Horns d’Alexandre Aja: critique

Publié par Nathalie Dassa le 29 septembre 2014

Synopsis : Soupçonné d’avoir assassiné sa fiancée, rejeté par tous ceux qu’il connaît, Ignatius a sombré dans le désespoir. Un matin, il se réveille avec une paire de cornes sur la tête. Celles-ci lui donnent un étrange pouvoir, celui de faire avouer leurs plus noirs secrets aux gens qu’il croise. Ignatius se lance alors à la recherche du véritable meurtrier…

 

♥♥♥♥♥ 

 

Horns de Alexandre Aja - affiche

Horns de Alexandre Aja – affiche

Depuis son premier long métrage Haute Tension, Alexandre Aja a toujours été un cinéaste très inspiré, qui s’est aussi quelque peu installé dans le remake. A l’exception du moyen Mirrors, tous les films qui ont succédé, comme l’efficace La Colline a des Yeux, le jubilatoire PIRANHA 3D (notre critique) et même le dernier en date l’étonnant MANIAC de Frank Kalhfoun (notre critique) pour lequel il agissait en tant que producteur, ont toujours été performants. C’était donc avec un certain enthousiasme qu’on attendait Horns puisque d’une part Alexandre Aja revient aujourd’hui à la réalisation avec une adaptation et que d’autre part Daniel Radcliffe continue d’enclencher sa reconversion après le phénomène Harry Potter. Mais voilà… perplexe, c’est bien le sentiment qu’on éprouve à la vue de la version cinématographique de ce roman gothique et de fantasy noir de Joe Hill (fils de Stephen King), paru en 2010 et issu de la liste des bestsellers du New York Times. Pourtant des éléments forts jouent en sa faveur comme la mise en scène parfaitement maîtrisée, la photographie intense aux couleurs automnales de Frederick Elmes (Blue Velvet, Eraseread), la touche comique appréciable, les décors naturels des forêts de Vancouver transformés en paradis perdus, les effets spéciaux impeccablement exécutés et la bande originale du talentueux Rob qui s’harmonise avec les hits pop rock.

 

Daniel Radcliffe et Juno Temple dans Horns de Alexandre Aja

Daniel Radcliffe et Juno Temple dans Horns de Alexandre Aja

 

Hélas tout cette intéressante orchestration visuelle et sonore est amoindrie par un traitement de l’intrigue souvent décousu, entre les flashbacks ralentissant le rythme sur l’enfance en mode Stand by Me de ce personnage et sur sa relation avec sa petite amie dans cet Eden onirique, et les révélations finales plutôt convenues. Daniel Radcliffe, qui tente de s’extraire de son rôle d’ex-apprenti sorcier depuis La Dame en Noir avec prochainement le drame Kill your Darlings et la comédie romantique The F Word, parvient plus ou moins à tenir la distance. L’acteur britannique de 25 ans manque encore de charisme et de prestance à l’écran dans la peau de ce jeune garçon mi-ange/mi-démon, devenu le principal suspect du meurtre et du viol de sa compagne – portée par la beauté virginale de Juno Temple – et qui se réveille un matin avec des cornes sur le devant du front. Car en dépit du travail formidable des effets spéciaux, sa performance n’en fait qu’un diable mineur aux prises avec les tourments de son personnage, confronté à ses protubérances nettement sataniques qui ont une influence sur son entourage, déclenchant leurs secrets les plus sombres avant de confesser leurs péchés. Le reste du casting est du même acabit avec James Remar et Kathleen Quinlan (les parents), Joe Anderson (le frère) et Max Minghella (l’ami d’enfance et avocat).

 

Daniel Radcliffe dans Horns de Alexandre Aja

Daniel Radcliffe dans Horns de Alexandre Aja

 

‘Choisir le pêché avec lequel vivre’, tel est le fardeau de ce héros déchu en quête de vérité. Alexandre Aja signe dès lors une œuvre chargée de désespoir et de mélancolie où l’esthétisme et les références filmiques et bibliques priment sur une histoire bien trop conventionnelle – voire trop manichéenne – dans les questions qu’elle soulève et les notions qu’elle aborde. Horns a tendance à s’essouffler après les premiers aveux aussi subversifs que loufoques des habitants de cette petite ville paisible, puis à s’étendre en longueur dans sa répétition. Il manque des transitions entre le ton sérieux, la dérision et la satire religieuse pour lui donner davantage de contenance et de fluidité. Le style est souvent en décalage par rapport à son contenu narratif. L’approche d’Alexandre Aja, avec toute l’imagerie chrétienne de ce paradis perdu miltonien et le laïus sur la puissance de Dieu face aux forces du mal, en devient finalement prévisible et surfait. Pourtant dans ce mélange de drame, de romance et de polar, l’intrusion du surnaturel dans le quotidien transforme l’œuvre en une allégorie intéressante sur le bien et le mal. Le cinéaste emprunte volontiers les codes du genre et les manipule toujours aussi aisément mais s’égare dans sa volonté d’élargir le champ d’action avec cette moralité et ces réflexions philosophiques et bibliques. C’est dommage car Horns est imprégné d’une réelle atmosphère avec une mise en scène qui a vraiment gagné en maturité. Une oeuvre luttant finalement elle-même  entre le bien et mal…

 

 

  • HORNS d’Alexandre Aja en salles le 1er octobre 2014.
  • Avec : Daniel Radcliffe, Juno Temple, Keli Garner, James Remar, Joe Anderson, Max Minghella, Dylan Schmid, Laine MacNeil…
  • Scénario : Keith Bunin d’après l’œuvre de Joe Hill
  • Production : Alexandre Aja, Riza Aziz, Joey McFarland, Cathy Schulman
  • Photographie : Frederick Elmes
  • Montage : Baxter
  • Décors : Shane Cameron
  • Costumes : Carol Beadle
  • Musique : Robin Coudert alias Rob
  • Distribution : Metropolitan FilmExport
  • Durée : 2h03

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