Après le rachat de la 20th Century Fox par Disney, d’Universal par Comcast et de MGM par Amazon, c’est autour de Warner Bros. Cette acquisition par Netflix s’impose déjà comme l’événement majeur qui va façonner le Hollywood et le divertissement de demain.
Après plusieurs mois de spéculations autour de trois offres concurrentes, dont celle de Paramount Skydance, c’est finalement Netflix qui est parvenue à convaincre à l’unanimité le conseil d’administration de WBD. Ted Sarandos et Greg Peters, les PDG de la plateforme, ont conclu cette acquisition, valorisée à 82,7 milliards de dollars, soit 27,75 $ par action (72 milliards de dollars hors dette), là où Paramount à travers son patron David Ellison proposait pourtant 30 $ par action.
Nommé “Project Noble”, ce rachat s’appuie, selon The Hollywood Reporter, sur un financement d’un consortium de banque à hauteur de 59 milliards de dollars, et inclut une clause de rupture de 5,8 milliards de dollars si l’accord venait finalement à échouer. Notamment après son passage obligatoire devant les autorités de régulation.
De plus, le rachat s’effectuera après la séparation par Warner Bros. Discovery de son pôle de chaînes câblées (CNN, Discovery Channel) dans une entité indépendante, nommée Discovery Global.
Une opération attendue pour le troisième trimestre 2026 selon Deadline. Netflix pourra ensuite acquérir l’ensemble des actifs qui l’intéressaient : les studios cinéma et de télévision Warner Bros., les marques HBO et HBO Max, et le catalogue monumental du studio.
Dans ce catalogue figurent entre autres la saga Harry Potter, l’univers DC, Le Seigneur des anneaux, Dune, Matrix ou encore Mad Max. Mais aussi des séries à succès (Games of Thrones, Friends, Succession, Les Sopranos) et bien sûr des films historiques (Casablanca, Citizen Kane ou Rio Bravo).
« Notre mission a toujours été de divertir le monde. », a déclaré Ted Sarandos. « En combinant l’incroyable bibliothèque de films et de séries de Warner Bros., des classiques intemporels aux favoris modernes, avec aussi nos titres emblématiques comme Stranger Things, KPop Demon Hunters et Squid Game, nous pourrons le faire encore mieux. Ensemble, nous pouvons offrir davantage au public ce qu’il aime et aider à définir le prochain siècle de narration. »
Se fera-t-il toujours sur grands écrans ou sur nos smartphones et téléviseurs ? Là est la question. Netflix se veut rassurant face aux plus pessimistes, comme les exploitants de salles à travers Cinema United aux États-Unis ou l’UNIC (Union Internationale des cinémas) en Europe. Des voix s’élèvent aussi côté réalisateurs avec James Cameron qui s’y oppose fortement. Et on pense aussi à Christopher Nolan, dont le but a toujours été de sortir ses projets en salle.
Dans son communiqué officiel, la plateforme souligne vouloir maintenir l’organisation existante de Warner Bros comprenant « les sorties en salle des films », sans plus de précision. Et adresse également un message aux artistes et cinéastes : « En unissant l’expérience membre, la portée mondiale de Netflix aux franchises renommées et l’immense catalogue de Warner Bros, l’entreprise créera davantage de valeur pour les talents, offrant plus d’opportunités de travailler avec des propriétés intellectuelles emblématiques, de raconter de nouvelles histoires et de toucher un public plus large que jamais ».
Devant les financiers de Wall Street, Sarandos reconnaît les appréhensions. “Je sais que certains d’entre vous sont surpris que nous réalisions cette acquisition, et je comprends parfaitement. Au fil des ans, nous avons été connus comme des bâtisseurs, pas comme des acheteurs”. Et de poursuivre : “Nous avons déjà des séries et des films incroyables, et un excellent modèle économique. Cela fonctionne pour les talents, les consommateurs et les actionnaires. C’est une opportunité rare, qui va nous aider à accomplir notre mission : divertir le monde et rassembler les gens grâce à de grandes histoires”.
“Depuis plus d’un siècle, Warner Bros enthousiasme les spectateurs, capte l’attention du monde et façonne notre culture. », ajoute David Zaslav, PDG de Warner Bros. Discovery. « En nous associant à Netflix, nous veillerons à ce que les gens continuent à profiter des histoires les plus marquantes pendant des générations”.
La fin des négociations de WBD s’est pourtant déroulée sous tension. Paramount, notamment, n’a eu de cesse d’alerter les autorités américaines sur les risques anticoncurrentiels d’un rapprochement entre Netflix, leader mondial du streaming, et HBO Max, soulignant que les régulateurs ne pouvaient pas ignorer un tel monopole.
Paramount a également accusé WBD de favoriser Netflix, évoquant des conflits d’intérêts internes de certains dirigeants. WBD s’est défendu en affirmant que son conseil avait mené le processus avec « un sens aigu de ses obligations fiduciaires ». Si Paramount avait proposé un rôle à David Zaslav en cas de fusion, rien n’indique pour l’instant quelle place il occupera (ou non) dans cette nouvelle structure.
Cet accord marque dans tous les cas une bascule historique : l’un des plus anciens studios américains passe sous le pavillon d’un acteur né de la révolution numérique. La concentration dans le secteur du streaming et de la production va susciter des obstacles réglementaires un peu partout dans le monde.
Ce nouveau géant devra désormais prouver qu’il peut absorber un monument centenaire sans en dissoudre l’identité, rassurer les créateurs sans brider leur liberté, et convaincre les régulateurs que cette fusion ne menace pas la diversité culturelle. Entre les promesses d’un âge d’or créatif et la crainte d’un secteur toujours plus concentré, l’industrie retient son souffle.
Florian Rouaud
