Synopsis : Adolpho Rollo est un scénariste sans le sou qui rêve de faire produire son scénario. Sa rencontre avec Joe, un mystérieux homme d’affaires, lui fait croire à une opportunité inespérée.
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À l’occasion de sa ressortie en salles ce mercredi 7 janvier 2026, In the Soup de Alexandre Rockwell apparaît moins comme une curiosité indie des années 1990 que comme un film toujours ancré dans l’ère du temps. Derrière son humour absurde et une photographie en noir et blanc, le long métrage capte un moment charnière du cinéma indépendant américain et interroge, avec une ironie toujours vive, les fantasmes de création, de réussite et de reconnaissance. Lorsque le film sort en 1992, le cinéma indépendant américain est en pleine effervescence. Le festival du film de Sundance devient un véritable incubateur de talents, la société Miramax commence à structurer une industrie parallèle au système des studios, et une nouvelle génération de cinéastes investit les marges, les récits absurdes et les personnages en crise. Alexandre Rockwell s’inscrit ainsi dans ce mouvement, aux côtés de Jim Jarmusch, Spike Lee ou de Quentin Tarantino. Là où certains cherchent déjà à imposer une signature forte ou un discours frontal, Rockwell choisit la voie du décalage et de l’autodérision. L’histoire suit Adolpho Rollo (Steve Buscemi), scénariste new-yorkais sans le sou rêvant de voir son film produit. Sa rencontre avec Joe, un mystérieux homme d’affaires aussi charismatique qu’opaque, semble ouvrir une porte vers la concrétisation de ce rêve. Très vite, le récit dérape vers une fable absurde, où l’espoir de création se heurte à une réalité faite d’illusions, de malentendus et de rapports de force asymétriques. Alors que de nombreuses œuvres de l’époque nourrissent l’idée qu’un talent brut peut émerger presque par accident, Rockwell en montre l’envers : la précarité chronique, la dépendance à des figures troubles, et la confusion entre opportunité et manipulation. Le choix esthétique du noir et blanc, sans être anodin, ancre le film dans un New York sévère, encore loin de sa gentrification massive, où survivre est déjà un combat avant même de créer.
In the Soup anticipait déjà des questionnements toujours brûlants. Le personnage d’Adolpho incarne une figure familière : celle d’un créateur pris dans un système qui promet la visibilité tout en exploitant la vulnérabilité. À l’ère des plateformes, des appels à projets et des récits de destins exceptionnels viraux, la logique reste tout aussi similaire. Le film évoque le cinéma, mais surtout le travail créatif dans un monde où l’enthousiasme sert souvent de monnaie d’échange.
Derrière l’humour et l’absurde, la relation entre Adolpho et Joe met en scène un déséquilibre fondamental : celui entre celui qui espère et celui qui prétend pouvoir offrir. Joe n’est jamais totalement identifiable, ni complètement menaçant, ni totalement bienveillant. Il est l’incarnation d’un système flou, où les règles ne sont jamais clairement énoncées, mais où l’échec frappe le plus fragile. Cette ambiguïté donne au film sa profondeur et brosse un véritable portrait d’époque.
Moins cité que d’autres œuvres de la même période, In the Soup n’en est pas moins essentiel pour comprendre une certaine désillusion précoce du mouvement indépendant. Quand un espace de liberté absolue semblait apparaître, Rockwell en montre déjà les limites, les compromis et les mirages. Son regard n’est ni cynique ni amer, mais lucide envers des personnages qui persistent à croire malgré tout. Il ne propose toutefois pas de morale claire, ni de trajectoire exemplaire. Il observe, avec humour et mélancolie, ceux qui restent coincés entre leurs rêves et une réalité qui ne leur fait aucun cadeau.
Norane Chiali
- IN THE SOUP
- Ressortie salles : depuis le 7 janvier 2026
- Réalisation : Alexandre Rockwell
- Avec : Steve Buscemi, Seymour Cassel, Jennifer Beals, Jim Jarmusch, Stanley Tucci….
- Scénario : Tim Kissell, Sollace Mitchell et Alexandre Rockwell
- Production : Hank Blumenthal
- Photographie : Phil Parmet
- Montage : Dana Congdon
- Décors : Mark Friedberg
- Costumes : Elizabeth Bracco
- Musique : Mader
- Distribution : Contre-jour
- Durée : 1 h 36

