Synopsis : L’incroyable vie de Lee Miller, ex-modèle pour Vogue et muse de Man Ray devenue l’une des premières femmes photographes de guerre. Partie sur le front et prête à tout pour témoigner des horreurs de la Seconde Guerre, elle a, par son courage et son refus des conventions, changé la façon de voir le monde.
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Ancienne mannequin, artiste surréaliste et photographe de mode devenue reporter de guerre durant les années quarante, Elizabeth « Lee » Miller est ce genre de personnage au destin hors du commun qu’Hollywood affectionne tant. Sous ses dehors de biographie sage et appliquée, Lee Miller parvient à se distinguer des autres biopics plus conventionnels en abordant la vie de la célèbre photographe à travers des thématiques universelles. Ellen Kuras signe ici son premier long métrage après avoir réalisé des épisodes de Legion, Ozark et Umbrella Academy. Si elle reste dans des codes de mise en scène académiques, son passé de directrice photo expérimentée, ayant notamment collaboré avec Spike Lee, Jim Jarmush ou Sam Mendes, se ressent sur le soin apporté à l’image. Les chaudes couleurs du sud de la France et les teintes bleutées d’une Angleterre pluvieuse s’opposent ainsi à la sombre grisaille des paysages ravagés par la Seconde Guerre mondiale. Le traitement du personnage principal s’avère également assez frappant de justesse. Comme à son habitude, Kate Winslet excelle dans ce rôle de femme libre et combative, sans jamais sombrer dans une idéalisation hagiographique. Lee Miller est aussi montrée comme une figure ambivalente, pas toujours très aimable dans son rapport avec les autres et en lutte avec un alcoolisme dévorant. Le film s’illustre aussi admirablement dans sa vision de l’œuvre de son héroïne. L’art photographique de Lee Miller revêt ainsi plusieurs fonctions, au fur et à mesure que cette dernière évolue et que ses motivations se font plus humanistes. D’abord simple prétexte pour cette tête brûlée incapable de rester passive alors que la guerre fait rage, la photographie prend rapidement une dimension thérapeutique pour la reporter comme pour ses modèles.
Les premiers clichés servent d’abord à des mises en scène rassurantes pour la population, qui permettent au passage de montrer la créativité et le talent artistique de Miller. Mais ce n’est qu’au contact de la guerre et de ses victimes que la photographe fait évoluer son art vers quelque chose de plus authentique et de plus percutant. À travers ses photos, elle tente à la fois de donner un visage aux innombrables victimes de la guerre et d’immortaliser leur traumatismes. Elles prennent ainsi autant un aspect de témoignage que d’avertissement pour les générations futures, tout en faisant office de thérapie personnelle pour la photographe elle-même. Car c’est en capturant l’innommable sur une image fixée dans le temps que Lee parvient à faire face à ses propres traumatismes enfouis.
Puissant et universel, ce message passe aussi grâce à un récit cadre où Lee Miller discute avec un journaliste venu l’interviewer. Si ce genre de procédé narratif est un élément classique de nombreux biopics, il est utilisé ici avec parcimonie, de manière à ne jamais casser le rythme par des allers-retours temporels incessants. Mais surtout, ce deuxième récit trouve une résolution étonnement émouvante dans ses derniers instants, comme une ultime façon de rappeler que quoi qu’il arrive, l’art reste le meilleur moyen de reconnecter les gens entre eux.
Timothée Giret
- LEE MILLER
- Diffusion : 9 octobre 2024
- Réalisation : Ellen Kuras
- Avec : Kate Winslet, Alexander Skarsgård, Andy Samberg, Andrea Riseborough, Marion Cotillard, Josh O’Connor, Noémie Merlant, Vincent Colombe, Patrick Mille…
- Scénario : John Collee Liz Hannah Marion Hume
- Production : Lauren Hantz, Troy Lum, Andrew Mason, Marie Savare, Kate Solomon, Kate Winslet
- Photographie : Pawel Edelman
- Montage : Mikkel E. G. Nielsen
- Décors : Gemma Jackson
- Costumes : Michael O’Connor
- Musique : Alexandre Desplat
- Distribution : SND
- Durée : 1 h 52

