirtant avec le voyeurisme sentimental. Est-il question d’une séance publique chez le psychologue ? D’une tentative de réécriture de sa propre histoire amoureuse à travers les mots des autres ? Ou d’une auto-promotion déguisée en introspection ? Pourtant, contre toute attente, le dispositif, aussi simple soit-il, déjoue bien les pièges dans lesquels il semblait vouloir tomber. Durant sa jeunesse, Chloé Barreau tient un journal vidéo de ses amours ; vingt ans plus tard, elle propose à ses anciens amants et amantes de revenir sur leur histoire commune. En font partie la réalisatrice Rebecca Zlotowski, l’actrice Anna Mouglalis ou encore l’écrivaine Anne Berest. À travers leurs témoignages et les images d’archives, le passé sentimental de Barreau reprend vie. Sa démarche est à la fois intime et collective, et aurait facilement pu virer à l’autoportrait glorifié. Or Barreau ne se met pas en scène. Son visage est absent, sa voix se fait rare. Elle laisse la parole à celles et ceux qui ont partagé sa vie, à différents moments, dans différents contextes, à différentes intensités. Ce sont ces voix qui construisent et incarnent le récit. Le film se présente comme un documentaire dans sa forme la plus dépouillée. Pas de mise en scène spectaculaire, pas de lumière ou de cadre particulier. L’esthétique est un peu terne, car ce n’est pas là que réside l’intérêt. Le montage laisse place aux images d’archives qui viennent rythmer les témoignages avec sincérité et douceur, marquant le temps qui passe et la puissance des souvenirs. Ces fragments visuels n’illustrent pas littéralement les propos mais donnent vie à une mémoire morcelée.
Fragments d’un parcours amoureux aborde cette question de la subjectivité du souvenir. Chaque témoignage interroge la mémoire. Que retenir d’une relation : le vécu, le ressenti ou les non-dits ? Le film ne tranche pas mais recueille des bribes de réponses, souvent contradictoires, pour tenter de composer un tout, profondément humain.La liberté de ton des anciens compagnons et compagnes de Barreau est frappante. Ils s’expriment à cœur ouvert, sans filtre.
Certains sont tendres, d’autres amers, critiques, nostalgiques, blessés. Il n’y a pas de tentative apparente de maquiller, ou de lisser leur réalité et leurs émotions. Au contraire, le film semble embrasser cette pluralité des ressentis. Entre accusations, pardon et douleur, c’est dans cette diversité que réside la vraie force du propos. Des preuves que l’amour du passé laisse des traces aussi diverses que complexes.
Barreau ne cède pas à l’auto-glorification. Les critiques ou les silences ne sont pas coupés. Barreau ne se défend pas, elle assume au contraire une forme de vulnérabilité. Même si son film parle d’elle, il fait parler de tout le monde. Fragments d’un parcours amoureux mise sur la parole, le souvenir, l’émotion brute. Derrière l’idée d’un film « sur soi », il y a surtout une réflexion sur ce que les autres disent de nous, sur la façon dont nos histoires nous construisent, et sur la mémoire comme territoire incertain et parfois conflictuel. Un exercice de cinéma humble et touchant.
Norane Chiali
- FRAGMENTS D’UN PARCOURS AMOUREUX
- Sortie salles : Le 4 Juin 2025
- Réalisation : Chloé Barreau
- Avec : Sébastien Ryckelynck, Jeanne Rosa, Laurent Charles-Nicolas, Ariane Deboise, Rebecca Zlotowski, Anne Berest, Jean-Philippe Raîche, Anna Mouglalis, Bianca Di Cesare, Marina Jankovic, Marco Giuliani, Caroline Vieira-Lima.
- Scénario : Chloé Barreau
- Production : Mario di Fabio, Leonardo Godano, Matteo Rovere
- Photographie : Andres Arce Maldonado
- Montage : Marina de Pedro
- Musique : Adrea Moscianese
- Distribution : Destiny Films
- Durée : 1 h 35

