Synopsis : Cette saison retrace la vie du célèbre tueur du Wisconsin, Ed Gein, homme solitaire vivant sous l’emprise de sa mère, dont les crimes macabres ont terrorisé l’Amérique des années 1950. Les épisodes dépeignent sa lente descente dans la folie.
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Depuis sa première saison en 2022, la série Monstre est devenue l’une des séries phares de Netflix dans la veine des anthologies criminelles inspirées de faits réels. Imaginée par Ryan Murphy et Ian Brennan, le tandem déjà derrière Glee ou Ratched, elle s’attache à sonder la psyché des tueurs en série américains tout en révélant les défaillances systémiques qui ont permis leurs crimes. Le grand succès de L’histoire de Jeffrey Dahmer a posé les bases du concept : une reconstitution méticuleuse, une photographie d’une froideur clinique, un jeu d’acteurs d’une justesse glaçante et un ton moralement ambigu, qui laisse le spectateur partagé entre fascination et malaise. La deuxième saison, centrée sur les frères Menendez, poursuivait cette exploration du mal ordinaire en déplaçant le regard vers la cellule familiale et la manipulation médiatique. Avec cette troisième saison centrée sur celle d’Ed Gein, Monstre s’attaque cette fois à une figure mythique du folklore criminel américain, source d’inspiration directe pour Psychose d’Alfred Hitchcock ou Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Une nouvelle occasion pour Murphy et Brennan de revenir à une approche plus introspective, et austère, du monstre humain.
La série retrace ainsi la trajectoire d’Ed Gein, fermier solitaire du Wisconsin dont les crimes ont choqué l’Amérique des années 1950 : le meurtre de deux femmes, des profanations de tombes, la découverte d’objets domestiques fabriqués à partir de restes humains. Au-delà du sordide, c’est aussi la lente désagrégation d’un homme prisonnier de sa mère décédée et de ses propres démons qui intéresse les auteurs. Il est suivi, épisode après épisode, dans un quotidien figé, ponctué de visions hallucinées et d’angoisses. La série multiplie les allers-retours dans le temps, tout en tissant en arrière-plan le portrait d’une certaine facette de l’Amérique, la puritaine obsédée par la moralité et l’ordre.
Dans cette saison, la beauté glaciale de la mise en scène est toujours au rendez-vous. La photographie est de grande qualité, dominée par des tons gris, bleus et verdâtres, elle épouse la froideur émotionnelle du personnage principal. Chaque lumière, chaque plan sur la neige du Midwest prolonge la solitude d’Ed. Cette esthétique du froid devient le miroir de son intériorité : tout est de plus en plus figé et gelé. C’est sans doute dans cette cohérence visuelle que la série trouve sa plus grande force, suivant cette rigueur visuelle qui avait déjà marqué les saisons précédentes.
Les acteurs sont eux aussi impeccables, tout particulièrement Charlie Hunnam (Sons of Anarchy), dans le rôle-titre, qui est méconnaissable. Loin de son charisme habituel, il s’efface derrière cet homme frêle, maladroit, souvent enfantin, donnant à Ed une humanité dérangeante. Son jeu minimaliste, en retenue et en tension, évite tout juste la caricature du psychopathe pour explorer la douleur sourde d’un être brisé. Autour de lui, les seconds rôles ne déméritent pas, notamment les différentes figures féminines marquées par la colère, la peur ou la pitié. Cette justesse d’interprétation contribue à l’atmosphère d’hypnose lente qui domine : Gein s’enfonce dans la folie, sans possibilité de retour.
C’est toutefois cette même lenteur, participant à la construction du malaise, qui devient aussi son principal défaut. Le récit étire parfois inutilement les silences et les transitions, au risque de se perdre dans sa narration. Les sauts dans le futur et les insertions censées apporter du rythme ou du mystère cassent au contraire la continuité dramatique : ils interrompent la tension au lieu de la nourrir, et donnent à l’ensemble une structure morcelée. Pourtant, malgré ces maladresses, cette approche contemplative conserve une certaine force d’évocation : elle permet à la série d’installer une atmosphère poisseuse et empreinte de suspense.
Monstres : l’histoire d’Ed Gein se dévoile comme un chapitre cohérent, quoique inégal, d’une anthologie fascinante. Il s’inscrit dans une logique de continuité artistique, toujours aussi choquante, mais qui interroge plus que jamais la manière dont une société fabrique ses monstres. Si certains spectateurs y verront une fresque figée, trop soucieuse de son élégance macabre, d’autres y trouveront une œuvre toujours audacieuse et dérangeante, dotée d’une maîtrise visuelle réjouissante, preuve que la série continue d’explorer les zones grises de l’âme humaine avec une ambition singulière.
Norane Chiali
- MONSTRE : L’HISTOIRE D’ED GEIN (Monster : The Ed Gein Story)
- Date de sortie : depuis le 3 octobre 2025
- Chaîne / Plateforme : Netflix
- Réalisation : Max Winkler et Ian Brennan
- Avec : Charlie Hunnam, Suzanna Son, Vicky Krieps, Laurie Metcalf, Tom Hollander, Robin Weigert…
- Scénario : Ian Brennan
- Production : Ryan Murphy, Ian Brennan, Eric Kovtun, Alexis Martin Woodall
- Photographie : Michael Bauman et Carolina Costa
- Montage : Franklin Peterson, Adam Penn, Jack Price
- Décors : Matthew Flood Ferguson
- Costumes : Joshua Marsh
- Musique : Mac Quayle et Rob Simonsen
- Durée : 8 épisodes de 45 à 63 minutes


